La part du citoyen

Filière industrielle nucléaire et compétences

Gouvernance et pilotage du nucléaire civil

Les auditions convergent sur un constat central : la gouvernance du nucléaire civil s'est affaiblie au fil des décennies, et cette perte de pilotage est reliée à la perte de souveraineté énergétique. Plusieurs intervenants opposent le modèle des grands programmes passés à la dispersion ultérieure. Selon M. Yannick d'Escatha (M. Yannick d’Escatha), le succès historique du parc tient à un pilotage étatique fort : « Ce programme était une priorité nationale. Il était conduit directement par l'État, au plus haut niveau. Tous les départements ministériels, toutes les forces vives de la nation étaient alignés sur les objectifs fixés par le Gouvernement, et cela a très bien marché. » Il préconise de restaurer cette organisation pour le nouveau nucléaire en désignant un chef de file : « il me paraît opportun qu'EDF joue ce rôle ».

Un deuxième constat partagé porte sur la défaillance des instances de décision. M. Daniel Verwaerde (M. Daniel Verwaerde) décrit une gouvernance « gravement défaillante » (réunions rares, mal préparées, information non protégée), « très en deçà de la rigueur du nucléaire de défense ». M. Yves Bréchet (M. Yves Bréchet) ironise sur le non-respect de l'obligation légale de réunir le comité civil de l'énergie atomique : « L'État est une merveille qui est capable de faire fonctionner ses propres institutions contre ses propres lois. » Le président Raphaël Schellenberger (M. Laurent Michel) y voit un contournement institutionnel : « Si la loi prévoit des réunions qui ont un certain nom (...) ce n'est pas pour qu'elles se cachent sous d'autres modalités. »

Le principal clivage concerne le titulaire du pilotage stratégique. Là où d'Escatha plaide pour EDF comme chef de file, Verwaerde (M. Daniel Verwaerde) s'y oppose frontalement sur le pilotage stratégique (choix de filières, exports) : « il serait inepte de transférer cette responsabilité purement régalienne à un industriel, fût-ce EDF (...) le nucléaire est trop au cœur de la souveraineté pour qu'un industriel en décide. » Il distingue le rôle du scientifique (« offrir un maximum de choix ») de celui du politique, qui « tranche ». Cette logique rejoint M. Nicolas Sarkozy (M. Nicolas Sarkozy), pour qui le nucléaire est par nature une décision présidentielle, « non pas parce que le Président est ingénieur, mais parce qu'il doit remonter sur son bureau », et qui le situe hors du clivage partisan : « ni de droite, ni de gauche, mais (...) l'intérêt supérieur de la France ».

Plusieurs points saillants complètent le tableau. Mme Barbara Pompili (Mme Barbara Pompili) propose une délégation parlementaire au nucléaire pour exercer un contrôle face au secret-défense : « Mon rôle n'est pas de faire confiance : il est de contrôler et de vérifier », et déplore voter un budget de sécurité nucléaire dont elle ignore le contenu. Catherine Cesarsky (Mme Catherine Cesarsky) date la création du CPN de la perte de l'appel d'offres des Émirats arabes unis au profit de la Corée du Sud, « une terrible gifle ». Enfin, le rapporteur Antoine Armand (M. Lionel Jospin) souligne que, hors Mme Lepage, l'ensemble des personnes auditionnées juge que « la fermeture de Superphénix n'avait pas de fondements industriels ».

Qui en parle

Interventions regroupées (15 citations · 8 auditions)

Domaine : Filière industrielle nucléaire et compétences · Sujet : gouvernance-nucleaire-civil

Couverture : 15 citations · 6 positions · 8 auditions

_Slugs bruts fusionnés : gouvernance-nucleaire-civil, conseil-politique-nucleaire, comite-energie-atomique, delegation-parlementaire-nucleaire, pilotage-etat-alignement-filiere, pilotage-etat-vs-industriel, decision-fondement-industriel-vs-politique, nucleaire-affaire-president_

Positions exprimées

  • M. Yannick d’Escatha (M. Yannick d’Escatha) : Le succès du programme électronucléaire tient à un pilotage direct par l'État au plus haut niveau et à l'alignement total des forces vives derrière un chef de file ; cette organisation doit être restaurée pour le nouveau nucléaire, avec EDF comme chef de file. _(tranchant 4)_
  • M. Yves Bréchet (M. Yves Bréchet) : Le non-respect de l'obligation légale de réunir chaque année le comité civil de l'énergie atomique illustre la mise hors service délibérée des instances qui mettraient à jour les lacunes des conseillers. _(tranchant 2)_
  • M. Daniel Verwaerde (M. Daniel Verwaerde) : Le pilotage strategique de la filiere nucleaire (choix de filieres, exports) doit revenir a l'Etat, pas a un industriel fut-ce EDF ; transferer cette responsabilite serait inepte. _(tranchant 2)_
  • Mme Barbara Pompili (Mme Barbara Pompili) : Il faut creer une delegation parlementaire au nucleaire pour controler la securite nucleaire malgre le secret-defense oppose a geometrie variable par les operateurs. _(tranchant 2)_
  • M. Nicolas Sarkozy (M. Nicolas Sarkozy) : Le nucléaire est par nature une décision présidentielle car il engage l'indépendance nationale et l'avenir sur des décennies, hors de portée d'un seul ministre. _(tranchant 2)_
  • M. Daniel Verwaerde (M. Daniel Verwaerde) : La gouvernance du nucleaire civil etait gravement defaillante (reunions rares, mal preparees, information non protegee), tres en deca de la rigueur du nucleaire de defense. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Ce programme était une priorité nationale. Il était conduit directement par l’État, au plus haut niveau. Tous les départements ministériels, toutes les forces vives de la nation étaient alignés sur les objectifs fixés par le Gouvernement, et cela a très bien marché. »

M. Yannick d’Escatha (audite, audition de M. Yannick d’Escatha, 2022-11-29)

_Thèse centrale de l'audition : le succès du parc tient à un pilotage étatique fort et à l'alignement total de la filière, modèle implicitement opposé à la dispersion ultérieure._

« La désignation d’un chef de file est nécessaire à l’alignement de la filière, et il me paraît opportun qu’EDF joue ce rôle. »

M. Yannick d’Escatha (audite, audition de M. Yannick d’Escatha, 2022-11-29)

_Recommandation organisationnelle pour la relance : confier le leadership de la filière à EDF, en écho au modèle d'alignement des années 1970-1980._

« L’État est une merveille qui est capable de faire fonctionner ses propres institutions contre ses propres lois. Je trouve cela absolument fascinant. »

M. Yves Bréchet (audite, audition de M. Yves Bréchet, 2022-11-29)

_Constat ironique sur l'illégalité de fait du non-respect de l'obligation de réunir le comité de l'énergie atomique._

« Je suis convaincu que la perte de souveraineté dans le domaine nucléaire provient du manque de contrôle de l’État sur les activités qui y sont menées et probablement aussi du manque d’intérêt qu’il porte à ce domaine, sauf peut-être pour réduire sa part dans le mix énergétique. »

M. Daniel Verwaerde (audite, audition de M. Daniel Verwaerde, 2022-12-06)

_Diagnostic central de l'audition sur l'origine de la perte de souverainete._

« À mes yeux, il serait inepte de transférer cette responsabilité purement régalienne à un industriel, fût-ce EDF : ce n’est pas sa raison d’être. »

M. Daniel Verwaerde (audite, audition de M. Daniel Verwaerde, 2022-12-06)

_Position tranchee contre le transfert du pilotage strategique a un industriel._

« Le nucléaire est trop au cœur de la souveraineté pour qu’un industriel en décide. »

M. Daniel Verwaerde (audite, audition de M. Daniel Verwaerde, 2022-12-06)

_Reaffirme que les choix de filiere et d'export relevent de l'Etat seul._

« Mon devoir est d’offrir un maximum de choix au Président ; c’est ensuite sa responsabilité, en tant qu’autorité politique, de trancher. »

M. Daniel Verwaerde (audite, audition de M. Daniel Verwaerde, 2022-12-06)

_Resume sa conception du role du scientifique et de l'Etat : ouvrir les options, decider relevant du politique._

« Si la loi prévoit des réunions qui ont un certain nom et qui se tiennent d’une certaine façon, ce n’est pas pour qu’elles se cachent sous d’autres modalités. »

M. le président Raphaël Schellenberger (president, audition de M. Laurent Michel, 2022-12-13)

_Reproche institutionnel sur le contournement des instances legales de decision nucleaire._

« la perte de l’appel d’offres passé par les Émirats Arabes Unis au profit de la Corée du Sud fut une terrible gifle pour le nucléaire français, et c’est d’ailleurs à ce moment qu’il fut décidé de créer le CPN. »

Catherine Cesarsky (audite, audition de Mme Catherine Cesarsky, 2023-01-12)

_Date et explique la creation du CPN par un echec commercial majeur a l'export._

« Vous êtes, M. le Premier ministre, la quarante-septième personnalité que nous auditionnons. Pour l’ensemble des personnes que nous avons interrogées, à l’exception de Mme Lepage, la fermeture de Superphénix n’avait pas de fondements industriels. »

M. Antoine Armand (rapporteur, audition de M. Lionel Jospin, 2023-01-31)

_Le rapporteur oppose a Jospin le consensus quasi unanime des auditions sur l'absence de fondement industriel._

« Comment, en 16 jours, avez-vous pu, avec l’ensemble des administrations et des entreprises concernées, prendre une telle décision sur un fondement industriel, qui ne semble pas évident pour la quasi-totalité des personnes que nous avons interrogées ? »

M. Antoine Armand (rapporteur, audition de M. Lionel Jospin, 2023-01-31)

_Question centrale du rapporteur attaquant la credibilite du fondement industriel._

« Mon rôle n’est pas de faire confiance : il est de contrôler et de vérifier. »

Mme Barbara Pompili (audite, audition de Mme Barbara Pompili, 2023-02-15)

_Pose la mission de controle parlementaire face au secret-defense oppose par les operateurs._

« En tant que parlementaire, je suis gênée de ne pas savoir ce que contient le budget de la sécurité nucléaire de mon pays, lorsque je le vote. »

Mme Barbara Pompili (audite, audition de Mme Barbara Pompili, 2023-02-15)

_Illustration concrete de l'angle mort democratique sur la securite nucleaire._

« Le nucléaire est un sujet du Président de la République, non pas parce que le Président est ingénieur, mais parce qu’il doit remonter sur son bureau. »

Nicolas Sarkozy (audite, audition de M. Nicolas Sarkozy, 2023-03-16)

_Thèse centrale de l'audition sur la place du nucléaire dans l'architecture du pouvoir exécutif._

« À cela j’ai répondu – et je n’ai pas changé d’avis – que le nucléaire n’était ni de droite, ni de gauche, mais qu’il était l’intérêt supérieur de la France. »

Nicolas Sarkozy (audite, audition de M. Nicolas Sarkozy, 2023-03-16)

_Cadre le nucléaire hors du clivage partisan, au nom de l'intérêt supérieur._