Formation, recrutement et attractivité des métiers
Les auditions convergent sur un constat central : la relance nucléaire bute moins sur la décision politique que sur la disponibilité des compétences industrielles. Selon M. Bernard Doroszczuk (M. Bernard Doroszczuk), président de l'ASN, « le défi central de la relance est l'attractivité et le recrutement », car « le lancement d'un programme ne suscite pas en soi les vocations ». Il chiffre l'ampleur de l'effort : la filière « devra recruter dans les cinq ans à venir la moitié du personnel dont elle aura besoin en 2030, soit 150 000 personnes dont 3 000 ingénieurs par an pendant plusieurs années de suite ». C'est cette ampleur qui lui fait revendiquer une formule marquante : « j'ai moi-même utilisé l'expression de "Plan Marshall" pour qualifier ce plan de reconquête industrielle. »
Plusieurs intervenants relient cette pénurie à l'absence prolongée de chantiers. Selon M. Luc Rémont (M. Luc Rémont), Flamanville constitue « le seul chantier de construction depuis dix ans et pour dix ans encore », ce qui explique l'érosion des compétences industrielles sur près de deux décennies. La perte tient aussi à des choix internes : selon M. Philippe Page Le Mérour (M. Philippe Page Le Mérour e.a.), « la fermeture des écoles des métiers a signé la fin de l'espoir d'un grand nombre de jeunes », pointant la disparition d'une voie d'apprentissage interne.
Sur la manière de maintenir et reconstituer les compétences, deux logiques se dessinent, sans s'opposer frontalement. M. Bernard Fontana (M. Bernard Fontana) défend une approche par l'entretien du geste industriel : le programme Juliette (400 M€) sert à fabriquer d'avance des pièces standardisées non pour constituer un stock destiné à Flamanville, mais pour « maintenir vivantes les compétences et chaînes de production » en pariant sur les commandes futures et la courbe d'expérience. Il l'illustre par une image : « s'il n'y avait pas de programmes, nous ferions, avec nos pièces, un musée du maintien des compétences […] j'espère qu'il sera dépourvu de pièces parce qu'elles seront dans des réacteurs nucléaires. » M. Page Le Mérour (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) insiste de son côté sur la spécificité de la formation interne, jugeant qu'« il ne faut pas oublier que les centrales fonctionnent sur des technologies des années 1980, dont la maîtrise ne peut être acquise auprès de l'éducation nationale ».
En contrepoint des alertes sur l'attractivité, M. Fontana (M. Bernard Fontana) souligne que le niveau technique français reste élevé : sur les soudures reprises à Flamanville, « le taux de réussite linéaire de Framatome et de ses sous-traitants était supérieur à 99,5 % », ajoutant que « peu de gens dans le monde peuvent faire des choses pareilles ».
Le corpus dessine ainsi un accord sur le diagnostic (pénurie massive de compétences, rupture liée à l'absence de chantiers et à la fermeture des écoles des métiers) et une diversité de réponses : effort de recrutement de très grande ampleur (Doroszczuk), maintien préventif du geste industriel via Juliette (Fontana), formation interne adaptée au parc existant (Page Le Mérour).
Qui en parle
- M. Bernard Doroszczuk (M. Bernard Doroszczuk, président de l'ASN) : défi central = attractivité et recrutement ; « Plan Marshall » ; 150 000 recrutements et 3 000 ingénieurs/an.
- M. Bernard Fontana (M. Bernard Fontana, Framatome) : maintien des compétences par le programme Juliette (400 M€) ; valorisation de la qualité technique (soudures > 99,5 %).
- M. Philippe Page Le Mérour (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) : critique de la fermeture des écoles des métiers ; défense de la formation interne propre au parc.
- M. Luc Rémont (M. Luc Rémont, EDF) : la perte de compétences s'explique par l'absence de chantier (Flamanville seul depuis dix ans et pour dix ans).