La part du citoyenTikTok et les mineurs

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Économie de l'attention

Sur ce sujet, le corpus est déséquilibré et ce déséquilibre est en soi un résultat : chercheurs, régulateurs, administration sanitaire et députés convergent pour désigner le modèle économique — monétiser le temps passé et les données — comme la cause structurelle des effets reprochés aux plateformes, et la seule contradiction frontale vient d'un représentant de Meta, pas de TikTok.

L'axe est net : les nocivités sont-elles un effet de bord ou la logique même du modèle ? Le camp majoritaire répond que rien n'est accidentel. Bruno Patino (cr04c) l'affirme en deux temps, extraction des données puis « outils de captologie » : « Rien de tout cela n'est un accident. C'est la conséquence directe du modèle économique de ces réseaux sociaux. » Isabelle Rauch (cr19b) le formule en économiste plus qu'en morale — « les Gafam ne sont pas des philanthropes » — et relie l'addiction à un modèle économique « fondé sur le nombre de vues, le nombre de clics, quel que soit le contenu ». Sophie Jehel (cr05b) déplace la démonstration vers les affects : « Ce qui importe aux plateformes n'est pas la nature des émotions, mais la possibilité de les calculer et de les revendre. »

Joëlle Toledano (cr16b) le martèle et en tire la conséquence politique. Elle pose d'abord la définition neutre — un modèle « qui consiste à échanger la gratuité contre autre chose » — puis tranche : « Il faut donc s'attaquer directement au modèle économique. » Son argument le plus dur est un pronostic, pas une accusation : « je crains que TikTok, s'il n'existait plus, soit remplacé par TokTik. » Si elle a raison, la cause n'est pas TikTok.

C'est là le sens latent du sujet, et il est explicite dans le corpus : la rapporteure elle-même le concède. Répondant à Gilles Babinet (cr20b), qui dénonce des « modèles d'affaires reposant sur cette captation de l'attention » adossés à des « algorithmes opaques », Laure Miller reconnaît que « la problématique des réseaux sociaux ne se limite ni à TikTok ni au jeune public » et impute le périmètre de l'enquête aux « contraintes inhérentes au fonctionnement parlementaire ». La Direction générale de la santé tient la même ligne : Sarah Sauneron (Mme Sarah Sauneron) vise un modèle qui « n'intègre pas les externalités négatives » et ne fait de TikTok qu'un cas « emblématique » — sans chiffrer l'externalité invoquée. Jean Cattan (cr20b) le dit en positif : TikTok « à l'avant-garde en matière d'outils de captologie ».

La défense, minoritaire, tient en deux répliques d'Anton'Maria Battesti (Meta, cr28a). Il ne nie pas le terme, il en conteste la lecture : « Vous pouvez appeler ça » économie de l'attention, « mais il faut quand même que vous trouviez de l'intérêt à ce qui vous est proposé ». Et il retourne l'argument de rentabilité contre l'accusation : « il est important que le réseau ne soit pas une poubelle. Sinon, les gens s'en détournent ». Là où Tristan Boursier (cr30c) affirme que « Tant que la haine sera rentable sur les plateformes, nous serons confrontés à ce genre de problème », Battesti soutient que le marché pousse à l'inverse. Le corpus, ici, juxtapose deux théories du même intérêt économique sans les départager.

Une hypothèse reste ouverte et n'est pas établie : Isabelle Rauch (cr19b) évoque « deux phénomènes éventuellement cumulatifs », modèle économique et « projet politique » d'ingérence — au conditionnel, qu'elle maintient.

Qui en parle

  • Joëlle Toledano (Université Paris Dauphine-PSL / Conseil national du numérique, cr16b) — ligne la plus construite : la gratuité s'échange contre l'attention, les correctifs partiels échoueront, il faut viser le modèle d'affaires ; rapporte sans l'endosser une piste d'économistes américains de « taxer très fortement, jusqu'à 50 % ».
  • Bruno Patino (Arte France, cr04c) — l'addiction comme design voulu, pas comme accident.
  • Sophie Jehel (cr05b) — lecture socio-économique : émotions calculées et revendues, « capital de likes » à rentabiliser dans « une conception très néolibérale ».
  • Gilles Babinet et Jean Cattan (CNNUM, cr20b) — le problème est le modèle d'affaires commun à tout le secteur ; TikTok en est l'avant-garde technique.
  • Sarah Sauneron (Direction générale de la santé, Mme Sarah Sauneron) — angle sanitaire : externalités négatives non intégrées au modèle.
  • Isabelle Rauch et Marietta Karamanli (cr19b) — versant parlementaire à charge : rémunération à la vue, « prisonniers des contenus ».
  • Célia Zolynski (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, cr16b) — « nos enfants ne sont pas à vendre » : oppose une responsabilité collective à la marchandisation.
  • Tristan Boursier (Cevipof, cr30c) — la racine est la rentabilité, plus que la technique.
  • Anton'Maria Battesti (Meta, cr28a) — seule voix à décharge : la captation suppose un intérêt réel de l'utilisateur, et l'intérêt économique pousse à un environnement sain.
  • Laure Miller (rapporteure, EPR, cr20b, cr28a) — pose l'hypothèse aux plateformes sans l'affirmer, et reconnaît le périmètre restreint de l'enquête.
Interventions regroupées (23 citations · 8 auditions)

Domaine : Addiction & design captateur d'attention · Sujet : economie-attention

Couverture : 23 citations · 7 positions · 8 auditions

_Slugs bruts fusionnés : economie-attention, economie-attention-design-addictif, economie-emotions-plateformes_

Positions exprimées

  • Mme Célia Zolynski (cr16b) : Toledano : le cœur du problème est le modèle économique de l'économie de l'attention (gratuité contre captation) ; les correctifs partiels échoueront, il faut s'attaquer directement au modèle d'affaires et à la publicité, « angle mort » du DSA/DMA. _(tranchant 5)_
  • M. Jean Cattan (cr20b) : Le cœur du problème est le modèle d'affaires de captation de l'attention, commun à tous les grands réseaux et pas seulement à TikTok ni aux mineurs ; c'est la démocratie elle-même qui est en jeu. _(tranchant 5)_
  • Mme Elisa Jadot (cr05b) : Le modèle repose sur une « économie des émotions » (injonction à publier, web affectif, surveillance panoptique) qui calcule et revend les affects et met les usagers en concurrence néolibérale, source d'anxiété (Jehel). _(tranchant 4)_
  • M. Hugo Micheron (cr30c) : Tant que la haine est rentable (économie de l'attention), le problème persistera : c'est le modèle économique et politique de la plateforme qui est en cause. _(tranchant 4)_
  • Mme Sarah Sauneron (Mme Sarah Sauneron) : Le modèle économique fondé sur l'économie de l'attention valorise le temps d'écran sans intégrer les externalités négatives ; TikTok illustre de manière emblématique ces dérives par l'efficacité de ses algorithmes. _(tranchant 3)_
  • M. Bruno Patino (cr04c) : L'addiction et l'extraction des données ne sont pas des accidents mais la conséquence directe et voulue du modèle publicitaire de l'économie de l'attention. _(tranchant 2)_
  • (table ronde) (cr28a) : L'« économie de l'attention » n'est ni nouvelle ni propre aux réseaux sociaux (TV, jeux vidéo); les plateformes soutiennent qu'elles n'ont aucun intérêt économique à pousser des contenus négatifs, car annonceurs et utilisateurs exigent un environnement sûr. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Les acteurs ont mis en place à la fois des outils capables de procéder à l’extraction maximale des données des utilisateurs pour les monétiser d’un point de vue publicitaire et des outils de captologie permettant de développer une certaine forme d’assuétude aux écrans. Rien de tout cela n’est un accident. C’est la conséquence directe du modèle économique de ces réseaux sociaux. »

Bruno Patino — Arte France (audite, audition cr04c, 2025-04-23)

_Thèse centrale de Patino : l'addiction et l'extraction de données sont un design volontaire, non un effet secondaire. Affirmation argumentée de l'auditionné._

« Ce qui importe aux plateformes n’est pas la nature des émotions, mais la possibilité de les calculer et de les revendre. »

Sophie Jehel (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Synthèse de la lecture socio-économique de Jehel (« web affectif ») : les émotions comme matière calculable et monétisable. Cadre analytique de la chercheuse._

« dans une conception très néolibérale, où chacun doit se penser comme une entreprise et rentabiliser son capital de likes, quelles que soient ses vulnérabilités »

Sophie Jehel (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Explique le mécanisme d'anxiété selon Jehel : mise en concurrence marchande des relations sociales. Interprétation sociologique de la chercheuse._

« le modèle économique est celui de l’économie de l’attention, qui consiste à échanger la gratuité contre autre chose. »

Joëlle Toledano — Université Paris Dauphine-PSL / Conseil national du numérique (audite, audition cr16b, 2025-05-26)

_Définition-socle du raisonnement de Toledano : la captation d'attention comme contrepartie de la gratuité._

« Nous y avons rappelé que nos enfants ne sont pas à vendre : notre responsabilité collective est de préserver leurs intérêts, de leur permettre de grandir et de se réaliser en toute liberté. »

Célia Zolynski — Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (audite, audition cr16b, 2025-05-26)

_Formule-cadre du rapport « Enfants et écrans » remis au président de la République ; pose la protection des mineurs comme responsabilité collective._

« Il faut donc s’attaquer directement au modèle économique. »

Joëlle Toledano — Université Paris Dauphine-PSL / Conseil national du numérique (audite, audition cr16b, 2025-05-26)

_Thèse centrale de Toledano : les correctifs partiels (dégroupage des algorithmes, pluralisme) échoueront ; il faut viser le modèle d'affaires lui-même._

« je crains que TikTok, s’il n’existait plus, soit remplacé par TokTik. »

Joëlle Toledano — Université Paris Dauphine-PSL / Conseil national du numérique (audite, audition cr16b, 2025-05-26)

_Scepticisme de Toledano sur le pluralisme algorithmique : à modèle économique inchangé, un concurrent identique remplacerait TikTok._

« Quelques-uns – des économistes américains qui ne sont pas les moins connus – proposent de la taxer très fortement, jusqu’à 50 %. »

Joëlle Toledano — Université Paris Dauphine-PSL / Conseil national du numérique (audite, audition cr16b, 2025-05-26)

_Toledano rapporte des propositions d'économistes (taxer la publicité ciblée jusqu'à 50 %) qu'elle présente comme des pistes, non comme sa position ferme._

« L’objectif consiste donc à maintenir le public sur la plateforme pour en faire des prisonniers des contenus »

Marietta Karamanli (audite, audition cr19b, 2025-05-28)

_Formule imagée de Karamanli sur l’objectif de rétention (« prisonniers des contenus ») ; interprétation à charge du modèle d’attention._

« Ces travaux font apparaître que les Gafam ne sont pas des philanthropes. Leur business model est celui de l’économie de l’attention, parce qu’elle rapporte de l’argent. »

Isabelle Rauch (audite, audition cr19b, 2025-05-28)

_Résume la thèse centrale des auditionnés : le modèle économique de l’attention explique les pratiques addictives._

« nous sommes peut-être confrontés à deux phénomènes éventuellement cumulatifs : un modèle économique, afin de gagner le plus d’argent possible et un projet politique, dans le but d’instrumentaliser un certain nombre d’éléments, dans le cadre d’ingérences. »

Isabelle Rauch (audite, audition cr19b, 2025-05-28)

_Hypothèse (marquée par « peut-être », « éventuellement ») d’un projet politique d’ingérence cumulé au modèle économique ; non établie, présentée comme une possibilité par Rauch._

« ils profitent des mécanismes d’addiction, qui sont au cœur de leur modèle économique fondé sur le nombre de vues, le nombre de clics, quel que soit le contenu. »

Isabelle Rauch (audite, audition cr19b, 2025-05-28)

_Relie explicitement l’addiction au modèle de rémunération à la vue/au clic, indépendant de la nature du contenu._

« TikTok se distingue par deux caractéristiques majeures : son origine chinoise, qui soulève des interrogations quant au respect de la confidentialité des données, et sa cinématique particulière, représentative d’une nouvelle génération de réseaux sociaux. »

Gilles Babinet — Conseil national du numérique (CNNUM) (audite, audition cr20b, 2025-06-02)

_Pose d'emblée la double singularité de TikTok selon le CNNUM ; l'interrogation sur les données chinoises est formulée comme une interrogation, pas comme un fait établi._

« Nous sommes face à des modèles d’affaires reposant sur cette captation de l’attention, où le citoyen-consommateur n’a aucune maîtrise sur le contenu qui lui est présenté, celui-ci étant imposé par des algorithmes opaques. »

Gilles Babinet — Conseil national du numérique (CNNUM) (audite, audition cr20b, 2025-06-02)

_Thèse centrale du CNNUM : le problème est le modèle d'affaires de captation de l'attention, pas seulement TikTok._

« TikTok est aujourd’hui à l’avant-garde en matière d’outils de captologie, qui visent à maximiser la monétisation de l’attention des utilisateurs. »

Jean Cattan — Conseil national du numérique (CNNUM) (audite, audition cr20b, 2025-06-02)

_Qualification de TikTok comme leader des outils de captologie ; désigne le design capteur d'attention comme problème structurel._

« Vous avez parfaitement raison, monsieur Babinet, de souligner que la problématique des réseaux sociaux ne se limite ni à TikTok ni au jeune public. Notre décision de circonscrire cette commission d’enquête à un objet précis découle des contraintes inhérentes au fonctionnement parlementaire. »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr20b, 2025-06-02)

_La rapporteure reconnaît que l'objet TikTok/mineurs est un périmètre volontairement restreint pour des raisons parlementaires, tout en admettant que le problème est plus vaste._

« À ce titre, TikTok, par l’efficacité de ses algorithmes, illustre de manière emblématique ces dérives. »

Sarah Sauneron — Direction générale de la santé (DGS) (audite, audition de Mme Sarah Sauneron, 2025-06-16)

_La DGS ne cible pas TikTok en propre mais le désigne comme cas emblématique des dérives algorithmiques ; positionnement à charge mais généralisé à toutes les plateformes._

« Les réseaux sociaux, et TikTok en particulier, contribuent à cette exposition excessive car leur modèle, fondé sur l’économie de l’attention, qui valorise financièrement le temps passé sur les contenus et donc sur les écrans, n’intègre pas les externalités négatives de ces pratiques. »

Sarah Sauneron — Direction générale de la santé (DGS) (audite, audition de Mme Sarah Sauneron, 2025-06-16)

_Affirmation de la DGS reliant le modèle économique de l'attention aux effets sanitaires ; présenté comme analyse, l'externalité négative n'étant pas chiffrée ici._

« Comment fonctionnent vos algorithmes ? Leur objectif est-il de capter l’attention des utilisateurs et de les « retenir » pour qu’ils visionnent davantage de publicités ? »

Laure Miller (rapporteur, audition cr28a, 2025-06-17)

_Pose frontalement l'hypothèse de l'algorithme conçu pour capter l'attention au service de la publicité; angle: lien design/monétisation._

« Vous pouvez appeler ça « économie de l’attention », mais il faut quand même que vous trouviez de l’intérêt à ce qui vous est proposé. »

Anton’Maria Battesti — Meta (audite, audition cr28a, 2025-06-17)

_Reconnaissance nuancée du terme « économie de l'attention » tout en le recadrant comme intérêt de l'utilisateur; défense à décharge._

« il est important que le réseau ne soit pas une poubelle. Sinon, les gens s’en détournent et préfèrent d’autres expériences. »

Anton’Maria Battesti — Meta (audite, audition cr28a, 2025-06-17)

_Argument à décharge: l'intérêt économique (annonceurs, utilisateurs) pousserait à un environnement sain, pas à la toxicité. Thèse contestée par la commission._

« Le flux vertical et continu de vidéos courtes est une marque de fabrique de cette plateforme. Vous semblez tous avoir repris ce dispositif, efficace pour capter l’attention, qui est né sur TikTok. »

Laure Miller (rapporteur, audition cr28a, 2025-06-17)

_La rapporteure tente de faire reconnaître que toutes les plateformes ont copié le format court/vertical de TikTok, « efficace pour capter l'attention »; les auditionnés se dérobent (Battesti, Dilé nient s'être inspirés de TikTok)._

« Tant que la haine sera rentable sur les plateformes, nous serons confrontés à ce genre de problème. »

Tristan Boursier — Cevipof (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Réponse à la question de Sother (SOC) : la racine serait économique (économie de l'attention), plus que technique ou idéologique. Formule synthétique._