La part du citoyen

Cloud souverain & offres hybrides

Cloud souverain et doctrine « cloud au centre »

Le corpus révèle un large accord sur le diagnostic de décrochage, mais des clivages nets sur la définition même de la souveraineté et sur la voie à suivre.

Constats partagés. Plusieurs intervenants documentent le recul des acteurs européens : selon Mme Maya Noël (Mme Maya Noël), la part de marché européenne dans le cloud « est passée de 27 % en 2017 à 16 % en 2021 » ; Sébastien Lescop (Cloud Temple, des fournisseurs de cloud .) donne 15 % aujourd'hui et chiffre à « 265 milliards d'euros de dépenses numériques européennes [qui] partent chaque année vers des entreprises étrangères ». M. Tomasz Blanc (DGFIP, M. Tomasz Blanc) rappelle que ce domaine « historiquement dominé par des acteurs américains » a longtemps imposé « un arbitrage entre performance et souveraineté », arbitrage aujourd'hui rééquilibré. Un accord existe aussi sur l'existence de solutions opérationnelles (OVHcloud, Outscale, Scaleway, Bleu, S3NS, Numspot).

Clivages. Le désaccord porte sur ce que « souverain » signifie. Pour la Cnil, via Marie-Laure Denis et Florent Della Valle (Mme Marie-Laure Denis), « le critère de possession n'est pas celui auquel la Cnil serait sensible » : ce qui compte est la maîtrise effective de la donnée, un acteur privé souverain valant un cloud ministériel. À l'opposé, une table ronde (des directeurs de systèmes d’information de ministères) et M. Blanc (M. Tomasz Blanc) défendent l'auto-hébergement interne sans aucune dépendance externe : Nubo (DGFIP) et Pi (gendarmerie) ont été développés en refusant explicitement les hyperscalers « face aux risques posés par les lois extraterritoriales américaines ». Mathieu Weill (des directeurs de systèmes d’information de ministères) y ajoute un argument démocratique : lors de la remontée des résultats électoraux, « on n'a pas très envie qu'un acteur économique [...] puisse interférer ».

M. Dominique Luzeaux (M. Dominique Luzeaux) juge le cadre trop permissif et plaide pour être « plus coercitif », un acheteur public ne pouvant aujourd'hui légalement préférer une solution souveraine. La Cour des comptes (Emmanuel Marcovitch, M. Emmanuel Marcovitch) recommande la convergence de Pi et Nubo, jugés sous-investis et mal tarifés, sous l'égide de la Dinum. À rebours, M. Henri Verdier (M. Henri Verdier) estime que « le cloud occupe une place disproportionnée » dans le débat et que les acteurs français, déjà au niveau, progresseraient par l'achat public.

Points saillants. Le SecNumCloud est présenté comme un critère excluant par nature les acteurs américains : Frédéric Geraud de Lescazes (Google Cloud, des représentants en France des Gafam) admet que « par construction, le SecNumCloud ne peut pas être pour nous », d'où S3NS avec Thales. Mais Della Valle (Mme Marie-Laure Denis) nuance : aucune qualification ne couvre le risque, qui « ruisselle sur tous les composants d'un cloud ». Le Health Data Hub sert de cas emblématique, avec la réponse souveraine Numspot–OVHcloud–Docaposte (Mme Catherine Mayenobe). Enfin, le label lui-même est questionné : Damien Lucas (Scaleway, des fournisseurs de cloud .) refuse le mot, victime selon lui de « sovereignty washing », tout en avançant un argument économique (« un euro dépensé chez Scaleway, c'est 68 centimes qui restent en Europe » contre « moins de 20 centimes » chez les hyperscalers).

Qui en parle

Interventions regroupées (23 citations · 10 auditions)

Domaine : Cloud souverain & offres hybrides · Sujet : cloud-souverain-definition

Couverture : 23 citations · 8 positions · 10 auditions

_Slugs bruts fusionnés : cloud-souverain, cloud-souverain-paas, cloud-souverain-interministeriel, cloud-interministeriel-pi-nubo, doctrine-cloud-au-centre, cloud-au-centre, cloud-souverain-scaleway_

Positions exprimées

  • M. Dominique Luzeaux (M. Dominique Luzeaux) : Migrer les données publiques et consolider des clouds souverains certifiés SecNumCloud (OVHcloud, Outscale, Scaleway ; transfert de techno via Bleu et S3NS), quitte à être « plus coercitif », car aujourd'hui un acheteur public ne peut pas légalement préférer une solution souveraine. _(tranchant 4)_
  • (table ronde) (des directeurs de systèmes d’information de ministères) : Pour les SI sensibles, il faut héberger soi-même dans des data centers publics et n'accepter aucune dépendance, même intra-européenne ou nationale, garantie de continuité et de confiance démocratique. _(tranchant 4)_
  • M. Tomasz Blanc (M. Tomasz Blanc) : Le cloud souverain interne, conçu sur logiciels libres et exploité par des agents publics (Nubo à la DGFIP, Pi à la gendarmerie), est la seule garantie du secret fiscal et judiciaire ; les offres des hyperscalers étrangers ont été explicitement refusées. _(tranchant 4)_
  • Mme Catherine Mayenobe (Mme Catherine Mayenobe) : Numspot comble le deficit de PaaS souverain, en 100 % open source et multicloud portable, avec un conteneur SecNumCloud capable d'accueillir de facon securisee des solutions y compris non europeennes en phase intermediaire. _(tranchant 3)_
  • Mme Marie-Laure Denis (Mme Marie-Laure Denis) : Le critère décisif n'est pas la possession publique de l'infrastructure mais la maîtrise effective de la donnée ; un acteur privé souverain répondant aux mêmes critères est équivalent à un cloud ministériel. _(tranchant 3)_
  • M. Henri Verdier (M. Henri Verdier) : Le cloud occupe une place disproportionnée dans le débat ; les acteurs français sont techniquement au niveau et progresseraient avec du soutien public (achat public, discrimination positive), un vrai marché concurrentiel étant déjà une forme de souveraineté. _(tranchant 2)_
  • MM. Emmanuel Marcovitch (M. Emmanuel Marcovitch) : Les clouds interministériels Pi et Nubo sont des alternatives intéressantes pour les applications sensibles mais sous-investis et mal tarifés ; la Cour recommande une convergence sous l'égide de la Dinum, avec feuilles de route communes et rapprochement des technologies. _(tranchant 2)_
  • (table ronde) (des représentants en France des Gafam) : Les solutions souveraines existent déjà et sont opérationnelles : Bleu (Microsoft), S3NS/Premi3ns qualifié SecNumCloud (Google/Thales), cloud souverain européen isolé (AWS) ; c’est aux clients de définir leur niveau d’exigence. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Ce service, réservé aux fonctionnaires, coûte aujourd'hui 11 centimes par an et par agent public. »

Henri Verdier — Fondation Inria (audite, audition de M. Henri Verdier, 2026-03-10)

_Preuve chiffrée qu'une alternative publique en logiciel libre (Tchap) peut coûter un ordre de grandeur de moins qu'une offre de marché (20 €/agent)._

« un test de migration, permettant de vérifier que nous pouvions quitter la solution retenue en quinze jours. »

Henri Verdier — Fondation Inria (audite, audition de M. Henri Verdier, 2026-03-10)

_Réflexe concret de réversibilité qu'il érige en exemple de la culture des degrés de liberté à généraliser dans l'achat public._

« Guillaume Poupard avait répondu que, pour une partie de nos partenaires européens, « la souveraineté est un gros mot ». »

Arnaud Le Gall — LFI-NFP (depute, audition de M. Henri Verdier, 2026-03-10)

_Rapportée par le député pour souligner l'absence de consensus européen sur la souveraineté et l'affaiblissement du label de cloud souverain._

« Peut-être faut-il également être plus coercitif pour favoriser l’utilisation desdites solutions. »

M. Dominique Luzeaux — Otan (ACT) / ancien Agence du numérique de défense (audite, audition de M. Dominique Luzeaux, 2026-03-18)

_Constat que le cadre actuel ne permet pas de préférer un cloud souverain ; appel à une contrainte réglementaire assumée._

« il n’existait pas de solution souveraine à l’échelle sur la couche intermédiaire, le PaaS »

Patrick Laurens-Frings — Caisse des dépôts (audite, audition de Mme Catherine Mayenobe, 2026-03-18)

_Justifie le positionnement de Numspot sur le PaaS, maillon manquant identifie de la souverainete cloud._

« Numspot a pu, avec un consortium incluant OVHcloud et Docaposte, apporter une réponse souveraine à la problématique de la protection des données de santé dans le cadre du nouvel appel d’offres du Health Data Hub »

Patrick Laurens-Frings — Caisse des dépôts (audite, audition de Mme Catherine Mayenobe, 2026-03-18)

_Cas d'usage phare : la reponse souveraine au Health Data Hub, sujet emblematique de la souverainete des donnees de sante._

« Quand on fait la remontée des résultats des élections, par exemple, on n'a pas très envie qu'un acteur économique, quel qu'il soit, puisse interférer dans le processus, tout simplement pour des raisons de confiance dans la vie démocratique de notre pays. »

Mathieu Weill — Ministère de l'intérieur (DTNUM) (audite, audition de des directeurs de systèmes d’information de ministères, 2026-04-09)

_Justifie l'auto-hébergement des SI sensibles par un argument démocratique fort, au-delà de la seule technique._

« Ledit risque ne saurait être pleinement couvert par quelque qualification que ce soit, d'autant qu'il ruisselle sur tous les composants d'un cloud, en particulier ses volets logiciels et matériels. »

Florent Della Valle — Cnil (audite, audition de Mme Marie-Laure Denis, 2026-04-15)

_Nuance d'expert : aucune qualification (SecNumCloud inclus) ne supprime totalement la dépendance, qui « ruisselle » jusque dans le logiciel et le matériel — tempère l'idée d'un label rassurant._

« Le critère de possession n'est pas celui auquel la Cnil serait sensible dans le cadre de ses propres missions. »

Florent Della Valle — Cnil (audite, audition de Mme Marie-Laure Denis, 2026-04-15)

_Position doctrinale : ce qui compte n'est pas que l'infrastructure soit publique mais la maîtrise effective de la donnée — un cloud privé souverain vaut un cloud ministériel._

« J’entends dans vos propos que sur la partie cloud, par exemple, la bataille est perdue. »

M. Philippe Latombe (president, audition de Mme Maya Noël, 2026-04-16)

_Le président force la reformulation la plus radicale du diagnostic, que l'auditionnée refuse._

« dans le domaine du cloud, par exemple, la part de marché des acteurs européens est passée de 27 % en 2017 à 16 % en 2021. »

Mme Maya Noël — France Digitale (audite, audition de Mme Maya Noël, 2026-04-16)

_Chiffre du décrochage relatif du cloud européen malgré la croissance des acteurs (Scaleway, OVH)._

« en finir avec l'idée reçue que la sécurité et la souveraineté seraient incompatibles avec la performance. C'est faux, et nous en sommes la démonstration quotidienne. »

Sébastien Lescop — Cloud Temple (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Pose d'entrée le fil directeur de la table ronde : la souveraineté n'est pas un handicap de performance._

« La part des acteurs européens dans le cloud est passée de 27 % en 2017 à 15 % aujourd'hui. 265 milliards d'euros de dépenses numériques européennes partent chaque année vers des entreprises étrangères. »

Sébastien Lescop — Cloud Temple (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Chiffre le décrochage européen et la fuite de valeur numérique._

« ce n'est plus une question de confidentialité ni de risque de cybersécurité : c'est un risque de désindustrialisation cognitive. »

Sébastien Lescop — Cloud Temple (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Élève le débat de la donnée à la décision/raisonnement : l'IA non souveraine externalise la capacité de décision elle-même._

« je ne parlerai pas de souveraineté, car on ne sait plus très bien ce que l'on met sous ce label, qui a peut-être été victime d'un peu trop de « sovereignty washing ». »

Damien Lucas — Scaleway (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Un patron de cloud « souverain » qui refuse le mot souveraineté : rare mise à distance du terme dévoyé._

« un euro dépensé chez Scaleway, c'est 68 centimes qui restent en Europe ; un euro dépensé chez les hyperscalers , c'est moins de 20 centimes. »

Damien Lucas — Scaleway (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Argument de retombées économiques locales en faveur du cloud européen._

« C'est une question pour les citoyens. Les citoyens français acceptent-ils que leurs données de santé soient hébergées sur des clouds qui ne sont pas européens ? »

Damien Lucas — Scaleway (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Renvoie la souveraineté des données de santé à un choix démocratique, pas technique._

« Historiquement dominé par des acteurs américains, ce domaine a longtemps imposé un arbitrage entre performance et souveraineté, ce dernier critère s’étant largement imposé ces dernières années. »

M. Tomasz Blanc — DGFIP (audite, audition de M. Tomasz Blanc, 2026-05-07)

_Pose le cadre historique : la souveraineté a pris le pas sur la seule performance dans les arbitrages numériques de l'État._

« grâce à nos choix technologiques dans le cloud, nous avons su éviter toute nouvelle dépendance envers les hyperscalers américains. »

M. Tomasz Blanc — DGFIP (audite, audition de M. Tomasz Blanc, 2026-05-07)

_Revendique une exposition maîtrisée aux Gafam, limitée au seul OS des postes, sans dépendance aux hyperscalers._

« Face aux risques posés par les lois extraterritoriales américaines, nous avons refusé les offres des grands acteurs étrangers pour développer Nubo, notre cloud interne interministériel. »

M. Tomasz Blanc — DGFIP (audite, audition de M. Tomasz Blanc, 2026-05-07)

_Décision fondatrice : refus assumé des hyperscalers au nom du risque extraterritorial, au profit d'un cloud interne._

« À mon sens, la souveraineté numérique ne se négocie pas mais s’impose comme une nécessité vitale pour protéger notre démocratie. »

M. le général de corps d’armée Marc Boget — Anfsi (audite, audition de M. Tomasz Blanc, 2026-05-07)

_Cadrage maximaliste : la souveraineté numérique posée comme condition sine qua non de la continuité de l'État._

« de nationalité et de capital, nous sommes américains. Par construction, le SecNumCloud ne peut pas être pour nous. »

Frédéric Geraud de Lescazes — Google Cloud (audite, audition de des représentants en France des Gafam, 2026-05-13)

_Aveu clair que le SecNumCloud exclut par nature les acteurs américains, justifiant la construction de S3NS avec Thales._

« ce champion français et européen capable de concurrencer les hyperscalers ne vient pas de l’informatique ni des télécoms, mais de la défense. »

Frédéric Geraud de Lescazes — Google Cloud (audite, audition de des représentants en France des Gafam, 2026-05-13)

_Formule marquante : le champion souverain européen sort de l’industrie de défense (Thales), pas de la tech, avec l’État premier actionnaire._