Framatome, Orano et organisation de la filière
Le corpus aborde l'organisation de la filière nucléaire française sous deux angles convergents : un atout industriel jugé unique, et une organisation passée jugée défaillante. Sur le premier point, les intervenants partagent le constat d'une filière complète et techniquement souveraine. Selon M. Patrick Landais (M. Patrick Landais), la France dispose d'« une compétence dans le domaine nucléaire qui s'étend d'un bout à l'autre de la chaîne (de l'uranium naturel jusqu'au stockage final), et n'existe pas à ce point dans d'autres pays ». Cette souveraineté technologique est confirmée du côté de Framatome par M. Bernard Fontana (M. Bernard Fontana), qui affirme qu'« il n'y a plus de licence » et que « Framatome est propriétaire des technologies » de réacteurs.
Ce constat positif s'accompagne d'un diagnostic critique partagé : l'outil ne produit pas les performances attendues. Toujours selon Landais (M. Patrick Landais), « cette machine industrielle dotée d'atouts uniques ne peut afficher [...] ni l'efficacité attendue ni la réactivité indispensable », faute d'anticipation suffisante.
Les principaux clivages portent sur les causes des difficultés organisationnelles passées, en particulier autour d'Areva. M. Henri Proglio (M. Henri Proglio) attribue la dérive à un dépassement de périmètre : selon lui, EDF est « un architecte ensemblier et non un industriel », et « la mission d'Areva était d'être chaudronnier et de gérer les centres de retraitement. Concevoir et vendre des réacteurs n'étaient pas son métier ». Il y voit une « vanité » d'Areva sortie de son métier.
Mme Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) défend une lecture différente, centrée sur la responsabilité de l'État. Pour elle, la sortie coûteuse de Siemens (chiffrée à 2 milliards) résulte du refus répété de l'État français d'accepter une augmentation de capital pourtant appropriée, par hostilité à Siemens jugée ennemie d'Alstom ; elle souligne que Siemens « s'était bien comportée » avant cela.
M. Pierre Gadonneix (M. Pierre Gadonneix) ajoute une dimension temporelle : il estime qu'« il fallait construire une centrale tous les deux ans malgré la surcapacité pour préserver la filière et les compétences », et résume sa thèse par la formule « la dynamique de relance du nucléaire lancée en 2004 a été cassée ».
Un point de friction transversal concerne le rôle de l'État. M. Bernard Fontana (M. Bernard Fontana) revendique une posture d'industriel autonome : « Je n'ai pas nécessairement une fonction d'alerte, puisque j'ai moi-même une capacité d'action. Je suis un industriel : si j'ai un problème, je cherche à le traiter. » À l'inverse, M. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) renvoie les questions nucléaires hors de son champ : « Une partie importante de cette question échappe à mon champ de compétence et entre dans celui du ministère de la Transition énergétique. »
Qui en parle
- M. Patrick Landais (M. Patrick Landais) : filière complète et unique, mais inefficace par manque d'anticipation.
- M. Bernard Fontana (M. Bernard Fontana, Framatome) : souveraineté technologique acquise, posture d'industriel autonome.
- M. Henri Proglio (M. Henri Proglio) : la dérive vient d'Areva sortie de son métier ; EDF architecte ensemblier.
- Mme Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) : la sortie de Siemens (2 Md) imputable au refus de l'État.
- M. Pierre Gadonneix (M. Pierre Gadonneix) : relance de 2004 injustement cassée ; rythme d'une centrale tous les deux ans.
- M. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) : se déclare hors de son champ de compétence sur le nucléaire.