Corrosion sous contrainte, soudeurs et supply chain
La corrosion sous contrainte apparaît dans le corpus comme le facteur central de la chute de production nucléaire de 2021-2022 et de la crise énergétique qui en a découlé. Luc Rémont (M. Luc Rémont) la situe dans « la plus grande crise énergétique depuis 1973 et […] la plus grande crise opérationnelle depuis sa création » d'EDF. Au-delà de ce constat d'ampleur, le sujet structure un débat sur les causes — phénomène technique imprévu ou conséquence de choix politiques et de maintenance — et sur la vulnérabilité d'un parc standardisé.
Constats partagés. Plusieurs intervenants convergent pour qualifier la corrosion sous contrainte de défaut générique, c'est-à-dire susceptible de toucher d'un coup un grand nombre de réacteurs. Pour Luc Rémont (M. Luc Rémont), « le défaut générique est la hantise de toute entreprise industrielle », ce qui le présente comme un risque industriel universel plutôt qu'une défaillance propre à EDF. Karine Herviou (M. Jean-Christophe Niel) éclaire l'ambivalence de la standardisation du parc : « Nous pouvons nous appuyer sur 2 000 ans d'expérience cumulée. À l'inverse, une anomalie peut toucher un grand nombre de réacteurs ». Elle apporte aussi un point factuel attendu par la commission : « il n'y a pas de lien avec le suivi de charge », position que Jean-Christophe Niel (M. Jean-Christophe Niel) partage. Un point de fragilité systémique est concédé par Cédric Lewandowski (M. Cédric Lewandowski), citant l'ASN : « les marges n'étaient pas suffisantes dans le système électrique pour pouvoir faire face à une accumulation de défauts ».
Désaccords et clivages. Le principal clivage porte sur l'origine de la crise. Plusieurs responsables dédouanent les choix politiques. François Hollande (M. François Hollande) affirme que la baisse de production « n'est, en aucune manière, la conséquence d'une décision politique ». François Brottes (M. François Brottes) déconnecte la crise de la trajectoire de réduction du nucléaire — « Comment prétendre que la corrosion sous contrainte s'est développée parce que la part du nucléaire devait être réduite ? » — et l'attribue « non [à] un défaut de maintenance, mais plutôt [à] la conception même des centrales nucléaires les plus récentes ». Xavier Piechaczyk (M. Xavier Piechaczyk) écarte de même les lois Nome, LTECV ou la PPE, rattachant les difficultés « à l'indisponibilité du parc nucléaire ». Lewandowski (M. Cédric Lewandowski) présente un défaut « inédit sans lien avec le vieillissement ni le grand carénage » et valorise la gestion d'EDF.
Un second clivage retourne ces arguments. Brottes (M. François Brottes) lui-même reconnaît qu'« un incident générique [peut mettre] à l'arrêt la moitié des centrales », justifiant la diversification du mix. Yves Marignac (M. Yves Marignac) retourne l'argument d'intermittence : un réacteur arrêté pour sûreté est « aussi intermittent qu'un panneau photovoltaïque ». Barbara Pompili (Mme Barbara Pompili) relativise Fessenheim avec un chiffrage : jusqu'à « trente réacteurs fermés […] environ 30 gigawatts contre seulement 2 gigawatts pour Fessenheim ».
Nuances sur le risque. Herviou (M. Jean-Christophe Niel) livre un aveu rare : ce phénomène « que l'on considérait exclu ou presque […] montre que l'on a mal évalué ce risque ». Sur les compétences, Jean-Bernard Lévy (M. Jean-Bernard Lévy) distingue qualité et volume : « nous avons les compétences mais nous n'avons pas assez de compétences […] un manque de bras ».
Qui en parle
- M. François Hollande (M. François Hollande) : la chute de production résulte exclusivement de la corrosion et de la maintenance covid, sans responsabilité politique.
- M. François Brottes (M. François Brottes) : phénomène imprévu lié à la conception des réacteurs récents, ni maintenance ni politique de réduction ; mais admet la vulnérabilité d'un parc dépendant.
- M. Cédric Lewandowski (M. Cédric Lewandowski) : défaut générique inédit, sans lien avec le vieillissement ; gestion exceptionnelle par EDF, tout en concédant le manque de marges.
- M. Jean-Christophe Niel / Mme Karine Herviou (M. Jean-Christophe Niel) : phénomène cru exclu, risque mal évalué, causes non tranchées, sans lien avec le suivi de charge.
- M. Xavier Piechaczyk (M. Xavier Piechaczyk) : indisponibilité du parc, pas les choix politiques.
- M. Luc Rémont (M. Luc Rémont) : crise historique ; défaut générique comme risque industriel universel.
- M. Yves Marignac (M. Yves Marignac) et Mme Barbara Pompili (Mme Barbara Pompili) : retournent l'argument vers l'intermittence et la disponibilité du parc.
- M. Jean-Bernard Lévy (M. Jean-Bernard Lévy) : enjeu de volume de compétences, « manque de bras ».