La part du citoyen

Poste de travail & bureautique de l'État (DINUM)

Rôle de la DINUM et outils numériques de l'État

Le corpus aborde le rôle de la DINUM et l'équipement numérique de l'État sous deux angles convergents : un diagnostic de dépendance de l'appareil d'État aux logiciels américains, et un désaccord de fond sur ce que l'État devrait faire (produire ou acheter).

Un constat partagé de dépendance. Plusieurs auditionnés documentent l'usage quotidien d'outils non souverains au cœur de l'État. Selon Benjamin Delozier (DGT, M. Thomas Courbe), « nous utilisons au quotidien la suite Microsoft », un constat que Florent Kirchner (SGPI, M. Thomas Courbe) confirme : « les services du Premier ministre ainsi que ceux de Bercy sont équipés d'ordinateurs fonctionnant sous Windows. » Emmanuel Marcovitch (Cour des comptes, M. Emmanuel Marcovitch) rappelle que « des messageries du marché comme WhatsApp ou Telegram étaient utilisées dans l'administration et jusqu'au plus haut niveau », avant l'imposition de la messagerie souveraine Tchap. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) décrit une administration mêlant suite Microsoft/Windows et outils souverains de la DINUM (Tchap, assistant IA fondé sur un modèle Mistral).

Une dépendance qui remonte jusqu'au citoyen. La table ronde du Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi, avec Julien Rossi (université Paris 8, Cémti), élargit l'enjeu : la dématérialisation rend l'usage numérique quasi obligatoire — « aujourd'hui, c'est une obligation de fait, et presque une obligation en droit » — et subordonne l'accès aux services publics à des OS américains. Rossi cite « FranceConnect+, qui implique en pratique la possession d'un smartphone fonctionnant sous iOS ou Android, devenus de facto des contrôleurs d'accès à l'identité civile et aux services publics », transformant une dépendance individuelle en vulnérabilité de souveraineté régalienne.

Le clivage : État producteur ou État acheteur. Henri Verdier (Fondation Inria, M. Henri Verdier) soutient que l'État sous-investit (4 Md€ pour les DSI ministérielles, « environ la moitié de ce que la BNP consacre à l'informatique ») et a perdu la capacité de produire, donc de bien acheter : « lorsqu'une organisation ne sait plus produire elle-même, elle ne sait plus acheter. » Il défend un modèle d'« État plateforme » inspiré de l'Inde (API ouvertes sous contrôle public, standards ouverts), où la souveraineté naît du contrôle de l'infrastructure et non de l'éviction des acteurs privés. À l'inverse, Yann Lechelle (probabl.ai/Eurostack, M. Yann Lechelle) juge que « la Dinum […] fait fausse route en cherchant à se comporter comme un éditeur de logiciel » : l'État devrait sélectionner les bonnes piles open-source et acheter aux fournisseurs privés qui les maintiennent.

Une limite de périmètre. Stéphanie Schaer (Dinum, Mme Stéphanie Schaer) rappelle que « le décret du 25 octobre 2019 exclut explicitement les SI classifiés du périmètre de compétence de la Dinum », ce qui la place hors sujet sur des dossiers comme le recours de Tracfin à Palantir. Verdier souligne de même l'absence de cartographie globale et un périmètre DINUM trop limité.

Qui en parle

Interventions regroupées (11 citations · 6 auditions)

Domaine : Poste de travail & bureautique de l'État (DINUM) · Sujet : dinum-role

Couverture : 11 citations · 5 positions · 6 auditions

_Slugs bruts fusionnés : dinum-perimetre, dinum-role-etat, role-dinum-gouvernance, outils-souverains-dinum, outils-numeriques-etat, etat-plateforme, souverainete-numerique-services-publics_

Positions exprimées

  • M. Henri Verdier (M. Henri Verdier) : Le modèle indien d'infrastructures publiques numériques (État plateforme : API ouvertes sous contrôle public, standards ouverts) est supérieur et peu coûteux ; l'État doit rendre l'innovation possible sans capter de monopole. _(tranchant 4)_
  • M. Yann Lechelle (M. Yann Lechelle) : L'État ne doit pas être éditeur de logiciel : la Dinum « fait fausse route » en se comportant comme tel. Son rôle est de sélectionner les bonnes piles open-source (quelle que soit l'origine) et d'acheter aux fournisseurs privés qui les maintiennent. _(tranchant 4)_
  • M. Henri Verdier (M. Henri Verdier) : L'État sous-investit dans le numérique (4 Md€ pour les DSI ministérielles, la moitié de la BNP) et a perdu la capacité de produire, donc de bien acheter ; la DINUM a un périmètre trop limité et il n'existe pas de cartographie globale. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi) : La dématérialisation rend l'usage numérique quasi obligatoire et subordonne l'accès aux services publics à des OS américains (iOS/Android via FranceConnect+), transformant une dépendance individuelle en vulnérabilité de souveraineté régalienne. _(tranchant 3)_
  • MM. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) : L'administration utilise au quotidien la suite Microsoft et Windows, complétées par des outils souverains de la Dinum (messagerie Tchap et assistant IA fondé sur un modèle Mistral). _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Google garde une part de marché majoritaire, mais ne possède ni les données ni l'infrastructure et n'a donc pas la capacité d'exclure ou de déconnecter les autres acteurs. »

Henri Verdier — Fondation Inria (audite, audition de M. Henri Verdier, 2026-03-10)

_Décrit précisément le modèle indien d'infrastructures publiques : la souveraineté vient du contrôle public de l'infrastructure et non de l'éviction des acteurs privés._

« Ces 4 milliards représentent une somme relativement modeste : elle équivaut à environ la moitié de ce que la BNP consacre à l'informatique, sachant que cette banque est réputée pour être l'un des établissements les plus dépensiers dans ce domaine. »

Henri Verdier — Fondation Inria (audite, audition de M. Henri Verdier, 2026-03-10)

_Chiffre de comparaison saisissant qui étaye sa thèse d'un État sous-investisseur dans le numérique._

« lorsqu'une organisation ne sait plus produire elle-même, elle ne sait plus acheter. »

Henri Verdier — Fondation Inria (audite, audition de M. Henri Verdier, 2026-03-10)

_Thèse centrale sur la perte de compétence interne de l'État : sans capacité de production, l'achat public devient captif et surfacturé._

« J'ai vu des projets dans lesquels l'État avait successivement acheté les spécifications, puis le cahier des charges, puis l'assistance à la sélection du fournisseur, puis la prestation elle-même, et enfin les tests de recette. L'État n'avait strictement rien produit lui-même. »

Henri Verdier — Fondation Inria (audite, audition de M. Henri Verdier, 2026-03-10)

_Illustration frappante de l'externalisation totale de la chaîne de production numérique de l'État._

« des messageries du marché comme WhatsApp ou Telegram étaient utilisées dans l'administration et jusqu'au plus haut niveau, alors qu'elles n'étaient pas souveraines. »

Emmanuel Marcovitch — Cour des comptes (audite, audition de M. Emmanuel Marcovitch, 2026-03-17)

_Constat concret d'un usage d'outils non souverains au sommet de l'État, avant l'imposition de Tchap : montre qu'un changement volontariste est possible._

« là où la Dinum, selon moi, fait fausse route en cherchant à se comporter comme un éditeur de logiciel. »

M. Yann Lechelle — probabl.ai / Eurostack (audite, audition de M. Yann Lechelle, 2026-03-26)

_Critique frontale du rôle de l'État producteur de logiciels, plaidoyer pour un État acheteur/sélecteur._

« Il y a encore quinze ans, être en ligne relevait d’un choix ; aujourd’hui, c’est une obligation de fait, et presque une obligation en droit. »

Julien Rossi — université Paris 8 — Cémti (audite, audition de Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi, 2026-04-01)

_Formule le basculement anthropologique : le numérique n'est plus optionnel, ce qui rend illusoire le consentement individuel._

« Il suffit par exemple de penser à FranceConnect+, qui implique en pratique la possession d’un smartphone fonctionnant sous iOS ou Android, devenus de facto des contrôleurs d’accès à l’identité civile et aux services publics. »

Julien Rossi — université Paris 8 — Cémti (audite, audition de Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi, 2026-04-01)

_Relie directement la dépendance aux OS américains à un enjeu de souveraineté régalienne : l'État délègue l'accès à l'identité civile à Apple et Google._

« Or le décret du 25 octobre 2019 exclut explicitement les SI classifiés du périmètre de compétence de la Dinum ; je ne peux donc m’exprimer sur ce dossier particulier relatif à Tracfin et à Palantir. »

Mme Stéphanie Schaer — Dinum (audite, audition de Mme Stéphanie Schaer, 2026-04-14)

_Marque la limite de compétence de la Dinum : elle ne peut se prononcer sur le recours à Palantir dès qu'il touche au classifié._

« nous utilisons au quotidien la suite Microsoft. »

Benjamin Delozier — DGT (direction générale du Trésor) (audite, audition de M. Thomas Courbe, 2026-05-07)

_Aveu frappant : l'administration chargée de la souveraineté numérique utilise elle-même la suite Microsoft au quotidien._

« les services du Premier ministre ainsi que ceux de Bercy sont équipés d’ordinateurs fonctionnant sous Windows. »

Florent Kirchner — SGPI (secrétariat général pour l’investissement) (audite, audition de M. Thomas Courbe, 2026-05-07)

_Confirme la dépendance de l'appareil d'État aux logiciels américains jusqu'au plus haut niveau._