Sous-traitance, filialisation et internalisation
Le corpus aborde la sous-traitance, la filialisation et l'internalisation comme l'un des facteurs de la perte de maitrise technique dans la filiere nucleaire francaise. Plusieurs intervenants convergent sur un constat : le recours a des prestataires externes et la creation de filiales ont contribue a l'erosion des competences internes, sans pour autant que tous tirent les memes conclusions sur le degre de gravite ni sur la solution.
Sur la structure de la filiere, M. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) apporte un chiffre cle : « 90 % des entreprises de la filiere nucleaire sont des PME, qui ont d'autres clients pour 30 a 40 % d'entre elles, notamment l'automobile et l'aeronautique. » Ce constat eclaire la fragilite d'un tissu de sous-traitance expose aux crises de ses autres secteurs clients.
Le clivage le plus net porte sur la portee de la sous-traitance comme cause de la perte de competences. Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage) deplore que ce facteur soit sous-estime : « je suis etonnee de constater que personne ne parle de la sous-traitance. Progressivement, pour des raisons economiques et de droit du travail, de nombreuses taches ont ete confiees a des entreprises de sous-traitance dont les competences n'etaient pas adequates. » Elle relie par ailleurs cette perte au « pari unique sur l'EPR », qui aurait entraine « un defaut d'interet pour le parc existant et une perte de competence dont nous nous plaignons aujourd'hui ».
Lors de la table ronde syndicale (M. Philippe Page Le Mérour e.a.), la position est tranchee (tranchant 2) : le recours massif a la sous-traitance et la filialisation — citees via la convention Syntec et les SMR — auraient detruit la maitrise technique interne, ce qui appelle a reinternaliser et a rouvrir les emplois d'execution. Julien Laplace (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) donne un exemple concret et recent de filialisation contestee : « Une filiale en convention collective Syntec a ete creee pour les SMR – comme si les ingenieurs d'EDF n'etaient pas juges suffisamment competents pour s'occuper de cette activite. » Dans la meme audition, Virginie Neumayer (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) souligne un signal inverse a une reinternalisation affichee : « apres sept annees consecutives de diminution des effectifs, pres de trois departements de R&D ont ete supprimes. C'est inacceptable. »
Cote employeur, M. Cedric Lewandowski (M. Cédric Lewandowski) adopte une position plus mesuree (tranchant 1) : EDF doit reinternaliser des competences critiques — il cite les cuves et le soudage — qu'il a laisse partir, tout en conservant la sous-traitance. La nuance par rapport a la table ronde est nette : la sous-traitance n'est pas remise en cause dans son principe, seule la maitrise des activites jugees critiques doit revenir en interne.
Au total, le corpus partage le diagnostic d'une perte de competences liee a l'externalisation et a la filialisation, mais les intervenants divergent sur l'ampleur (un facteur central pour Lepage et la table ronde, une correction ciblee pour Lewandowski) et sur le perimetre de la reinternalisation a engager.
Qui en parle
- Table ronde syndicale (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) : ligne dure — la sous-traitance et la filialisation ont detruit la maitrise interne ; reinternaliser et rouvrir les emplois d'execution.
- Julien Laplace (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) : conteste la filialisation Syntec creee pour les SMR.
- Virginie Neumayer (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) : alerte sur la baisse des effectifs et la suppression de departements de R&D.
- Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage) : la sous-traitance, facteur sous-estime de perte de competences, liee au pari EPR.
- M. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) : structure et fragilite de la sous-traitance (90 % de PME, dependantes d'autres secteurs).
- M. Cedric Lewandowski (M. Cédric Lewandowski) : position mesuree — reinternaliser les competences critiques (cuves, soudage) tout en conservant la sous-traitance.