Qui est auditionné
Audition conjointe, ouverte à la presse, des représentants de France TV Slash, plateforme numérique de France Télévisions destinée aux jeunes adultes (lancée en 2018). Autour de la principale, Tiphaine de Raguenel, directrice des publics et de la stratégie éditoriale de France Télévisions, sont entendus Alexandre Dureux (directeur délégué des programmes en charge des contenus jeune public), Paul Joalland (responsable de Slash), Alexandra Da Silva (social media manager), Amandine Roussel (directrice de la plateforme digitale et streaming Okoo/Slash) et Diane Saint-Réquier, ancienne animatrice de l'émission Sexy Soucis (2018-2022). L'audition est présidée par Jérémie Patrier-Leitus, avec le rapporteur Charles Alloncle (UDR). Elle est perturbée par une journée d'initiative parlementaire dans l'hémicycle, suspendue, puis « tronquée » à 45 minutes après reprise — le président présentant ses excuses aux auditionnés.
La substance défendue
En propos liminaire, Mme de Raguenel pose la thèse centrale de la défense : « Slash n'est pas une déclinaison numérique de nos antennes linéaires. C'est un média social à part entière » avec des codes propres, indispensable pour maintenir le lien du service public avec une génération qui déserte le linéaire. Chiffres à l'appui : chez les 18-30 ans, la TV linéaire ne pèse plus que « 18 % de leur consommation vidéo, contre 65 % pour l'ensemble de la population » ; 3h37 de vidéo/jour, dominée par YouTube ; 4,9 millions d'abonnements et 46 millions de vidéos vues par mois pour Slash. L'existence d'une offre jeune numérique est présentée comme un enjeu « existentiel », aligné sur les autres services publics européens (Funk en Allemagne, BBC Three, Tarmac en Belgique). Coût de Slash rappelé par le président : ~17 millions d'euros/an, 8 à 10 séries financées ~1,5 million chacune.
La direction ancre sa ligne dans le cahier des charges (articles 37 sur la diversité et la lutte contre les discriminations, 13 sur la jeunesse, 36 interdisant pornographie et complaisance dans la sexualisation) et affirme que Slash est « soumis exactement aux mêmes règles que l'ensemble des antennes » : responsabilité éditoriale pleine, validation collégiale, impartialité et pluralisme.
Les enjeux et confrontations
L'essentiel de l'audition est un réquisitoire éditorial du président puis du rapporteur, portant sur des contenus jugés problématiques : une vidéo donnant la parole à une créatrice OnlyFans (« Madame Vanessa »), retirée après « exactement 42 minutes en ligne » ; des publications 2018-2021 relevées par le collectif « Touche pas à ma redevance » (livre de Rokhaya Diallo, posts liés au comité Justice pour Adama, « mégenrage », transitions de genre, top des sextoys, champignons hallucinogènes, légalisation du cannabis). Sur la vidéo OnlyFans, Dureux concède un traitement « resté à la surface » sans contradictoire, mais nie toute promotion, et garantit qu'« il ne passerait plus ». Roussel oppose au « 500 posts » du rapporteur son propre décompte : « 11 posts sur 12 000 (…) 0,09 % d'erreur ».
Le point de rupture est la neutralité des figures du service public. Le rapporteur cite des tweets violents de Diane Saint-Réquier (2020-2021 : « catapulte à keufs », « Les hommes morts ne violent pas », « Chaque jour envie de buter les mecs », « Les prisons en feu, Zemmour au milieu »). L'intéressée les rattache à sa « liberté d'opinion » sur un compte personnel, rappelant qu'elle était prestataire de France TV Studio, « jamais salariée ». La direction assume la position la plus clivante : « tant que ses propos n'étaient pas repris (…) sur les plateformes de France Télévisions, aucun problème ne se posait » — que le président juge « grave » : « ce qu'elle pouvait écrire sur Twitter ne vous regardait pas ! ». De Raguenel maintient : le contrôle éditorial porte « sur les contenus que nous publions (…) et non à leurs propos personnels ».
Autres tensions : le public visé (le rapporteur oppose un communiqué « 15-35 ans » et une mention « à partir de 15 ans » — donc des mineurs — à la cible « 18-30 ans » affirmée par la direction) ; la pornographie « alternative » dans Sexy Soucis, où le rapporteur invoque le code pénal quand de Raguenel réplique que « parler de la pornographie n'est pas en faire la promotion ». Le rapporteur lance aussi une pique fondée sur Le Parisien (consignes de réponses « longues, techniques, chiantes ») — affirmation non établie. Roussel exprime la « frustration » de répondre sur des publications antérieures à sa prise de fonctions.
Ce que l'audition apporte
Elle expose une doctrine de France Télévisions : la responsabilité éditoriale s'arrête aux contenus publiés, pas aux propos personnels des collaborateurs non salariés — thèse frontalement contestée par la commission. La défense repose sur un argument d'autorité récurrent : l'absence de tout avis ou sanction de l'Arcom « indique que nous n'avons pas outrepassé notre cahier des charges », argument que le président relativise en doutant de la compétence de l'Arcom sur ce périmètre. Plusieurs affirmations à charge restent non établies (revenus de 20 000 €/mois de la créatrice, « informations obtenues » par la commission ; consignes du Parisien). L'audition, écourtée, illustre le climat polarisé de la commission et laisse ouvertes des réponses écrites promises (cannabis, champignons, republication de 2025).