La part du citoyen

Gouvernance, rôle de l'État et stratégie énergétique

Rôle et statut du CEA

Le corpus aborde le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) sous deux angles complémentaires : l'érosion de son socle de compétences et de son financement, d'une part, et le statut ainsi que l'utilité de la fonction de haut-commissaire à l'énergie atomique, d'autre part.

Un constat partagé domine sur le volet « compétences et budget ». Selon M. François Jacq (M. François Jacq), le maintien du socle de compétences du CEA constitue l'inquiétude principale : cette expertise « n'est pas naturelle » et exige des moyens de l'État comme des industriels. Il désigne explicitement ce point comme son alarme première : « Si elle devait faire défaut, on se trouverait confronté à des problèmes. Si j'avais une inquiétude à exprimer, ce serait celle-là. » Ce diagnostic est relayé sur le plan financier par M. Philippe Knoche (M. Philippe Knoche), DG d'Orano, qui juge sans détour que « pour faire simple, le budget du CEA est insuffisant » et estime que la R&D d'aval du cycle devrait doubler pour préparer le nucléaire de 2050-2060. Il relie ce sous-financement au mécanisme de l'ARENH : EDF ayant annoncé ne pouvoir financer « au niveau souhaitable », il était « impossible pour Areva – puis Framatome et Orano – de financer ces recherches et développements ».

Le clivage le plus net porte sur la fonction de haut-commissaire et l'indépendance de l'expertise. M. Yves Bréchet (M. Yves Bréchet) défend une fonction de conseiller indépendant alliant « réserve absolue et franchise totale », et affirme que sa fonction a été « dénaturée après son départ pour neutraliser l'expertise indépendante ». Son successeur M. Patrick Landais (M. Patrick Landais), s'exprimant lors de son dernier jour de mandat, assume au contraire un effacement : « Si l'on ne me demande rien, pourquoi devrais-je mobiliser des experts (...) pour réaliser une analyse qui ne sera utilisée par personne ? » Il résume la fonction par « le haut-commissaire conseille, mais ne prescrit pas », tout en estimant que ce poste, inchangé depuis 75 ans, doit être repensé pour conseiller l'ensemble de la filière. Le président Raphaël Schellenberger (M. Patrick Landais) conteste ce retrait en le comparant à l'attente d'un organe public d'expertise : « Permettrait-on à l'ASN un tel raisonnement ? »

Mme Catherine Cesarsky (Mme Catherine Cesarsky) ouvre un troisième axe : la fonction de haut-commissaire « n'est pas indispensable » et ne doit pas être fusionnée avec celle d'administrateur général ; un directeur scientifique chargé des synergies pourrait suffire, mais si le poste est maintenu il doit revenir à « un vrai expert du nucléaire ». Elle reconnaît elle-même : « Le nucléaire est très intéressant, mais je suis avant tout astrophysicienne. » Elle met aussi en cause une concentration excessive des moyens du CEA, rappelant que Bernard Bigot avait concentré la direction de l'énergie nucléaire « sur Astrid, au point de pratiquement lui interdire de travailler sur d'autres sujets ».

Enfin, le climat des auditions transparaît dans la réaction de M. Jacq à une mise en cause de son intégrité : « je suis fonctionnaire et je n'ai jamais été que fonctionnaire. Je n'en rougis pas. »

Qui en parle

Interventions regroupées (11 citations · 5 auditions)

Domaine : Gouvernance, rôle de l'État et stratégie énergétique · Sujet : role-cea

Couverture : 11 citations · 5 positions · 5 auditions

_Slugs bruts fusionnés : role-cea, role-cea-bras-arme, declin-role-cea, cout-r-d-cea, socle-competences-cea, energies-alternatives-cea, fonction-haut-commissaire, role-haut-commissaire, tensions-bernard-bigot_

Positions exprimées

  • M. François Jacq (M. François Jacq) : Le maintien du socle de compétences du CEA est l'inquiétude principale ; cette expertise n'est pas naturelle et exige des moyens de l'État et des industriels. _(tranchant 3)_
  • M. Patrick Landais (M. Patrick Landais) : La fonction de haut-commissaire, inchangée depuis 75 ans, doit être repensée et repositionnée pour conseiller l'ensemble de la filière ; elle conseille mais ne prescrit pas. _(tranchant 3)_
  • M. Yves Bréchet (M. Yves Bréchet) : Le Haut-commissaire est un conseiller indépendant qui doit allier réserve absolue et franchise totale ; sa fonction a été dénaturée après son départ pour neutraliser l'expertise indépendante. _(tranchant 2)_
  • M. Philippe Knoche (M. Philippe Knoche) : Le budget du CEA est insuffisant et la R&D d'aval du cycle devrait doubler pour preparer le nucleaire de 2050-2060. _(tranchant 2)_
  • Mme Catherine Cesarsky (Mme Catherine Cesarsky) : La fonction de haut-commissaire n'est pas indispensable et ne doit pas etre fusionnee avec celle d'administrateur general ; un directeur scientifique charge des synergies pourrait suffire, mais le poste, s'il est maintenu, doit revenir a un vrai expert du nucleaire. _(tranchant 0)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Madame la députée, je suis fonctionnaire et je n'ai jamais été que fonctionnaire. Je n'en rougis pas. »

M. François Jacq (audite, audition de M. François Jacq, 2022-12-07)

_Réponse vive à l'insinuation de collusion entre intérêts publics et privés ; défense de l'intégrité._

« Pardonnez-moi si je réagis un peu rudement lorsque mon intégrité est mise en cause. »

M. François Jacq (audite, audition de M. François Jacq, 2022-12-07)

_Moment de tension révélateur du climat de l'audition entre le principal et Écolo-NUPES._

« Si elle devait faire défaut, on se trouverait confronté à des problèmes. Si j’avais une inquiétude à exprimer, ce serait celle-là. »

M. François Jacq (audite, audition de M. François Jacq, 2022-12-07)

_Désignation explicite par le principal de sa principale inquiétude : l'érosion du socle de compétences._

« Aujourd’hui est mon dernier jour de travail et il s’agit de la dernière fois où je m’exprimerai en tant que haut-commissaire. »

M. Patrick Landais (audite, audition de M. Patrick Landais, 2022-12-15)

_Contexte exceptionnel de l'audition : témoignage de fin de mandat, parole libérée d'un haut fonctionnaire sur le départ._

« Si l’on me demande de réaliser une analyse, je la ferai, car il s’agit de mon travail. Si l’on ne me demande rien, pourquoi devrais-je mobiliser des experts, qui ont par ailleurs beaucoup de travail, pour réaliser une analyse qui ne sera utilisée par personne ? »

M. Patrick Landais (audite, audition de M. Patrick Landais, 2022-12-15)

_Justifie son choix de ne pas s'autosaisir, en contraste avec son prédécesseur Bréchet : révèle un effacement assumé de l'expertise indépendante._

« Le haut-commissaire conseille, mais ne prescrit pas. »

M. Patrick Landais (audite, audition de M. Patrick Landais, 2022-12-15)

_Définit la nature non contraignante de la fonction, en réponse à la comparaison du président avec l'ASN._

« Permettrait-on à l’ASN un tel raisonnement ? »

Raphaël Schellenberger (president, audition de M. Patrick Landais, 2022-12-15)

_Le président challenge le choix de Landais de ne pas s'autosaisir, en pointant l'attente d'un organe public d'expertise._

« dès lors qu’EDF a annoncé ne pas pouvoir financer au niveau souhaitable en raison de contraintes financières découlant du mécanisme d’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH), il était impossible pour Areva – puis Framatome et Orano – de financer ces recherches et développements »

M. Philippe Knoche (audite, audition de M. Philippe Knoche, 2023-01-12)

_Etablit un lien direct entre l'ARENH et l'incapacite a financer la R&D nucleaire, theme central de la commission._

« Pour faire simple, le budget du CEA est insuffisant. »

M. Philippe Knoche (audite, audition de M. Philippe Knoche, 2023-01-12)

_Diagnostic tranchant du DG d'Orano sur le sous-financement de la recherche nucleaire publique._

« Le nucléaire est très intéressant, mais je suis avant tout astrophysicienne. »

Catherine Cesarsky (audite, audition de Mme Catherine Cesarsky, 2023-01-12)

_Pose d'emblee qu'une haut-commissaire a l'energie atomique n'etait pas une specialiste du nucleaire, ce qui questionne le profil attendu de la fonction._

« Au-delà de nos désaccords, je me souviens que Bernard Bigot avait concentré toute l’énergie de la direction de l’énergie nucléaire (DEN) sur Astrid, au point de pratiquement lui interdire de travailler sur d’autres sujets. »

Catherine Cesarsky (audite, audition de Mme Catherine Cesarsky, 2023-01-12)

_Met en cause une concentration excessive des moyens du CEA sur un seul projet, qu'elle relie aux difficultes actuelles._