Rivalité EDF / Areva et arbitrages de l'État
Le corpus aborde la rivalité entre EDF et Areva comme un facteur d'affaiblissement de la filière nucléaire française, mais les intervenants en proposent des lectures différentes selon leur position.
Un constat est largement partagé : le conflit entre les deux industriels a eu des effets négatifs et l'État n'a pas su l'arbitrer. Selon Mme Nathalie Kosciusko-Morizet (Mme Nathalie Kosciusko-Morizet), « le conflit entre EDF et Areva a une très grande part de responsabilité dans cette situation », celle d'un manque de densité de l'expertise nucléaire française ; elle estime qu'il aurait fallu le résoudre en priorité. Du côté politique, Mme Maud Bregeon (Mme Anne Lauvergeon, députée de la majorité) interroge directement la défaillance de l'État : « Comment a-t-il pu laisser nos deux leaders mondiaux jouer l'un contre l'autre, et pas l'un avec l'autre ? »
Le clivage le plus net porte sur la responsabilité et la hiérarchie décisionnelle. Mme Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) défend la position d'Areva en rappelant qu'« toutes les décisions sont prises par EDF. Areva construit l'îlot nucléaire et quelques bâtiments autour mais pas l'ensemble du réacteur », se décrivant comme « le plus gros sous-traitant, mais un sous-traitant seulement ». Elle attribue la rivalité destructrice aux arbitrages systématiques de l'État en faveur d'EDF et accuse des acteurs français d'avoir voulu céder la propriété intellectuelle : « on m'a demandé de donner les droits de propriété intellectuelle aux Chinois (…). Ce ne sont pas les Chinois qui me le demandaient, mais les Français ! »
Sur les délais de l'EPR, Pierre Gadonneix (M. Pierre Gadonneix) reconnaît une erreur partagée : « l'erreur d'appréciation est manifeste de la part d'EDF comme d'Areva. » Mme Kosciusko-Morizet (Mme Nathalie Kosciusko-Morizet) décrit pour sa part un mécanisme d'urgence ayant précipité la décision EPR, posé « dans des termes très catégoriques : il fallait lancer l'EPR pour ne pas perdre en compétences », et plaide pour une décision politique adossée à une expertise technique solide.
M. Hervé Machenaud (M. Hervé Machenaud) déplace le débat vers le modèle industriel et défend le modèle intégré d'EDF. Pour lui, EDF est « un architecte qui anime 1 500 fournisseurs », et le démantèlement de ce modèle exploitant-concepteur-constructeur est la première cause de la perte de souveraineté, située en 2000. Il avance des chiffres : le parc français aurait coûté « deux fois moins cher que le parc nucléaire allemand (…) et trois fois moins cher que le parc japonais et le parc anglais ». Il lie aussi sûreté et modèle, affirmant que « tous les accidents (…) ont eu lieu chez des exploitants qui avaient reçu des centrales clé en main ».
Qui en parle
- Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) : défend Areva ; EDF décideur, Areva sous-traitant ; arbitrages de l'État pro-EDF mis en cause.
- Nathalie Kosciusko-Morizet (Mme Nathalie Kosciusko-Morizet) : le conflit EDF-Areva, cause majeure du déficit d'expertise ; plaide pour une expertise technique solide.
- Hervé Machenaud (M. Hervé Machenaud) : défend le modèle intégré EDF (coût, sûreté) contre le clé en main.
- Pierre Gadonneix (M. Pierre Gadonneix) : reconnaît une erreur d'appréciation partagée sur les délais de l'EPR.
- Maud Bregeon (Mme Anne Lauvergeon, députée RE) : interroge la défaillance de l'État à coordonner les deux groupes.