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Filière industrielle nucléaire et compétences

Ce domaine examine l'appareil industriel du nucléaire civil français — ses entreprises (Areva/Orano, Framatome, EDF), sa gouvernance, ses hommes et leurs savoir-faire — et cherche à comprendre comment une filière jugée techniquement unique a pu se trouver, au début des années 2020, en difficulté de production et de compétences. Trois lignes de force traversent les neuf sujets. D'abord, un paradoxe structurant : la France dispose d'une filière complète (« d'un bout à l'autre de la chaîne », Patrick Landais, M. Patrick Landais) et techniquement souveraine (Framatome « propriétaire des technologies », Bernard Fontana, M. Bernard Fontana), mais cet outil « ne peut afficher ni l'efficacité attendue ni la réactivité indispensable ». Ensuite, une cause matérielle revient en filigrane partout : l'interruption des constructions après Civaux (1997-1998) a dissous les équipes et la maîtrise des grands chantiers (d'Escatha M. Yannick d’Escatha, Colombani M. Pascal Colombani, Sarkozy M. Nicolas Sarkozy). Enfin, une question lancinante de pilotage : l'État n'a pas su arbitrer les conflits ni faire fonctionner ses propres instances de gouvernance.

Les sujets s'articulent en trois blocs. Un premier bloc, organisationnel, retrace la trajectoire des entreprises. Création, déconfiture et sauvetage d'Areva documente l'ampleur de la crise (perte record de 4,8 milliards, Valls M. Manuel Valls ; 6 000 emplois supprimés, Knoche M. Philippe Knoche) et oppose une lecture par les défauts de gouvernance (Colombani, Machenaud) à la défense d'Anne Lauvergeon (instrumentalisation de l'entreprise par l'État, UraMin rationnel, procès politique). Framatome, Orano et organisation de la filière prolonge ce débat sur les causes des défaillances passées, entre la thèse de Proglio (Areva sortie de son métier de chaudronnier) et celle de Lauvergeon (sortie de Siemens imputable à l'État), tout en posant le constat partagé d'une souveraineté technologique acquise. Rivalité EDF / Areva et arbitrages de l'État isole le facteur que NKM (Mme Nathalie Kosciusko-Morizet) juge déterminant dans le déficit d'expertise — « le conflit entre EDF et Areva a une très grande part de responsabilité » — et que la députée Maud Bregeon résume : pourquoi l'État a-t-il laissé « nos deux leaders mondiaux jouer l'un contre l'autre » ?

Un deuxième bloc traite du pilotage et de la stratégie. Gouvernance et pilotage du nucléaire civil montre la convergence sur l'affaiblissement du pilotage étatique (d'Escatha vante les grands programmes pilotés « au plus haut niveau ») et dénonce des instances décisionnelles « gravement défaillantes » (Verwaerde M. Daniel Verwaerde), contournant la loi (Bréchet M. Yves Bréchet, Schellenberger M. Laurent Michel). Grand carénage et prolongation de la durée de vie porte sur la maintenance lourde conditionnant la vie du parc au-delà de quarante ans : enjeu anticipable depuis dix ans (Pellion M. Antoine Pellion), jugé « l'investissement le plus rentable » par d'anciens dirigeants (Gadonneix, Machenaud), mais borné à cinquante ans en l'état par l'ASN (Doroszczuk M. Bernard Doroszczuk).

Un troisième bloc, le plus dense, concerne le capital humain et industriel. Perte de compétences de la filière nucléaire établit le consensus du domaine — « tous les rapports mettaient en lumière une perte de compétences » (Borne Mme Élisabeth Borne) — liée à l'arrêt des chantiers. Sous-traitance, filialisation et internalisation y ajoute le rôle de l'externalisation (Lepage Mme Corinne Lepage : facteur sous-estimé ; tissu de 90 % de PME, Courbe M. Thomas Courbe) et le débat sur la réinternalisation. Formation, recrutement et attractivité des métiers chiffre l'effort (« Plan Marshall », 150 000 recrutements, Doroszczuk M. Bernard Doroszczuk) et oppose des leviers complémentaires (programme Juliette de Fontana, écoles des métiers de Page Le Mérour). Corrosion sous contrainte, soudeurs et supply chain documente le défaut générique à l'origine de la chute de production 2021-2022, et le débat sur son origine (technique imprévue ou choix politiques).

Les clivages majeurs sont récurrents. Le premier oppose les défenseurs d'EDF (Machenaud, Lewandowski, Proglio : modèle intégré exploitant-concepteur, EDF chef de file légitime) à la défense d'Areva (Lauvergeon : EDF décideur, Areva « sous-traitant », arbitrages de l'État systématiquement pro-EDF). Le deuxième porte sur l'imputation des responsabilités : responsabilité « collective » (Chevet M. Pierre-Franck Chevet e.a.) contre mise en cause d'EDF (Pompili Mme Barbara Pompili), avec des désaccords nominatifs nets (Pellion contredisant Lévy sur le « manque de bras » M. Antoine Pellion). Le troisième oppose la doctrine d'un pilotage régalien indélégable (Verwaerde, Sarkozy) à celle d'un EDF chef de file (d'Escatha). Le quatrième, transversal, oppose ceux qui dédouanent les choix politiques de la crise (Hollande M. François Hollande, Brottes M. François Brottes, Piechaczyk M. Xavier Piechaczyk) à ceux qui en relient l'ampleur à la discontinuité industrielle et à la réduction du parc.

Sujets couverts

Sujets de ce domaine

Perte de compétences de la filière nucléaire

75 citations · 25 auditions

Grand carénage et prolongation de la durée de vie

23 citations · 13 auditions

Gouvernance et pilotage du nucléaire civil

15 citations · 8 auditions

Corrosion sous contrainte, soudeurs et supply chain

15 citations · 9 auditions

Création, déconfiture et sauvetage d'Areva

13 citations · 5 auditions

Rivalité EDF / Areva et arbitrages de l'État

13 citations · 4 auditions

Framatome, Orano et organisation de la filière

7 citations · 6 auditions

Formation, recrutement et attractivité des métiers

7 citations · 4 auditions

Sous-traitance, filialisation et internalisation

5 citations · 4 auditions