La part du citoyenTikTok et les mineurs

Explorer · Souveraineté numérique & dimension ByteDance / Chine

Ingérence étrangère et guerre informationnelle

Sur ce sujet, le corpus est unanime dans l'accusation et divisé sur son statut : onze prises de parole désignent TikTok comme vecteur d'ingérence, aucune ne le conteste, mais la ligne de partage réelle passe entre ceux qui l'affirment comme un fait et ceux qui le qualifient de soupçon. Personne n'est venu défendre la plateforme sur ce terrain — la contradiction vient du degré de preuve, pas d'un camp adverse.

Le cas roumain est le pivot, et il revient dans cinq auditions. Hugo Micheron (cr30c) le pose en démonstration chiffrée : le candidat « n'était connu de personne – il était crédité de moins de 1 % des votes – mais il a fini par obtenir 43 % des votes au premier tour de l'élection présidentielle », et il en tire la formule la plus dure du corpus, « on constate que les algorithmes sont arsenalisés ». Valentin Petit (cr30c) documente le mécanisme et attribue l'intention à l'entreprise : « la plateforme a favorisé le candidat Călin Georgescu de façon absolument astronomique, en utilisant notamment des comptes dormants, qui publiaient habituellement du contenu footballistique sur Neymar ou sur Messi ». Jean-Baptiste Boisseau (cr13b) va au même point avec un vocabulaire d'État : TikTok « massivement utilisé comme outil de propagande et de déstabilisation de l'État ».

C'est le régulateur qui rétablit le conditionnel. Martin Ajdari, pour l'Arcom (cr13c), parle d'« une suspicion d'utilisation de la plateforme TikTok par des intérêts étrangers ou locaux, lesquels auraient cherché à manipuler l'opinion » — la même affaire, désignée comme non établie par celui qui a la charge de l'établir. Marc Faddoul (cr06b) occupe la position intermédiaire : il revendique une preuve, « les registres de publicités nous ont en effet permis de prouver l'orchestration, par des groupes prorusses, de campagnes de propagande ayant touché plus de cent millions d'utilisateurs », mais le matériau précise que ce résultat d'AI Forensics porte sur Facebook et Instagram, non sur TikTok. Sa seconde observation, elle, vise directement le cas roumain et une faille de contrôle : « certains ont été rémunérés hors de la plateforme pour relayer des messages politiques » — l'interdiction de la publicité politique se contourne par l'extérieur.

Un second front, plus flou, s'ouvre sur la radicalisation. Bérangère Couillard (cr18a) joint les deux thèmes en citant « les ingérences des puissances étrangères qui viennent modifier les contenus », puis décrit une bascule après une recherche religieuse : « au bout de quelques heures, vous recevez très rapidement des contenus radicalisés » — la fiche note qu'elle précise ne pas avoir étudié spécifiquement ce sujet. La rapporteure Laure Miller (cr18a) avait ouvert cet angle en relayant une note ministérielle citée par Le Figaro sur des prédicateurs.

Le sens latent du cadrage est là : une commission sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs se retrouve à traiter de déstabilisation électorale, comme si l'algorithme qui expose un adolescent et celui qui déforme un scrutin étaient le même objet. Seul Serge Abiteboul (cr05a) ancre le soupçon dans un antécédent vérifié plutôt qu'inféré : « dans le passé, TikTok a bloqué des contenus désapprouvés par les autorités chinoises – par exemple des vidéos de soutien aux Ouïghours ».

Qui en parle

  • Hugo Micheron — Ceri / Sciences Po (cr30c) : les algorithmes sont « arsenalisés » ; le cas roumain avancé comme preuve d'une déformation algorithmique.
  • Valentin Petit — agence CAPA (cr30c) : récit d'enquête sur les comptes dormants réorientés ; impute l'intention à la plateforme elle-même.
  • Marc Faddoul — AI Forensics (cr06b) : preuve documentée de campagnes prorusses via les registres du DSA ; montre le contournement de l'interdiction de publicité politique.
  • Martin Ajdari — Arcom (cr13c) : la voix de la prudence institutionnelle — « suspicion », au conditionnel.
  • Jean-Baptiste Boisseau — Collectif AVI (cr13b) : TikTok comme outil de déstabilisation d'un État ; demande l'audition de Viginum.
  • Antonin Atger — doctorant en psychologie sociale (cr16a) et Audrey Chippaux — auteure (cr16a) : les réseaux comme « arme de guerre informationnelle » ; micro-trottoirs pro-russes révélés par une enquête du Monde.
  • Bérangère Couillard — HCEFH (cr18a) : relie ingérence étrangère et radicalisation religieuse ; affirmations illustratives, non documentées en séance.
  • Serge Abiteboul — Inria / ENS (cr05a) : rappelle la censure passée des contenus sur les Ouïghours.
  • Laure Miller — rapporteure, EPR (cr18a) : introduit l'angle des prédicateurs sur TikTok à partir d'une note du ministère de l'intérieur.
Interventions regroupées (13 citations · 7 auditions)

Domaine : Souveraineté numérique & dimension ByteDance / Chine · Sujet : ingerence

Couverture : 13 citations · 2 positions · 7 auditions

_Slugs bruts fusionnés : ingerence-etrangere-tiktok, ingerence-influence-etrangere, ingerence-electorale-tiktok, ingerence-etrangere-radicalisation, guerre-informationnelle-viginum, manipulation-politique-contenus, publicites-politiques-ingerence_

Positions exprimées

  • M. Jean-Baptiste Boisseau (cr13b) : La régulation des contenus jeunesse est indissociable de la guerre informationnelle (cas roumain, Cambridge Analytica) ; la commission devrait auditionner Viginum. _(tranchant 3)_
  • Mme Audrey Chippaux (cr16a) : Atger et Chippaux : les réseaux sont une arme de guerre informationnelle (cas roumain, micro-trottoirs pro-russes) ; les placements de produits d'opinion doivent être rendus visibles. _(tranchant 3)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Dans le passé, TikTok a bloqué des contenus désapprouvés par les autorités chinoises – par exemple des vidéos de soutien aux Ouïghours. »

Serge Abiteboul — Inria / ENS (audite, audition cr05a, 2025-04-23)

_Fait rapporté de censure politique ; l'auditionné ajoute qu'il est « très probable » qu'un minimum de limitation persiste (probabilité, non établie)._

« Les registres de publicités nous ont en effet permis de prouver l’orchestration, par des groupes prorusses, de campagnes de propagande ayant touché plus de cent millions d’utilisateurs dans l’Union européenne, dans le cadre des élections parlementaires de juin dernier. »

Marc Faddoul — AI Forensics (audite, audition cr06b, 2025-04-29)

_Chiffre fort attribué aux travaux d'AI Forensics via les registres de publicités imposés par le DSA (constaté sur Facebook/Instagram, non sur TikTok). À restituer comme résultat de l'organisation de l'auditionné._

« Lors de récentes élections en Roumanie, certains ont été rémunérés hors de la plateforme pour relayer des messages politiques. »

Marc Faddoul — AI Forensics (audite, audition cr06b, 2025-04-29)

_Montre la limite de l'interdiction de publicité politique par TikTok : l'influence s'achète via des influenceurs rémunérés hors plateforme (cas roumain). Contourne le contrôle._

« TikTok a été massivement utilisé comme outil de propagande et de déstabilisation de l’État, notamment par le biais d’influenceurs. »

M. Jean-Baptiste Boisseau — Collectif d’aide aux victimes d’influenceurs (AVI) (audite, audition cr13b, 2025-05-20)

_Affirmation de l’intervenant sur le cas roumain, reliant TikTok à une opération de déstabilisation ayant conduit à l’annulation d’élections. Présenté comme un enjeu connexe au sujet de la commission ; affirmation non établie par la commission._

« Lors des élections en Roumanie, il y a eu une suspicion d’utilisation de la plateforme TikTok par des intérêts étrangers ou locaux, lesquels auraient cherché à manipuler l’opinion. »

M. Martin Ajdari — Arcom (audite, audition cr13c, 2025-05-20)

_Évoque le soupçon d’ingérence via TikTok lors des élections roumaines. Présenté explicitement comme une « suspicion » au conditionnel — non établi ; sert à illustrer la notion de risque systémique._

« Les réseaux sociaux sont aussi une arme de guerre informationnelle pour modeler l’opinion et promouvoir certaines thématiques plutôt que d’autres. »

Antonin Atger — écrivain, doctorant chercheur en psychologie sociale (Londres) (audite, audition cr16a, 2025-05-26)

_Cadre géopolitique : les réseaux comme vecteur d'ingérence (cite le cas roumain, les influenceurs pro-russes). Analyse de l'auditionné._

« une enquête du Monde a aussi mis en cause des influenceurs TikTok qui utilisent la forme du micro-trottoir pour donner une opinion favorable de la Russie dans la guerre qu’elle mène contre l’Ukraine. »

Audrey Chippaux — auteure de « Derrière le filtre » (audite, audition cr16a, 2025-05-26)

_Introduit les « placements de produits d'opinion » (contenus payés déguisés) et l'ingérence pro-russe, attribués à une enquête du Monde. Source citée, non produite en séance._

« évoquer les algorithmes et la manière dont ils sont générés, les ingérences des puissances étrangères qui viennent modifier les contenus. »

Bérangère Couillard — Haut Conseil à l'Égalité entre les hommes et les femmes (HCEFH) (audite, audition cr18a, 2025-05-27)

_La témoin introduit la dimension géopolitique (ingérences étrangères modifiant les contenus) comme objet à enseigner aux jeunes. Affirmation générale, non étayée dans le verbatim._

« Cependant, il s'avère que lorsque l'on écrit « Islam » dans la barre de recherche sur TikTok, on accède à certains contenus. Comme je l'indiquais dans mes propos liminaires, si vous regardez des vidéos sur une thématique, au bout de quelques heures, vous recevez très rapidement des contenus radicalisés. »

Bérangère Couillard — Haut Conseil à l'Égalité entre les hommes et les femmes (HCEFH) (audite, audition cr18a, 2025-05-27)

_Réponse à la rapporteure sur les prédicateurs et le voile : la témoin généralise le mécanisme de radicalisation algorithmique à la religion. Elle précise ne pas avoir étudié spécifiquement ce sujet ; affirmation illustrative non documentée._

« Il y a quelques jours, Le Figaro faisait part d'une note du ministère de l'intérieur qui portait sur l'influence de certains prédicateurs, notamment sur TikTok, lesquels prônent le port du voile chez les très jeunes filles. »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr18a, 2025-05-27)

_La rapporteure introduit l'angle de la radicalisation religieuse et du prosélytisme sur TikTok, et interroge son effet sur la santé mentale des jeunes filles exposées en boucle._

« on constate que les algorithmes sont arsenalisés »

Hugo Micheron — Ceri / Sciences Po (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Terme fort (« arsenalisés ») : Micheron soutient que les algorithmes sont retournés en armes politiques. Interprétation du chercheur appuyée sur des cas (Musk, Roumanie), pas une démonstration causale universelle._

« Il n’était connu de personne – il était crédité de moins de 1 % des votes – mais il a fini par obtenir 43 % des votes au premier tour de l’élection présidentielle. »

Hugo Micheron — Ceri / Sciences Po (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Cas roumain avancé comme preuve d'une « déformation algorithmique ». Chiffres attribués à Micheron ; le lien de causalité TikTok -> résultat électoral est plaidé, pas juridiquement tranché ici._

« la plateforme a favorisé le candidat Călin Georgescu de façon absolument astronomique, en utilisant notamment des comptes dormants, qui publiaient habituellement du contenu footballistique sur Neymar ou sur Messi »

Valentin Petit — agence CAPA (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Décrit un mécanisme précis (comptes dormants réorientés) dans le cas roumain. Récit d'enquête ; l'intentionnalité de « la plateforme » est affirmée par le journaliste._