Grand programme électronucléaire et plan Messmer
Le corpus aborde le grand programme électronucléaire lancé dans les années 1970 sous deux angles principaux : sa genèse historique et son bilan politico-économique. Les intervenants ne s'accordent pas sur l'interprétation à donner à cette trajectoire.
Sur la genèse, un constat révisionniste partagé. Plusieurs intervenants contestent le récit dominant qui ferait du programme nucléaire une simple réaction au choc pétrolier de 1973. L'historien Yves Bouvier (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar) soutient que le programme « est lancé non comme une réaction politique à la crise de 1973, mais bien comme une ambition de long terme » fondée sur la coopération entre une industrie compétente — « les usines du Creusot et de Chalon-sur-Saône » — et l'industriel EDF. Il rappelle aussi que l'indépendance énergétique est « un horizon, puisque la France n'a jamais réellement connu d'indépendance énergétique », désamorçant l'idée d'un âge d'or souverain. La justification souverainiste du choix nucléaire est résumée par Yannick d'Escatha (M. Yannick d’Escatha) avec une formule iconique : « No coal, no oil, no gas, no choice ».
Sur le bilan, des clivages nets. Dominique Voynet (Mme Dominique Voynet) porte la critique économique la plus tranchée : selon elle, le choix issu du plan Messmer a été pris « au doigt mouillé », a endetté EDF et a « dilapidé » sa rente « par des tarifs ridiculement bas, qui ont encouragé le gaspillage », sans provisionner l'aval du cycle, aggravés par « une politique frénétique d'acquisitions hasardeuses à l'export ».
À l'opposé, Éric Besson (M. Eric Besson) valorise le modèle et impute le déclin énergétique français non au dispositif technique mais à l'instabilité politique : la rupture du consensus transpartisan et le « stop and go ». Selon lui, « en matière de politique énergétique, laquelle s'inscrit dans le temps long, rien n'est pire que le stop and go, les atermoiements, les virages à cent quatre-vingts degrés ». Il plaide pour un nouveau plan Messmer à l'échelle des besoins des trente prochaines années.
Delphine Batho (Mme Delphine Batho) ouvre un troisième angle. Elle renverse l'idée d'une rivalité entre pétrole et nucléaire en décrivant un « couple dominant » conservateur : selon elle (Mme Delphine Batho), « les membres de ce couple dominant cheminent souvent bras dessus, bras dessous », s'alliant pour « prôner le conservatisme énergétique » et combattre les renouvelables et les économies d'énergie, « alors même que tout a changé ».
Points saillants. Le nucléaire « devait représenter les trois quarts de notre production d'électricité » (d'Escatha, M. Yannick d’Escatha). Le clivage central oppose ceux qui lisent la trajectoire comme une réussite fragilisée par l'instabilité politique (Besson) à ceux qui en critiquent les fondements économiques (Voynet) ou la logique conservatrice (Batho), sur un constat historique commun : le programme précède le choc pétrolier.
Qui en parle
- Yves Bouvier (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar) : historien ; thèse d'une ambition de long terme antérieure à 1973, indépendance énergétique jamais atteinte.
- Yannick d'Escatha (M. Yannick d’Escatha) : justification souverainiste du choix nucléaire (« No coal, no oil, no gas, no choice »).
- Dominique Voynet (Mme Dominique Voynet) : critique économique ; choix « au doigt mouillé », rente dilapidée, EDF endettée.
- Éric Besson (M. Eric Besson) : défense du modèle ; déclin imputé au « stop and go », appel à un nouveau plan Messmer.
- Delphine Batho (Mme Delphine Batho) : pétrole et nucléaire en « couple dominant » conservateur contre renouvelables et économies d'énergie.