Score éthique / Nutriscore des plateformes
Le sujet n'occupe que deux auditions du corpus, mais il y prend une forme inattendue : pendant qu'une chercheuse propose à la commission de gouverner les plateformes par la notation plutôt que par la seule sanction, un professionnel décrit un système de notation déjà en place — détenu et appliqué par TikTok lui-même.
L'axe est posé par Sihem Amer-Yahia (CNRS / Laboratoire d'informatique de Grenoble, cr06b). Sa proposition part d'une prémisse technique qu'elle énonce sans détour : « il n'est pas techniquement possible de créer un algorithme dépourvu du moindre biais. Toute donnée alimentant un algorithme amplifiera en effet le biais qu'elle est elle-même susceptible de contenir. » Le présupposé est décisif pour la suite : si le biais est inéliminable, l'objectif régulateur ne peut pas être de le supprimer, seulement de le mesurer et de le rendre lisible. D'où la recommandation : « Un décalage m'apparaît entre la volonté ou le besoin de promulguer des textes de loi punitifs et la conception d'outils dans un esprit comparable à l'échelle Nutriscore, à même de créer une dynamique plus positive. » Elle ne dit pas que la loi est inutile ; elle dit qu'elle est mal calibrée seule, et lui oppose un instrument incitatif censé produire de l'émulation entre plateformes.
La même auditionnée fournit d'ailleurs, en passant, ce à quoi une telle note ressemblerait : « Je donnerais à TikTok un score très bas si je devais noter la qualité des données fournies par la plateforme. L'algorithme de TikTok ne me paraît pas très sophistiqué. » L'appréciation est double et va à contre-courant du récit dominant de la commission : elle est sévère sur la transparence, mais elle dégonfle en même temps l'image de l'algorithme surpuissant.
La contradiction ne vient pas d'un adversaire de la notation, mais de son expérience. Miloude Baraka (Live'up Agency, cr21a) rappelle que la notation existe déjà, à sens unique : « il faut retenir qu'une agence dont le score de santé descend en dessous de 50 peut se voir interdire d'exercer sur TikTok. » Et il en conteste la procédure : « TikTok nous accorde environ deux semaines pour fournir des preuves de notre accompagnement des influenceurs concernés, mais je dois admettre que ces preuves sont systématiquement rejetées, même lorsque nous démontrons la participation des influenceurs à nos formations. » Le grief émane d'une partie sanctionnée, qui a intérêt à contester la note ; il n'est pas contredit dans le matériau, mais pas non plus vérifié.
La tension du sujet n'est donc pas « noter ou ne pas noter » : c'est qui tient le tableau de bord. Amer-Yahia veut un score public braqué sur les plateformes ; Baraka décrit un score privé braqué par la plateforme sur ses partenaires, sans contradictoire. Le matériau est trop mince pour aller plus loin, et aucun auditionné n'y répond à l'autre.
Qui en parle
- Sihem Amer-Yahia — CNRS / Laboratoire d'informatique de Grenoble (cr06b, 2025-04-29) : porte seule la proposition. Biais inéliminable donc mesurable, outil incitatif de type Nutriscore plutôt que loi purement punitive ; note par ailleurs sévèrement la qualité des données de TikTok tout en jugeant son algorithme peu sophistiqué.
- Miloude Baraka — Live'up Agency (cr21a, 2025-06-03) : n'argumente pas sur le principe mais décrit la notation déjà pratiquée par TikTok sur les agences (« score de santé », seuil de 50) et en conteste le caractère non contradictoire.