Bureautique Microsoft de l'État et de l'Éducation
Le corpus documente une dépendance de l'État français à la bureautique et aux outils collaboratifs de Microsoft, qualifiée à plusieurs reprises de quasi totale, ainsi que les obstacles à toute sortie. Le constat le plus partagé est celui de l'ampleur de la dépendance. Selon David Amiel (Mme Anne Le Hénanff), « en matière de bureautique, 90 % des dépenses sont tournées vers des acteurs extra-européens, et singulièrement vers Microsoft », les dépenses de postes de travail représentant « 368 millions d'euros sur un total de 4,2 milliards ». À la Caisse des dépôts, Patrick Laurens-Frings (Mme Catherine Mayenobe) reconnaît « une dépendance totale vis-à-vis de l'éditeur Microsoft pour le cœur de la messagerie et des outils collaboratifs ».
Plusieurs intervenants analysent les mécanismes de ce verrouillage. Laurens-Frings (Mme Catherine Mayenobe) désigne « la gestion des identités et des habilitations » comme « un grand vecteur de "lock-in" ». Catherine Mayenobe (Mme Catherine Mayenobe) résume l'inertie administrative par la formule « aucun directeur des systèmes d'information ne sera renvoyé pour avoir acheté Microsoft 365 ». Côté marché, le collectif #Fab8 (M. Antoine Duboscq) caractérise un « monopole de fait de Microsoft, que même Google n'a pas réussi à briser » selon Alain Garnier, qui décrit un modèle « winner takes all » où la seule présence d'un Gafam installé « suffisait à dissuader d'investir dans un concurrent ». Thomas Fauré (M. Antoine Duboscq) qualifie de « dumping » la gratuité des solutions offertes « dans toutes les écoles ».
Un clivage porte sur la crédibilité des alternatives. Michel Paulin (M. Michel Paulin) affirme que Linux répond à « 99 % des besoins d'un utilisateur » et dénonce l'écart entre doctrine et pratique : « on dit qu'il faut faire de l'open source, mais à la fin, c'est Microsoft qui gagne. » À l'inverse, Yves Billon (Bercy, des directeurs de systèmes d’information de ministères) reconnaît honnêtement une limite : « on peut faire de la bureautique avec LibreOffice, mais on ne bénéficie pas de l'expérience utilisateur d'Office 365, de l'expérience cloud – il a fallu reconstruire beaucoup de choses derrière. »
Sur l'échelle d'action, Mathieu Weill (Intérieur, des directeurs de systèmes d’information de ministères) juge stratégique de « faire émerger une autre solution crédible à l'échelle européenne », le combat étant qualifié de prioritaire mais gagnable seulement au niveau interministériel et européen, l'enjeu étant l'usage plus que la technique (table ronde, des directeurs de systèmes d’information de ministères).
Deux exemples concrets ressortent. À l'Éducation nationale, Audran Le Baron (DNE, des directeurs de systèmes d’information de ministères) chiffre « un contrat de 2,4 millions d'euros par an avec Microsoft » pour le maintien des licences bureautiques locales (hors cloud), et rappelle que la recommandation de ne pas utiliser Office 365 ou Google Workspace dans les établissements reste « une prescription seulement », non contraignante. À la Caisse des dépôts, Mayenobe (Mme Catherine Mayenobe) affiche un arbitrage rare : « je vais renoncer à déployer Copilot. » Le président Latombe (des directeurs de systèmes d’information de ministères) résume la portée politique par une boutade : « nous devons faire passer l'INSP directement à LibreOffice ! »
Qui en parle
- Catherine Mayenobe & Patrick Laurens-Frings — Caisse des dépôts (Mme Catherine Mayenobe) : dépendance totale reconnue, verrou des identités/habilitations, renoncement à Copilot.
- Michel Paulin — CSF / Conseil national de l'industrie (M. Michel Paulin) : les alternatives (Linux) existent ; échec de l'application des doctrines de souveraineté.
- Audran Le Baron (DNE), Yves Billon (Bercy), Mathieu Weill (Intérieur) — table ronde (des directeurs de systèmes d’information de ministères) : chiffrages ministériels, limites des recommandations non contraignantes, retard fonctionnel de LibreOffice, nécessité de l'échelle européenne.
- Philippe Latombe — président (des directeurs de systèmes d’information de ministères) : synthèse politique par la boutade LibreOffice/INSP.
- Alain Garnier (Jamespot) & Thomas Fauré (Whaller) — collectif #Fab8 (M. Antoine Duboscq) : monopole « winner takes all », dumping des Gafam dans les écoles.
- David Amiel — Gouvernement (Mme Anne Le Hénanff) : chiffres macro de la dépendance (90 %, 368 M€ sur 4,2 Md€).