Claire Marais-Beuil
Rôle dans la commission : Députée membre — groupe RN
Biographie
Claire Marais-Beuil est née le 4 novembre 1958 à Caen (Calvados). La fiche officielle de l'Assemblée nationale mentionne pour elle une « profession libérale », sans autre précision ; le Répertoire national des élus, repris par Wikidata, l'enregistre comme médecin — profession dont elle se réclame elle-même à plusieurs reprises pendant les auditions (« En tant que médecin… », cr03b et M. Arnaud Cabanis). En l'absence de source publique plus précise (spécialité, lieu et dates d'exercice), ce point de son parcours professionnel n'est pas documenté davantage ici.
Militante du Rassemblement national dans l'Oise, elle se présente à plusieurs reprises dans la 1re circonscription du département : en 2017 (18,12 % au premier tour, troisième position), puis en 2021, où elle atteint le second tour d'une élection législative partielle sans l'emporter (19,59 %). Elle est élue députée de cette même circonscription lors des législatives anticipées de 2024, avec 46,19 % au premier tour et 51,69 % au second tour (26 824 voix), succédant à Victor Habert-Dassault. Son mandat débute en juillet 2024, dans la 17e législature, au sein du groupe Rassemblement national. Elle est par ailleurs conseillère municipale de Beauvais et conseillère communautaire de la communauté d'agglomération du Beauvaisis, et a été désignée tête de liste RN à Beauvais pour les élections municipales de 2026.
À l'Assemblée nationale, elle a siégé successivement à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la République, à la commission des affaires économiques, puis à la commission des finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire. Elle est également membre du Comité d'évaluation et de contrôle des politiques publiques, préside le groupe d'études sur les maladies rares et occupe une vice-présidence du groupe d'études sur la maladie de Lyme. Elle a participé à plusieurs autres commissions d'enquête et missions d'information de la législature (coût réel des aides sociales, violences sexuelles, natalité, fonds spéculatifs).
Dans la commission d'enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs (créée en mars 2025, présidée par Arthur Delaporte, rapporteure Laure Miller), elle siège comme membre, sans fonction au bureau.
Dans la commission
Claire Marais-Beuil est intervenue à 19 reprises, réparties sur 8 auditions (M. Yannick Carriou, cr03a, cr03b, cr21c, cr21d, cr24c, M. Arnaud Cabanis, Mme Marlène Masure). Ses questions dessinent cinq angles récurrents.
1. Santé mentale, contenus pro-anorexie et automutilation — avec une entrée par le genre. Dès M. Yannick Carriou, elle demande que les données d'usage soient déclinées par sexe, en posant une exposition différenciée : elle veut distinguer les résultats sur « les jeunes filles – qui sont plutôt susceptibles de s'exposer à des contenus promouvant l'anorexie ou la scarification – et sur les garçons » (M. Yannick Carriou). L'hypothèse est discutée en séance, Yannick Carriou jugeant peu probable une forte différenciation par genre dans les données de temps d'usage. Le même angle revient en cr03b, où elle demande, au-delà des 18-24 ans étudiés, « qu'en est-il des plus jeunes ? Quelle influence négative peuvent avoir les contenus des réseaux sociaux sur des adolescents de 13 ou 15 ans ? » — une manière de recentrer les travaux sur les mineurs, cible de la commission.
2. L'affirmation d'un lien de causalité directe, adossée à son statut de médecin. C'est en cr03b que sa ligne est la plus explicite. Face à la nuance sociologique opposée par l'audité sur la distinction corrélation/causalité, elle répond : « En tant que médecin, je ne pense pas que les médias ne soient en rien responsables. Dès lors que TikTok diffuse une vidéo qui explique comment se faire vomir, elle a une influence négative : en quelques minutes, les gamines savent comment faire, ce qui constitue un grave danger. » (cr03b). Dans la même audition, elle s'appuie sur une action en justice pour établir la dangerosité de la plateforme : « En novembre 2024, le collectif Algos Victima a porté plainte contre le réseau TikTok pour incitation au suicide ou à des tentatives de suicide auprès d'enfants de 15 ans, ce qui prouve bien que ce réseau a une influence négative sur certains publics » (cr03b) — une plainte et un chiffre d'augmentation d'usage présentés par la députée comme des éléments de preuve, et qui restent sa lecture, non un constat établi par l'audition.
3. Le front commercial : TikTok Shop, contrefaçons et sécurité sanitaire des produits. Dès cr03a, elle ouvre ce terrain à chaud : « Depuis lundi, TikTok Shop est disponible en France. Cette plateforme, qui utilise des micro- voire des nano-influenceurs […] Ma question porte principalement sur les contrefaçons, par exemple de médicaments. Comment pourrons-nous lutter ? » (cr03a). Elle y revient frontalement devant TikTok en M. Arnaud Cabanis, en mobilisant à nouveau son expertise médicale contre ce qu'elle décrit comme un contrôle purement documentaire : « Vous dites que vous respectez la réglementation, mais vous vous contentez de lire des étiquettes et ne contrôlez pas la composition des produits. Un produit pourrait être assemblé en Europe sans pour autant être pur – c'est déjà arrivé ! » (M. Arnaud Cabanis).
4. Suivre l'argent, et chercher un point de blocage hors plateforme. En cr21c, sur la redirection des audiences vers les plateformes de contenu pour adultes, elle cherche à établir une chaîne d'intérêts : « Existe-t-il des liens financiers entre les réseaux sociaux et ces plateformes de contenu ? » (cr21c). Dans la même audition, elle propose une piste de contrôle de l'âge qui contourne les plateformes : « Ne serait-il pas envisageable de réguler en vérifiant le mode de paiement ? » (cr21c), au motif que les jeunes disposent de cartes ou de comptes bancaires identifiables par âge.
5. La responsabilité des créateurs et celle de la plateforme. Avec les créateurs de contenu (cr21d, cr24c), son approche est plutôt d'instruction que de mise en accusation. Elle relève une contradiction : « Vous avez qualifié votre connaissance des algorithmes de limitée, alors qu'ils sont pourtant utilisés pour vos vidéos. Adaptez-vous le contenu de vos vidéos en fonction de la tranche d'âge que vous souhaitez cibler, afin que l'algorithme les identifie et les mette en avant ? » (cr21d), et cherche à cerner la mécanique de visibilité par une question factuelle sur le timing de publication (cr21d). En cr24c, elle écarte d'emblée le sujet des contenus pour adultes pour se concentrer sur les contenus grand public et sur l'effet d'un très jeune public : « Dès lors que vous savez que de très jeunes enfants vous regardent sur cette plateforme – même si elle est théoriquement interdite aux moins de 13 ans –, avez-vous changé votre façon de monter vos vidéos ou de faire votre promotion, de manière à ne pas les choquer ? » (cr24c). Elle y adopte une posture explicitement non punitive (« Notre objectif n'est pas de vous bannir ») et cherche des leviers concrets, comme l'activation de la fonctionnalité restreignant les lives aux mineurs.
Face à TikTok (M. Arnaud Cabanis, Mme Marlène Masure), le ton se durcit et se concentre sur trois exigences. Sur les challenges dangereux, elle énumère (paracétamol challenge, blackout challenge, zizi dance, superman dance, défi des aliments nutri-score D et E) et demande : « Quand vous voyez que le " paracétamol challenge " incite à avaler le plus grand nombre possible de comprimés de paracétamol, pourquoi vous faut-il du temps avant de le retirer de la plateforme ? Pourquoi attendez-vous qu'il y ait des décès ? » (M. Arnaud Cabanis) — les liens entre ces challenges et des décès sont affirmés par la députée et contestés en séance par TikTok, qui indique ne pas avoir trouvé ces challenges sur la plateforme. En Mme Marlène Masure, elle anticipe la ligne de défense selon laquelle le challenge n'aurait pas été lancé sur TikTok, en s'appuyant sur une vérification qu'elle dit avoir faite elle-même pendant la pause déjeuner : « si vous n'êtes, en effet, pas à l'initiative du challenge, vous relayez toutes les vidéos des gens qui y participent – il suffit de taper #DustChallenge pour les trouver. Vous en êtes donc partie prenante, et responsable de ce qu'il peut provoquer – or il y a quand même un mort » (Mme Marlène Masure). Sur l'addiction, elle procède par analogie pour contourner l'absence de définition clinique invoquée par la plateforme : « Quand quelqu'un ne boit qu'un verre d'alcool, mais le fait tous les jours, pensez-vous qu'il souffre d'une addiction ? Est-ce que regarder un live et donner deux pièces tous les jours est une addiction ? » (M. Arnaud Cabanis). Enfin, sur le contrôle parental, elle conteste que la charge de la protection repose sur les familles, après avoir reconnu qu'il y a « du bien » sur TikTok : « Comment voyez-vous le fait que les parents doivent faire la démarche pour leurs enfants, afin qu'ils n'aient pas accès à certains contenus ? Tous les parents ne sont pas forcément derrière eux pour cliquer toutes les trente secondes. » (Mme Marlène Masure) — plaidoyer pour une protection par défaut assurée par la plateforme.
Un angle plus latéral, l'école. En M. Yannick Carriou, elle propose une méthode d'inférence pour documenter l'usage du téléphone en classe : décliner la courbe de consommation par jour de la semaine, car « le fait de l'utiliser pendant la journée en semaine pourrait dénoter d'un usage en classe » (M. Yannick Carriou).
Sources
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/deputes/PA841563
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/deputes/PA841563/fonctions
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/deputes/PA841563/fonctions?archive=oui
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/organes/autres-commissions/commissions-enquete/tiktok/composition
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Claire_Marais-Beuil
- https://en.wikipedia.org/wiki/Claire_Marais-Beuil
- https://www.wikidata.org/wiki/Q63106704
- https://www.beauvaisis.fr/elu/marais-beuil-claire/
- https://deputes-rn.fr/depute/claire-marais-beuil