La part du citoyen

Poste de travail & bureautique de l'État (DINUM)

Suites collaboratives de l'État (LaSuite) et concurrence à la filière

Le corpus documente une controverse sur le rôle de la Direction interministérielle du numérique (Dinum), qui développe sa propre suite collaborative gratuite (LaSuite) tout en étant, par ailleurs, un financeur de la filière privée. Le clivage principal oppose les éditeurs et représentants de la filière à la rapporteure Cyrielle Chatelain.

Constats et griefs de la filière. Pour les éditeurs du collectif #Fab8 (audition de M. Antoine Duboscq), l'État se contredit : après avoir mené « une bonne politique industrielle » via France 2030 (trois lauréats), il a lancé LaSuite, réduisant le marché. Selon Alain Garnier (Jamespot, M. Antoine Duboscq), « nous avons estimé la perte dans le secteur du collaboratif à plus de 1 milliard d'euros sur cinq ans ». Antoine Duboscq (Wimi, M. Antoine Duboscq) défend le caractère souverain de ces outils : « les deux goulots d'étranglement par où transitent les données, ce sont les hébergeurs et les suites collaboratives », données qui « nourriront l'IA ». Il porte une accusation concrète : des clients publics déployant Wimi auraient « reçu un coup de fil de la Dinum pour bloquer le processus et imposer leur solution ». Thomas Fauré (Whaller, M. Antoine Duboscq) ajoute que « la Dinum produit une suite numérique qui n'est interconnectable avec aucun système », lui reprochant de refuser l'interopérabilité qu'elle prône.

La critique du mandat. Du côté du CSF Solutions numériques de confiance (M. Michel Paulin), Julia Mouzon estime que la feuille de route de la Dinum « n'intègre pas la question de la souveraineté numérique » et « ne comporte aucune mesure visant à favoriser l'émergence d'acteurs français et européens ». Elle file une métaphore : une équipe de onze excellents joueurs qui « visent des buts situés à des endroits différents ». Michel Paulin juge la suite sous-financée (10-12 M€/an) et « vouée à l'échec » (avis qu'il partage avec la Cour des comptes), résumant : « L'État doit être exemplaire pour lui-même. Malheureusement, il ne l'est pas. »

Désaccords et recadrages. La rapporteure Chatelain conteste frontalement cette lecture : « je trouve pertinent que l'État dispose d'une capacité de développement autonome, en plus de ses collaborations avec les acteurs privés ». Elle relativise la querelle au regard des masses (4 Md€ pour l'État, 285 Md€ de marché) et refuse la formule de Fauré selon laquelle « l'État se comporte envers [la nation] comme un adversaire » : « Entendre que l'État serait "l'adversaire de la nation" ne me semble ni juste, ni mesuré. » Le président Philippe Latombe (M. Arnaud Caudoux) pointe pour sa part la contradiction d'« une autre branche de l'État [qui] fabrique une solution concurrente ». Enfin, Nicolas Vivant (France numérique libre / Échirolles, Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre) déplace le débat vers le logiciel libre : « la taille ne compte pas », réfutant l'argument d'échelle.

Qui en parle

Interventions regroupées (15 citations · 4 auditions)

Domaine : Poste de travail & bureautique de l'État (DINUM) · Sujet : suites-collaboratives-etat

Couverture : 15 citations · 4 positions · 4 auditions

_Slugs bruts fusionnés : suites-collaboratives-etat, suites-collaboratives-ensembliers, france-2030-suites-bureautiques, suite-etat-dinum-anct, suite-etat-territoriale, lasuite-dinum-concurrence, dinum-concurrence-filiere_

Positions exprimées

  • MM. Antoine Duboscq (M. Antoine Duboscq) : En développant LaSuite gratuite via la Dinum, l'État concurrence déloyalement les éditeurs qu'il a subventionnés et refuse l'interopérabilité ; Fauré parle d'une partie de l'État se comportant en adversaire, Duboscq d'un État qui joue contre son camp. _(tranchant 5)_
  • M. Michel Paulin (M. Michel Paulin) : La Dinum, dont la feuille de route ignore la souveraineté, se trompe en développant sa propre suite collaborative : sous-financée (10-12 M€/an), elle est vouée à l'échec (avis partagé avec la Cour des comptes) et crée un concurrent qui fragilise une filière déjà trop petite. L'État ne s'improvise pas éditeur de logiciels. _(tranchant 4)_
  • MM. Antoine Duboscq (M. Antoine Duboscq) : L'État avait lancé une bonne politique industrielle (France 2030, trois lauréats) puis s'est contredit avec LaSuite, réduisant le marché et détruisant la valeur ; c'est un défaut d'alignement évalué à plus de 1 milliard d'euros de pertes sur cinq ans. _(tranchant 4)_
  • MM. Antoine Duboscq (M. Antoine Duboscq) : Les suites collaboratives sont des ensembliers stratégiques qui entraînent toute la filière et captent la donnée ; avec les hébergeurs, ce sont les goulots d'étranglement des données qui nourriront l'IA, d'où leur caractère souverain. _(tranchant 3)_

Citations (verbatim, sourcées)

« j’ai le sentiment que la France possède une équipe de football composée de onze excellents joueurs et de remplaçants sur le banc de touche, mais que sur le terrain, chacun vise des buts situés à des endroits différents. »

Julia Mouzon — CSF Solutions numériques de confiance / Conseil national de l'industrie (audite, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_Métaphore filée structurante de l'audition : le problème n'est pas la qualité des acteurs mais l'absence d'alignement stratégique collectif._

« pour certaines de ces administrations, et je pense en particulier à la Dinum, la feuille de route qui lui a été donnée n’intègre pas la question de la souveraineté numérique de la France. »

Julia Mouzon — CSF Solutions numériques de confiance / Conseil national de l'industrie (audite, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_Accusation précise : la souveraineté n'est pas dans le mandat de la Dinum, ce qui explique le désalignement structurel avec la filière._

« L’État doit être exemplaire pour lui-même. Malheureusement, il ne l’est pas. »

Michel Paulin — CSF Solutions numériques de confiance / Conseil national de l'industrie (audite, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_Verdict condensé sur le manque d'exemplarité de l'État en matière de commande publique souveraine._

« la stratégie de la Dinum ne comporte aucune mesure visant à favoriser l’émergence d’acteurs français et européens de premier plan dans le numérique. »

Julia Mouzon — CSF Solutions numériques de confiance / Conseil national de l'industrie (audite, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_Cœur du reproche à la Dinum : au-delà du budget, sa stratégie ignore par construction le développement d'une filière souveraine._

« j’ai l’impression que la concurrence actuelle entre un opérateur d’État et des opérateurs privés nous fait nous battre dans les divisions inférieures, pendant que d’autres acteurs jouent en Ligue des champions »

Cyrielle Chatelain — EcoS (rapporteur, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_La rapporteure retourne la métaphore footballistique pour minimiser la querelle Dinum-filière et recentrer sur les grandes masses (4 Md€ État, 285 Md€ marché)._

« En tant que législateur, je trouve pertinent que l’État dispose d’une capacité de développement autonome, en plus de ses collaborations avec les acteurs privés. »

Cyrielle Chatelain — EcoS (rapporteur, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_Point de désaccord explicite de la rapporteure avec le principal : elle défend le droit de l'État à développer ses propres outils, contre la thèse d'un État qui ne fait qu'acheter à la filière._

« de l'autre, une autre branche de l'État fabrique une solution concurrente et, de surcroît, la fait financer par des ministères qui participent à sa fabrication. »

M. Philippe Latombe (president, audition de M. Arnaud Caudoux, 2026-04-21)

_Pointe la contradiction de l'État finançant à la fois des start-up et une solution publique concurrente (Dinum)._

« Nous sommes au contraire dans un modèle de pure dépense, et nous avons estimé la perte dans le secteur du collaboratif à plus de 1 milliard d'euros sur cinq ans. »

Alain Garnier — Jamespot / collectif #Fab8 (audite, audition de M. Antoine Duboscq, 2026-04-29)

_Chiffrage du coût du choix de développement étatique interne plutôt que d'achat à la filière._

« Or la nation a parfois le sentiment que l'État se comporte envers elle comme un adversaire. »

Thomas Fauré — Whaller / collectif #Fab8 (audite, audition de M. Antoine Duboscq, 2026-04-29)

_Formule choc qui déclenchera un recadrage répété de la rapporteure et structurera tout l'échange._

« Entendre que l'État serait « l'adversaire de la nation » ne me semble ni juste, ni mesuré. »

Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de M. Antoine Duboscq, 2026-04-29)

_Recadrage de la rapporteure qui refuse la rhétorique de l'État-adversaire et rappelle le poids des mots à l'Assemblée._

« Pourquoi Microsoft existe encore ? Parce qu'il package des produits, conçoit une feuille de route, réfléchit au support attendu par le client. »

Alain Garnier — Jamespot / collectif #Fab8 (audite, audition de M. Antoine Duboscq, 2026-04-29)

_Distingue le commun (code réutilisable) du métier d'industriel (produit, support, feuille de route)._

« Les deux endroits névralgiques, les deux goulots d'étranglement par où transitent les données, ce sont les hébergeurs et les suites collaboratives. »

Antoine Duboscq — Wimi / collectif #Fab8 (audite, audition de M. Antoine Duboscq, 2026-04-29)

_Justifie le caractère stratégique des suites collaboratives par leur position de captation des données._

« Conclusion : la Dinum produit une suite numérique qui n'est interconnectable avec aucun système. »

Thomas Fauré — Whaller / collectif #Fab8 (audite, audition de M. Antoine Duboscq, 2026-04-29)

_Point d'orgue de l'accusation : la Dinum refuse concrètement l'interopérabilité qu'elle prône._

« des clients du secteur public, qui avaient commencé à déployer Wimi, ont reçu un coup de fil de la Dinum pour bloquer le processus et imposer leur solution, ou plus exactement leurs composants. »

Antoine Duboscq — Wimi / collectif #Fab8 (audite, audition de M. Antoine Duboscq, 2026-04-29)

_Accusation concrète : l'État intervient activement pour bloquer le déploiement d'une solution française qu'il a par ailleurs subventionnée._

« Je voudrais faire une déclaration officielle : la taille ne compte pas. »

Nicolas Vivant — France numérique libre / Échirolles (audite, audition de Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre, 2026-05-06)

_Réfute frontalement l'argument de l'échelle (trop petit ou trop gros pour le libre) opposé dans les auditions._