La part du citoyenTikTok et les mineurs

15 mai 2025 · réunion n°10

Audition de

ARAlixe RivièreLZLaurent ZameckwovskiPSPatrick SalaünVGVirginie GervaiseKRKarima RochdiOAOlivier Andrieu-Gerard

Qui est auditionné

Il ne s'agit pas d'une audition individuelle mais d'une table ronde d'associations familiales et de parents d'élèves, présidée par M. Arthur Delaporte : M. Laurent Zameczkowski (porte-parole de la Peep), Mme Karima Rochdi (administratrice chargée du numérique) et M. Olivier Andrieu-Gérard (coordonnateur du pôle Médias et usages numériques) pour l'Unaf, M. Patrick Salaün (président) et Mme Virginie Gervaise (administratrice) pour l'Unaape, et Mme Alix Rivière (administratrice nationale de la FCPE), arrivée en cours de séance et assermentée séparément. Le président précise que l'Unapel « n'a pas donné suite » à l'invitation.

Ce profil éclaire l'angle : aucune de ces organisations n'est experte de la plateforme ni du fonctionnement technique de l'algorithme. Elles parlent depuis le terrain — parents rencontrés, conseils d'établissement, actions de sensibilisation — et depuis leur propre expérience de parents. Leur légitimité est celle du témoignage et de la représentation des familles, pas de la mesure scientifique ; plusieurs de leurs chiffres et affirmations sont explicitement empruntés à des tiers.

La substance

Le socle commun est l'éducation aux médias et à l'information. La Peep la veut « dès la classe de CP », graduée, sur le modèle des Evars, « sans nécessairement recourir aux écrans » ; la FCPE plaide un programme « de la maternelle au lycée ». Tous préviennent que ce n'est pas « une solution miracle » et repose sur la répétition.

Deuxième fil : des parents décrits comme dépassés. Zameczkowski : « Beaucoup se sentent démunis face à ces enjeux. Ils manquent souvent de temps, de connaissances ou de capacités ». Rivière raconte n'avoir équipé ses deux derniers enfants qu'en quatrième — « une lutte de tous les instants » —, ceux-ci étant « les seuls de leur classe de 25 élèves » sans téléphone.

Chiffres avancés, à créditer à leurs porteurs : Mme Rochdi cite la ministre Clara Chappaz — « trois enfants sur quatre possèdent un compte sur les réseaux sociaux avant l'âge de 13 ans », « 67 % pour les 6-10 ans » — et rapporte que « 49 % des Français perçoivent l'impact de TikTok comme négatif, contre seulement 14 % », sans source précisée. La Peep évoque un taux d'encadrement d'environ 1 assistant d'éducation pour 120 élèves au collège, 1 pour 250 au lycée.

Sur l'algorithme, l'Unaf se dit « particulièrement vigilante » quant au « mécanisme de recommandation de vidéos sur lequel l'utilisateur n'a aucun contrôle », les vidéos étant « téléguidées par l'algorithme » et pouvant entraîner dans des « spirales toxiques ». Mme Rivière propose une analogie personnelle, non scientifique : « TikTok s'apparente à du crack, tandis que Telegram s'apparente à de l'héroïne, Instagram à de la cocaïne et Facebook à du cannabis », et dit avoir constaté elle-même, sur des « shorts » YouTube, leur « pouvoir hypnotique » — expérience que M. Salaün déclare partager. Elle attribue à « un mémo édité par Bayard Jeunesse » l'idée que « les vidéos courtes entravent la construction du raisonnement ».

À décharge, l'Unaf pose la limite causale : « l'ensemble des difficultés rencontrées par les jeunes, notamment en matière de santé mentale, ne peut pas être attribué uniquement à l'utilisation des écrans et des réseaux sociaux » ; les causes du mal-être sont « multiples et profondes », les réseaux pouvant être révélateurs ou offrir « un espace de respiration », et apportant des bénéfices d'identité, de socialisation et d'accès à la culture.

Sur la régulation : l'interdiction des moins de 13 ans est jugée « inefficace dans la pratique », d'où l'urgence d'un « véritable contrôle de l'âge » par les plateformes. Aucune association ne s'oppose à un seuil à 15 ans — l'Unaf l'accepte à condition d'« un message fiable, scientifiquement fondé » —, l'Unaape juge « même la limite d'âge de 13 ans […] trop basse » et évoque 16 ou 17 ans. L'Unaape propose une « contre-signature parentale » validée par numéro de téléphone ; la Peep demande aux opérateurs des forfaits paramétrables en temps réel, aucun grand opérateur n'en proposant. L'Unaf appelle à poursuivre dans la lignée du DSA (transparence des algorithmes, captation d'attention, scrolling, modération).

Les enjeux et confrontations

La tension centrale n'est pas frontale mais méthodologique. La rapporteure Laure Miller défend l'interdiction comme repère : « même s'il semble impossible de la faire respecter à 100 % », elle « permettrait de répondre au désarroi de nombreux parents », un enfant de dix ans n'ayant pas la capacité « de ne pas cliquer sur des contenus toxiques, violents ou sexuels ». Les associations n'y sont pas hostiles mais refusent la « solution prétendument magique » ; M. Andrieu-Gérard avertit que « si le discours se résume à l'interdiction des réseaux sociaux, cela ne fonctionnera pas ». Le président Delaporte rappelle que la loi du 7 juillet 2023 « n'est toujours pas appliquée » et soulève le risque de report vers WhatsApp ou Telegram.

Une longue digression sur les ENT, ouverte par la rapporteure, occupe une part notable de la séance jusqu'à ce que le président recadre : « les ENT ne sont pas l'objet central de notre commission, à savoir TikTok. » M. Thierry Perez (RN) déplace le débat vers l'effet symbolique d'une interdiction (« réprobation sociale »), Mme Anne Genetet (EPR) vers la santé scolaire et le repérage de l'addiction.

Apport au dossier

L'audition documente le désarroi parental et déplace la responsabilité vers l'amont : l'Unaf cite un rapport remis au président de la République selon lequel « aucun acteur de la chaîne ne se sent en responsabilité première des hauts standards de protection des enfants », chacun faisant porter aux parents « les externalités négatives générées par des modèles économiques captifs de l'attention des enfants » — d'où l'exigence de « replacer le curseur vers le centre ». Elle apporte aussi des propositions actionnables (contre-signature, forfaits paramétrables, assistants d'éducation, médecine scolaire) et, sur la dimension chinoise, deux prises isolées : Mme Rochdi citant la Chine comme pays ayant « réussi à imposer un cadre », et Mme Rivière, en clôture, évoquant « la technocratie du parti communiste chinois » comme support pédagogique sur la démocratie.