Poste de travail & bureautique de l'État (DINUM)
Ce domaine documente le point le plus tangible de la dépendance numérique française : le poste de travail et les outils collaboratifs quotidiens de l'appareil d'État, très majoritairement fournis par Microsoft. La ligne de force est un décalage récurrent entre la rhétorique de souveraineté et les actes. Le constat de dépendance est massif et admis sous serment — David Amiel (Mme Anne Le Hénanff) chiffre « 90 % des dépenses tournées vers des acteurs extra-européens, et singulièrement vers Microsoft » (368 M€ de postes de travail sur 4,2 Md€), et la Caisse des dépôts (Mme Catherine Mayenobe) reconnaît « une dépendance totale » pour messagerie et outils collaboratifs. Autour de ce diagnostic partagé se déploient des mécanismes de verrouillage (gestion des identités et habilitations comme vecteur de lock-in, inertie administrative résumée par « aucun DSI ne sera renvoyé pour avoir acheté Microsoft 365 »), un débat sur la crédibilité des alternatives, et une controverse vive sur le rôle de la DINUM.
Les cinq sujets du domaine s'articulent ainsi :
- Bureautique Microsoft de l'État et de l'Éducation pose le constat chiffré de la dépendance et de ses verrous (identités, dumping des GAFAM dans les écoles selon #Fab8), avec des exemples concrets : contrat de 2,4 M€/an à l'Éducation nationale, renoncement à Copilot par la Caisse des dépôts, recommandations non contraignantes contre Office 365 et Google Workspace.
- Rôle de la DINUM et outils numériques de l'État élargit au diagnostic transverse (services du Premier ministre et de Bercy sous Windows, complétés par Tchap et un assistant IA Mistral) et à la dépendance qui remonte jusqu'au citoyen (Julien Rossi, Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi : FranceConnect+ subordonné à iOS/Android). Il précise aussi le périmètre limité de la DINUM (décret de 2019 excluant les SI classifiés).
- Suites collaboratives de l'État (LaSuite) porte la controverse la plus frontale : la DINUM développe une suite gratuite tout en finançant la filière privée, que les éditeurs #Fab8 accusent de « jouer contre son camp » (perte estimée > 1 Md€ sur cinq ans, accusation de blocage actif de déploiements).
- Linux sur le poste de travail, très peu documenté (une seule audition, Mme Stéphanie Schaer), expose l'expérimentation de ~250 agents DINUM sous Linux souverain, justifiée par l'inflation des licences et le « kill switch », et l'objection du président sur l'absence de calcul de ROI.
- Messageries, réseaux et identité numérique de l'État rassemble les preuves qu'une alternative est possible (Tchap : 800 000 comptes ; Échirolles sortie des GAFAM) face aux dépendances résiduelles admises (Office 365 encore utilisé par dérogation dans certains ministères).
Les clivages majeurs. Le premier oppose ceux qui jugent les alternatives crédibles — Michel Paulin (M. Michel Paulin) : « Linux répond à 99 % des besoins » — à ceux qui reconnaissent un retard fonctionnel réel, Yves Billon (des directeurs de systèmes d’information de ministères) admettant qu'avec LibreOffice « on ne bénéficie pas de l'expérience utilisateur d'Office 365 […], il a fallu reconstruire beaucoup de choses ». Le deuxième, structurant, porte sur ce que l'État doit faire : État producteur (Henri Verdier, M. Henri Verdier : sans capacité de produire, on ne sait plus acheter ; modèle « État plateforme ») contre État acheteur/sélecteur (Yann Lechelle, M. Yann Lechelle : la DINUM « fait fausse route en cherchant à se comporter comme un éditeur »). Ce clivage se rejoue sur LaSuite : la filière et le président Latombe y voient une branche de l'État fabriquant une solution concurrente, tandis que la rapporteure Chatelain défend « une capacité de développement autonome » et refuse la rhétorique de l'« État adversaire de la nation ». Un troisième clivage, plus méthodologique que doctrinal, oppose Schaer et Latombe sur Linux : tous deux favorables au souverain, ils divergent entre démarche expérimentale motivée par le risque et exigence de ROI chiffré avant bascule (« votre choix relève plutôt de la posture »). En arrière-plan, un souverainisme par le libre (Nicolas Vivant, Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre : « la taille ne compte pas ») conteste l'argument d'échelle industrielle, tandis que le risque géopolitique de coupure des services américains — évoqué par Schaer comme par Renaud Chaput (Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre, scénario simulé par la Commission européenne) — fournit le motif commun qui relie tout le domaine.
Sujets couverts
- Bureautique Microsoft de l'État et de l'Éducation — dépendance quasi totale chiffrée, verrous du lock-in, dumping dans les écoles et exemples de renoncement (Copilot).
- Rôle de la DINUM et outils numériques de l'État — dépendance quotidienne au duo Microsoft/Windows, remontée jusqu'au citoyen, clivage État producteur vs acheteur, périmètre limité par le décret de 2019.
- Suites collaboratives de l'État (LaSuite) — controverse sur la DINUM développant une suite gratuite tout en finançant la filière qu'elle concurrence.
- Linux sur le poste de travail — expérimentation DINUM (~250 agents) face au kill switch et à l'inflation des licences, objection sur l'absence de ROI.
- Messageries, réseaux et identité numérique de l'État — réussites souveraines (Tchap, Échirolles) contre dépendances résiduelles (Office 365) et captation de données par l'identité mobile.