La part du citoyen

Régulation UE & concurrence (DMA/DSA/AI Act/antitrust)

AI Act et régulation de l'IA

Le corpus rassemble quatre auditions (M. Aiman Ezzat, M. Thierry Breton, des représentants en France des Gafam, M. Cédric O) qui exposent un clivage net sur la pertinence et l'architecture de l'AI Act, entre défense du cadre européen et critique de son principe même.

Un partage de constats limité. Un accord existe sur l'approche par les risques comme socle légitime. Selon Thierry Breton (M. Thierry Breton), l'AI Act « fondé sur une approche par les risques (5 niveaux) avec transparence des données et watermarking » est essentiel. La table ronde (des représentants en France des Gafam) rejoint ce point : le RGPD serait « une bonne réglementation » — Microsoft l'a étendu au mondial — et l'AI Act fondé sur les risques est « soutenable ». Même Cédric O (M. Cédric O), pourtant critique, admet que « réguler par le risque et par la taille (comme DSA/DMA) est en revanche légitime ». Autre constat partagé, plus politique : le pouvoir de façonnage a glissé vers les acteurs américains. Cédric O observe que « les grandes entreprises américaines ont davantage façonné notre avenir que le législateur lui-même » (M. Cédric O).

Les clivages. Le premier oppose défenseurs et critiques de l'AI Act sur son objet. Pour Cédric O (M. Cédric O), l'erreur fondatrice est d'avoir régulé, « pour la première fois, [...] la technologie elle-même et non ses usages », ce qui pénalise les petites entreprises ; il illustre par l'analogie empruntée à Luc Julia : « il n'existe pas de réglementation des marteaux ; en revanche, vous n'avez pas le droit de taper sur quelqu'un avec un marteau ». À l'inverse, Breton (M. Thierry Breton) défend le texte et juge que vouloir le réviser à peine entré en vigueur « est tout de même plus idéologique que fonctionnel ». Second clivage : régulation contre émergence de champions. Cédric O hiérarchise — « il ne suffit pas de réguler ; il faut surtout faire émerger des entreprises européennes [...]. La régulation arrivera malheureusement toujours trop tard » — et lie souveraineté et valeurs : « Sans entreprises profondément européennes, [...] on devra renoncer au combat ». Aiman Ezzat (Capgemini, M. Aiman Ezzat) porte la ligne pro-compétitivité : « la surréglementation, en particulier dans les technologies émergentes telles que l'IA, risque [...] de compromettre la compétitivité de l'Europe ».

Le lobbying, point saillant. La rapporteure Cyrielle Chatelain presse Breton (M. Thierry Breton) de nommer les acteurs français ; il cite « Microsoft et OpenAI en particulier » mais reste évasif côté français, elle lui oppose ses propos sur Mistral AI : « Elle défend son business aujourd'hui, et non l'intérêt général. » En des représentants en France des Gafam, Frédéric Geraud de Lescazes (Google Cloud) reconnaît que « la position de la CCIA reflète une partie des positions de Google ». Ezzat (M. Aiman Ezzat), lui, renvoie la responsabilité au politique : « c'est au législateur qu'il revient [...] de leur interdire le cas échéant d'opérer en Europe. »

Qui en parle

Interventions regroupées (13 citations · 4 auditions)

Domaine : Régulation UE & concurrence (DMA/DSA/AI Act/antitrust) · Sujet : ai-act

Couverture : 13 citations · 4 positions · 4 auditions

_Slugs bruts fusionnés : ia-act, regulation-ia-act, regulation-rgpd-ai-act, surreglementation-ia_

Positions exprimées

  • M. Thierry Breton (M. Thierry Breton) : L'AI Act, fondé sur une approche par les risques (5 niveaux) avec transparence des données et watermarking, est essentiel ; vouloir le réviser à peine entré en vigueur est plus idéologique que fonctionnel. _(tranchant 4)_
  • M. Aiman Ezzat (M. Aiman Ezzat) : La surréglementation, surtout sur l'IA, menace la compétitivité européenne ; il faut des cadres unifiés, stables et prospectifs. _(tranchant 3)_
  • M. Cédric O (M. Cédric O) : L'AI Act a commis l'erreur de réguler la technologie elle-même (la puissance d'entraînement) et non ses usages, ce qui n'a aucun sens et pénalise les petites entreprises ; réguler par le risque et par la taille (comme DSA/DMA) est en revanche légitime. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (des représentants en France des Gafam) : Le RGPD est une bonne réglementation (Microsoft l’a étendu au mondial) et l’AI Act fondé sur les risques est soutenable ; les groupes nient chercher la dérégulation et invoquent seulement l’harmonisation et l’évitement de doublons de rapports. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« c’est au législateur qu’il revient d’intervenir, de leur interdire le cas échéant d’opérer en Europe. »

M. Aiman Ezzat — Capgemini (audite, audition de M. Aiman Ezzat, 2026-03-26)

_Renvoi systématique de la responsabilité politique au législateur : Capgemini répond à la demande tant qu'un acteur est autorisé en Europe._

« La surréglementation, en particulier dans les technologies émergentes telles que l’IA, risque en effet de ralentir son adoption et de compromettre la compétitivité de l’Europe »

M. Aiman Ezzat — Capgemini (audite, audition de M. Aiman Ezzat, 2026-03-26)

_Position pro-compétitivité contre l'excès normatif : marqueur idéologique du discours des grands acteurs de services._

« Et si elles sont issues de prisonniers ouïghours, on veut le savoir ! »

Thierry Breton — Ancien commissaire européen au marché intérieur (audite, audition de M. Thierry Breton, 2026-04-15)

_Illustration frappante de l'exigence de transparence des jeux de données d'entraînement de l'AI Act, en la reliant aux droits humains._

« Tout le monde connaît le rôle qu’ont joué et que continuent de jouer Microsoft et OpenAI en particulier – sans doute avec d’autres. »

Thierry Breton — Ancien commissaire européen au marché intérieur (audite, audition de M. Thierry Breton, 2026-04-15)

_Nomme les acteurs américains du lobbying sur l'IA tout en restant délibérément évasif sur les acteurs français, malgré l'insistance de la rapporteure._

« La start-up Mistral AI, elle fait du lobbying, c’est normal. Mais nous ne sommes dupes de rien. Elle défend son business aujourd’hui, et non l’intérêt général. »

Mme Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de M. Thierry Breton, 2026-04-15)

_La rapporteure oppose à Breton ses propres propos de La Tribune (nov. 2023) sur Mistral AI pour le forcer à nommer les acteurs français du lobbying anti-AI Act._

« On voit bien que la démarche est tout de même plus idéologique que fonctionnelle. »

Thierry Breton — Ancien commissaire européen au marché intérieur (audite, audition de M. Thierry Breton, 2026-04-15)

_Nuance notable : Breton, défenseur de l'AI Act, concède que la volonté de le réviser si tôt (à peine entré en vigueur, application par tranches jusqu'en 2030) relève de l'idéologie plus que du besoin réel._

« la position de la CCIA reflète une partie des positions de Google. »

Frédéric Geraud de Lescazes — Google Cloud (audite, audition de des représentants en France des Gafam, 2026-05-13)

_Aveu que le lobbying dérégulateur de la CCIA (visant RGPD et AI Act) porte en partie la voix de Google, malgré les dénégations générales._

« j’ai l’impression que, ces dernières années, les grandes entreprises américaines ont davantage façonné notre avenir que le législateur lui-même. »

M. Cédric O (audite, audition de M. Cédric O, 2026-05-13)

_Constat politique fort : le pouvoir de façonnage de l'avenir est passé du législateur aux big tech._

« il ne suffit pas de réguler ; il faut surtout faire émerger des entreprises européennes capables de rivaliser avec les entreprises américaines. La régulation arrivera malheureusement toujours trop tard. »

M. Cédric O (audite, audition de M. Cédric O, 2026-05-13)

_Hiérarchise l'action publique : faire émerger des champions prime sur la régulation._

« Sans entreprises profondément européennes, on ne défendra pas les valeurs européennes et on devra renoncer au combat. »

M. Cédric O (audite, audition de M. Cédric O, 2026-05-13)

_Lie explicitement souveraineté industrielle et défense des valeurs européennes._

« pour la première fois, on régulait la technologie elle-même et non ses usages. »

M. Cédric O (audite, audition de M. Cédric O, 2026-05-13)

_Cœur de sa critique de l'AI Act : un basculement inédit vers la régulation de la technologie brute._

« il n’existe pas de réglementation des marteaux ; en revanche, vous n’avez pas le droit de taper sur quelqu’un avec un marteau. »

M. Cédric O (audite, audition de M. Cédric O, 2026-05-13)

_Analogie-slogan (empruntée à Luc Julia) résumant la doctrine « réguler l'usage, pas l'outil »._

« C’est moi qui l’ai négocié. »

M. Cédric O (audite, audition de M. Cédric O, 2026-05-13)

_Rappelle son rôle direct dans la négociation du DSA, en réponse à la rapporteure sur son parcours._