Création, déconfiture et sauvetage d'Areva
Le corpus retrace la trajectoire d'Areva, de sa construction au début des années 2000 à sa crise financière et à son sauvetage public, à travers des auditions aux lectures fortement divergentes. Un constat factuel domine et fait l'objet de chiffrages convergents : l'ampleur de la crise. Manuel Valls (M. Manuel Valls) relève « une perte record de 4,8 milliards d'euros s'agissant d'une société contrôlée à 87 % par l'État ». Le coût humain est documenté par Philippe Knoche (M. Philippe Knoche), qui décrit une « restructuration très lourde » ayant conduit à « supprimer 6 000 emplois au niveau mondial, dont 4 000 en France », dans un « dialogue social malgré tout serein, basé sur le volontariat ».
Les causes de la déconfiture font l'objet d'un net clivage. Pour Pascal Colombani (M. Pascal Colombani), l'échec tient à des défauts de gouvernance : absence d'un véritable industriel à la tête de l'entreprise, comité exécutif faible, manque d'ingénierie architecturale et construction en opposition à EDF. Il met directement en cause le choix du dirigeant : « Si l'on avait mis à la tête d'Areva un véritable industriel […], les choses auraient bien marché », y voyant « un travers français » consistant « à ne pas capitaliser sur les compétences existantes ». Il impute aussi l'échec du chantier finlandais (Olkiluoto) à la mise à l'écart d'EDF et des partenaires habituels au profit de Siemens et Mitsubishi. Hervé Machenaud (M. Hervé Machenaud) rejoint cette critique en imputant la faillite à la stratégie du « clé en main excluant EDF », via « trente-quatre projets » qui « n'ont jamais vu le jour ».
Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) défend une lecture opposée. Elle dénonce une instrumentalisation de l'entreprise par l'État, qui aurait toujours voulu en faire « une sorte de "Caisse des dépôts industrielle" » pour régler les problèmes d'autres groupes (Bull, Alstom), au détriment de ses investissements de long terme. Elle présente le rachat d'UraMin comme une diversification rationnelle dans un contexte de prix élevé de l'uranium, dont l'échec tiendrait à l'effondrement des cours après Fukushima, « comme pour tous les grands mineurs ». Elle propose une lecture politique du procès qui a suivi : « sans doute fallait-il alors se débarrasser de moi ». Le député Jean-Philippe Tanguy (RN, Mme Anne Lauvergeon) pointe pour sa part « des gens qui ne sont jamais responsables de rien », constatant une dilution des responsabilités.
Sur le sauvetage, Manuel Valls (M. Manuel Valls) défend l'intervention publique comme visant à préserver la filière, et réfute l'accusation d'affaiblissement portée par le RN : « Je réfute l'idée que nos choix auraient visé ou suscité un affaiblissement de la filière nucléaire. » Sa thèse de défense déplace la responsabilité vers l'amont : « les difficultés de la filière proviennent d'avant », évoquant la transformation de 2001, les retards de l'EPR, Abu Dhabi et UraMin.
Qui en parle
- Pascal Colombani (M. Pascal Colombani) : échec attribué à la gouvernance et au choix d'un dirigeant non industriel, à la mise à l'écart d'EDF.
- Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) : défense ; instrumentalisation par l'État, UraMin rationnel, procès politique.
- Jean-Philippe Tanguy (RN, Mme Anne Lauvergeon) : dénonce la dilution des responsabilités.
- Philippe Knoche (M. Philippe Knoche) : chiffre le coût humain de la restructuration (6 000 emplois).
- Manuel Valls (M. Manuel Valls) : justifie le sauvetage, chiffre la perte, impute les causes à des choix antérieurs.
- Hervé Machenaud (M. Hervé Machenaud) : faillite imputée à la stratégie clé en main excluant EDF.