La part du citoyenTikTok et les mineurs

Explorer · Parents, école & éducation numérique

Rôle de l'école

L'école est le levier que presque tous les auditionnés sollicitent et que presque aucun ne juge suffisant : la commission entend simultanément un appel à en faire le lieu central de l'éducation au numérique, et une série d'objections qui la disent non crue, contournée, et en contradiction avec elle-même.

Le camp du « levier scolaire » part d'un diagnostic de vide. Mme Jennifer Elbaz, de la CNIL (cr03b), pose que « Nos enfants ont une vie numérique mais personne n'en parle avec eux ». Alix Rivière, pour la FCPE (Mme Alixe Rivière e.a.), en tire un programme calqué sur les Evars, qu'elle juge « désormais inévitable de mettre en place […] adapté à chaque niveau scolaire ». Bruno Gameliel (cr12b) renvoie la charge au Parlement — « vous avez un rôle primordial à jouer en définissant un cadre clair pour l'école et les parents » — après avoir convoqué Rousseau pour rappeler que l'on ne connaît pas les élèves. Mais l'essentiel des propositions concrètes vise moins l'enseignement que la présence adulte : Laurent Zameczkowski, pour la Peep (Mme Alixe Rivière e.a.), veut « augmenter la présence d'adultes pour mieux détecter les situations à risque » ; Thierry Breton (cr18c) propose « dans chaque établissement scolaire un « référent DSA », de la même manière qu'il existe des psychologues ». C'est le présupposé latent du camp : l'école est appelée en filet de détection au moins autant qu'en lieu d'apprentissage. La rapporteure Laure Miller le formule crûment en cr11b — « votre enfant va mal, vous en parlez avec les professeurs et les médecins, mais à aucun moment ils n'identifient le problème ».

Les objections attaquent sur trois fronts distincts. La crédibilité, d'abord : Rayna Stamboliyska (cr04a) prévient que la parole institutionnelle ne récoltera qu'un « "OK Boomer" qui n'apportera rien ». L'efficacité ensuite : Elisa Jadot (cr05b), qui plaide par ailleurs pour « inverser la pression sociale » entre élèves, décrit des enfants dotés d'« un compte officiel, montré aux parents, et des comptes cachés ». La hiérarchie des remèdes enfin : Sophie Jehel (cr05b) tient que « l'éducation ne remplace pas la régulation », et Hugo Micheron (cr30c) soutient qu'on surresponsabilise l'école, quelques heures d'éducation civique ne pesant rien face à des heures quotidiennes de TikTok.

S'y ajoute un reproche d'incohérence, porté de l'intérieur du camp régulateur. Thomas Rohmer, pour l'OPEN (cr24a), relève que « l'évaluation nationale […] de tous les élèves de sixième s'est déroulée exclusivement sur ordinateur ». Miller le durcit devant la ministre (cr29b) : « c'est l'école elle-même qui met un écran dans les mains des enfants par le biais d'applications telles que Pronote ». La rapporteure occupe ainsi les deux positions — elle réclame la sensibilisation des professionnels, mais conteste dès cr03b qu'il faille des substituts à TikTok, défendant que « L'ennui peut avoir des effets positifs ».

Signal discret : plusieurs propositions rangées sous « l'école » n'y ont pas leur centre de gravité. Murielle Popa-Fabre (cr05b) veut fournir aux parents « une copie du feed de leurs enfants » ; Audrey Chippaux (cr16a) demande d'obliger les plateformes à « diffuser aussi des contenus préventifs ». Antonin Atger (cr16a) résume la position d'équilibre : agir « sur TikTok, mais aussi sur les problèmes existant dans la vraie vie ».

Qui en parle

  • Mme Jennifer Elbaz — CNIL (cr03b) : diagnostic d'un vide d'espace de parole sur les pratiques numériques, à l'école comme à la maison.
  • Mme Laure Miller — EPR, rapporteure (cr03b, cr11b, cr29b) : position à double détente — valorise l'ennui contre les substituts éducatifs, dénonce l'angle mort des enseignants et médecins, puis la contradiction de l'école qui impose Pronote.
  • Rayna Stamboliyska — RS Strategy (cr04a) : la parole institutionnelle n'est pas crue par les jeunes ; passer par des relais crédibles.
  • Bruno Patino — Arte France (cr04c) : défend l'apprentissage scolaire des outils numériques en distinguant Google et YouTube de TikTok.
  • Elisa Jadot (cr05b) : inverser la pression sociale entre élèves, mais constat que la supervision est contournée par les comptes cachés.
  • Sophie Jehel (cr05b) : « l'éducation ne remplace pas la régulation » ; la menace d'interdiction comme levier.
  • Murielle Popa-Fabre (cr05b) : informer les parents en leur donnant copie du feed de l'enfant.
  • Stéphane Blocquaux (cr05b) : relevé de terrain non représentatif — 48 smartphones sur 108 élèves de CM2.
  • Laurent Zameczkowski — Peep / Alix Rivière — FCPE (Mme Alixe Rivière e.a.) : plus d'adultes pour la détection précoce ; programme de sensibilisation continu sur le modèle Evars.
  • Mmes Morgane Jaehn et Christina Goncalves da Cunha — Algos Victima (cr11b) : responsabilité parentale sur l'objet, non-culpabilité sur les contenus ; chiffre de 70 % de CM2 équipés issu d'un sondage informel de la témoin.
  • M. Arthur Delaporte — SOC, président (cr11b) : 25 000 réponses à la consultation citoyenne, dont la moitié de lycéens.
  • Bruno Gameliel (cr12b) : cadre clair à définir par le législateur ; interdiction des écrans avant six ans.
  • Antonin Atger / Audrey Chippaux (cr16a) : agir sur TikTok et sur les fragilités hors ligne ; espace enfants et contenus préventifs imposés à la plateforme.
  • M. Thierry Breton (cr18c) : un « référent DSA » par établissement scolaire.
  • Thomas Rohmer — OPEN (cr24a) : incohérence de l'Éducation nationale, évaluations de sixième 100 % sur ordinateur.
  • M. Hugo Micheron (cr30c) : on surresponsabilise l'école ; le levier est algorithmique.
Interventions regroupées (25 citations · 14 auditions)

Domaine : Parents, école & éducation numérique · Sujet : role-ecole

Couverture : 25 citations · 6 positions · 14 auditions

_Slugs bruts fusionnés : role-ecole, role-ecole-ecrans, role-ecole-education-medias, role-ecole-education-numerique, role-ecole-numerique, role-ecole-parents, role-ecole-referent-dsa, education-ecole-limites, education-ecole-parents_

Positions exprimées

  • Mme Amélie Ébongué (cr03a) : Il faut une éducation civique au numérique dès le cycle élémentaire et un tissu préventif national (acteurs éducatifs, kiosques publics). _(tranchant 3)_
  • Mme Elisa Jadot (cr05b) : Le contrôle parental ne peut tout porter (comptes cachés, apps déguisées) ; il faut inverser la pression sociale, informer les parents (copie du feed) et soutenir l'éducation aux médias, très sous-dotée (Jadot, Jehel, Popa-Fabre). _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (cr12b) : L'action doit être multimodale : le législateur fixe un cadre clair pour l'école et les parents (souvent démunis), les professionnels accompagnent la mise en œuvre. _(tranchant 3)_
  • M. Arthur Melon (cr14a) : L'école doit être un lieu d'éducation au numérique et à la vie affective (programme Evars), avec des équipes pluriprofessionnelles financées ; vigilance sur l'injonction paradoxale à équiper les élèves en tablettes/IA tout en demandant des téléphones basiques. _(tranchant 3)_
  • M. Hugo Micheron (cr30c) : On surresponsabilise l'école ; ajouter des heures d'éducation civique ne suffira pas face à six ou sept heures quotidiennes de TikTok. Il faut agir sur les algorithmes. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (Mme Alixe Rivière e.a.) : L'école doit sensibiliser tôt et disposer de plus d'adultes : hausse des assistants d'éducation et redressement de la médecine scolaire, jugée sinistrée, pour détecter précocement les situations à risque. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Nous manquons d’un espace de réflexion sur les pratiques numériques. Nos enfants ont une vie numérique mais personne n’en parle avec eux. »

Mme Jennifer Elbaz — CNIL (mission éducation au numérique) (audite, audition cr03b, 2025-04-03)

_Diagnostic sur l'absence d'espace de parole et d'éducation aux pratiques numériques, à l'école comme à la maison._

« L’ennui peut avoir des effets positifs. Quand les réseaux sociaux n’existaient pas, les jeunes savaient s’occuper, lire, même s’ils n’avaient pas accès à des activités extrascolaires du fait de leur catégorie sociale ! »

Mme Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr03b, 2025-04-03)

_La rapporteure conteste l'idée qu'il faille absolument des substituts à TikTok, en valorisant l'ennui. Position assumée, contrepoint à la thèse des chercheurs._

« Si les messages viennent de gens comme vous ou moi, nous n'aurons comme réponse qu'un « OK Boomer » qui n'apportera rien. Nous ne serons pas écoutés. Il faut que les messages viennent de gens qui sont reconnus et crus par les jeunes. »

Rayna Stamboliyska — RS Strategy (audite, audition cr04a, 2025-04-23)

_Recommandation actionnable sur la sensibilisation : passer par des relais crédibles pour les jeunes plutôt que par la parole institutionnelle._

« Il est important d’apprendre à effectuer des recherches en ligne et à utiliser Google. YouTube apporte une aide essentielle aux professeurs et aux élèves, avec des contenus très intéressants. TikTok, c’est très différent. »

Bruno Patino — Arte France (audite, audition cr04c, 2025-04-23)

_Distingue outils numériques utiles (Google, YouTube) et TikTok ; nuance de l'auditionné qui n'est pas un rejet global du numérique éducatif._

« Les enfants ont souvent plusieurs comptes : un compte officiel, montré aux parents, et des comptes cachés, anonymes, utilisés en toute discrétion par les jeunes pour consulter à peu près ce qu’ils veulent »

Elisa Jadot (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Argument concret contre l'efficacité du seul contrôle parental (comptes « Finsta », apps déguisées). Renforce le plaidoyer pour la vérification d'âge / responsabilité plateforme._

« J’ai rencontré dernièrement des CM2 : sur 108 élèves, 48 avaient un smartphone connecté au net, et 22 un iPhone. On marche sur la tête ! »

Stéphane Blocquaux (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Donnée de terrain (échantillon d'une intervention) sur l'équipement précoce en smartphone. Statistique locale non représentative, attribuée à son observation._

« Attention, l’éducation ne remplace pas la régulation, et la menace d’une interdiction peut être un levier pour renforcer une régulation encore trop peu efficace, notamment en matière de modération des contenus. »

Sophie Jehel (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Position d'équilibre : ni tout-éducation ni tout-interdiction ; l'interdiction comme levier de négociation sur la régulation. Nuance clé de l'audition._

« Une possibilité serait de mettre les parents dans la boucle informationnelle en leur fournissant une copie du feed de leurs enfants, pour leur permettre de prendre conscience de ce qui est visionné et de l’impact des contenus. »

Murielle Popa-Fabre (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Proposition concrète et actionnable en réponse à la question de la députée Corneloup sur la sensibilisation des parents._

« il faut surtout réussir à inverser la pression sociale afin que l’enfant différent ne soit plus celui qui n’a pas de téléphone mais, au contraire, celui qui en possède un. »

Elisa Jadot (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Formule sur le levier social (norme de possession du téléphone) plutôt que la seule contrainte réglementaire. Rejoint la logique de Blocquaux sur le smartphone._

« Il est crucial d’augmenter la présence d’adultes pour mieux détecter les situations à risque, comme l’a tristement illustré le drame de Nantes. »

Laurent Zameczkowski — Peep (audite, audition de Mme Alixe Rivière e.a., 2025-05-15)

_Justifie la hausse des assistants d'éducation par la détection précoce des situations à risque, en référence au drame de Nantes ; lie moyens humains et prévention._

« Il apparaît malheureusement désormais inévitable de mettre en place un programme similaire, adapté à chaque niveau scolaire, pour sensibiliser sur les dangers d’Internet tout en soulignant ses immenses possibilités. »

Alix Rivière — FCPE (audite, audition de Mme Alixe Rivière e.a., 2025-05-15)

_Propose, sur le modèle des Evars, un programme continu de la maternelle au lycée sur les dangers et possibilités d'Internet ; position structurante de la FCPE._

« les gens de la Silicon Valley et de TikTok le savent parfaitement. Et, étonnamment, les enfants de ceux qui sont dans ces sociétés, eux, n’ont pas de téléphone. »

Mme Christina Goncalves da Cunha — Algos Victima (mère d'Emma) (audite, audition cr11b, 2025-05-15)

_Argument moral fréquent (les concepteurs privent leurs propres enfants d'écrans) : allégation générale, non sourcée précisément._

« Nous, parents, sommes responsables du téléphone que nous mettons entre les mains de nos enfants, mais nous ne sommes pas coupables des contenus auxquels ils sont exposés, de ce qu’ils voient. »

Mme Morgane Jaehn — Algos Victima (mère de Zoé) (audite, audition cr11b, 2025-05-15)

_Ligne de partage revendiquée : responsabilité parentale sur l'objet, non-culpabilité sur le contenu imposé par la plateforme._

« il révèle qu’en CM2, 70 % des enfants ont leur propre téléphone. »

Mme Morgane Jaehn — Algos Victima (mère de Zoé) (audite, audition cr11b, 2025-05-15)

_Chiffre issu d'un « sondage informel » réalisé par la témoin elle-même, qui reconnaît des biais : donnée indicative, non établie._

« C’est l’éléphant au milieu de la pièce : votre enfant va mal, vous en parlez avec les professeurs et les médecins, mais à aucun moment ils n’identifient le problème. »

Mme Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr11b, 2025-05-15)

_La rapporteure formule le constat central de l'audition (l'angle mort des professionnels) et esquisse une piste : sensibilisation massive des enseignants et médecins._

« Nous avons déjà reçu plus de 25 000 réponses, ce qui témoigne d’un fort engagement. La moitié de ces réponses proviennent de lycéens. »

M. Arthur Delaporte — SOC (president, audition cr11b, 2025-05-15)

_Le président communique un chiffre de participation à la consultation citoyenne de l'AN, avec forte part de lycéens : donnée factuelle de mobilisation._

« Comme le soulignait Jean-Jacques Rousseau en 1762 dans la préface de L’Émile : « Commencez donc par mieux étudier vos élèves, car très assurément vous ne les connaissez point. » »

Bruno Gameliel (audite, audition cr12b, 2025-05-16)

_Ancrage humaniste du propos liminaire ; l'auditionné mobilise Rousseau pour appeler à mieux connaître les jeunes usagers avant de légiférer ou d'éduquer._

« Je recommanderais donc d’interdire totalement les écrans jusqu’à l’âge de six ans, puis de mettre en place une régulation stricte au-delà. »

Bruno Gameliel (audite, audition cr12b, 2025-05-16)

_Recommandation actionnable et tranchée de l'auditionné : interdiction totale des écrans avant 6 ans, puis régulation stricte. Constitue sa préconisation opérationnelle pour le rapport de la commission._

« En tant que législateurs, vous avez un rôle primordial à jouer en définissant un cadre clair pour l’école et les parents. »

Bruno Gameliel (audite, audition cr12b, 2025-05-16)

_Renvoie la responsabilité au législateur : cadre clair pour l'école et les parents, professionnels en appui. Structure l'appel à une action « multimodale »._

« Le malaise existant dans la vraie vie est exploité par TikTok. Il faut donc agir sur TikTok, mais aussi sur les problèmes existant dans la vraie vie pour empêcher ensuite les dérives observées sur le réseau. »

Antonin Atger — écrivain, doctorant chercheur en psychologie sociale (Londres) (audite, audition cr16a, 2025-05-26)

_Position d'équilibre : la plateforme exploite des fragilités préexistantes ; la réponse doit être à la fois plateforme et hors-ligne (école, intégration). Position nuancée de l'auditionné._

« Il existe des contenus pour enfants sur YouTube. Pourquoi n’y aurait-il pas la même chose pour TikTok, en guise d’alternative ? »

Audrey Chippaux — auteure de « Derrière le filtre » (audite, audition cr16a, 2025-05-26)

_Proposition concrète : un espace TikTok dédié aux enfants (sur le modèle YouTube Kids). Suggestion de l'auditionnée, approuvée par Atger._

« puisqu’ils nous imposent leur publicité entre deux vidéos, pourquoi ne pas les obliger à diffuser aussi des contenus préventifs – et de préférence attractifs pour les jeunes ? »

Audrey Chippaux — auteure de « Derrière le filtre » (audite, audition cr16a, 2025-05-26)

_Proposition concrète : imposer aux plateformes des contenus préventifs intercalés comme la publicité. Suggestion de l'auditionnée._

« J’avais ainsi proposé de créer dans chaque établissement scolaire un « référent DSA », de la même manière qu’il existe des psychologues. »

M. Thierry Breton (audite, audition cr18c, 2025-05-27)

_Proposition concrète et actionnable de Breton pour l'école : un référent DSA par établissement, afin d'informer enfants et parents que l'espace numérique est contrôlé._

« Parallèlement, l’évaluation nationale du niveau en mathématiques et en français de tous les élèves de sixième s’est déroulée exclusivement sur ordinateur. »

Thomas Rohmer — OPEN (audite, audition cr24a, 2025-06-10)

_Second exemple d'incohérence de l'Éducation nationale (pauses numériques d'un côté, évaluations 100% numériques de l'autre) ; fait rapporté par Rohmer._

« c’est l’école elle-même qui met un écran dans les mains des enfants par le biais d’applications telles que Pronote. »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr29b, 2025-06-19)

_La rapporteure pointe la contradiction de l’Éducation nationale, qui impose des écrans quand les familles tentent de résister. Cherche l’engagement de la ministre sur ce paradoxe._