La part du citoyen

Régulation UE & concurrence (DMA/DSA/AI Act/antitrust)

DMA, DSA et régulation des gatekeepers

Les auditions convergent sur un constat de fond : le droit commun de la concurrence est structurellement mal armé face à la configuration oligopolistique du numérique, et le DMA (règlement sur les marchés numériques) constitue une réponse nouvelle mais encore incomplète. Umberto Berkani, de l'Autorité de la concurrence (M. Umberto Berkani), résume la faille : « Dès lors que trois acteurs se partagent 80 % d'un marché, établir la dominance de l'un d'entre eux devient complexe, ce qui interroge l'applicabilité même du droit commun. » D'où l'intérêt du DMA, régulation ex ante, rapide et ciblée, qui codifie des pratiques déjà identifiées — au premier rang desquelles l'autopréférence, « stratégie d'un acteur dominant privilégiant ses propres services (…) sur un marché secondaire concurrentiel » — sans avoir à établir une position dominante classique.

Un clivage traverse néanmoins le corpus sur l'ordre des priorités. Selon Henri d'Agrain (Cigref, M. Henri d’Agrain), une politique de souveraineté « doit commencer par l'application effective du droit de la concurrence » : il dénonce l'« apathie coupable » des autorités française et européenne, citant une saisine Broadcom de 2021 jamais instruite, et vise nommément le modèle prédateur de Hock Tan, dont il affirme qu'il « n'achète pas des technologies pour les faire prospérer (…), mais des situations de dépendance afin de les exploiter ». Berkani (M. Umberto Berkani) insiste plutôt sur le nouvel outil et sur ses conditions d'exercice. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) qualifie le DMA de « levier fondamental de contestabilité », mais « pas une réponse unique », plaidant pour approfondir son application à l'IA et à la publicité, « malgré les résistances des contrôleurs d'accès ».

Le point le plus saillant est celui des moyens. Berkani (M. Umberto Berkani) formule un aveu majeur : les compétences DMA attribuées à l'Autorité « n'ayant été accompagnées d'aucun renfort », l'institution se borne à « transférer les informations pertinentes à la Commission européenne, car mener nos propres enquêtes (…) serait un luxe que nous ne pouvons pas nous offrir ». Il souligne que « l'écart de ressources entre les grandes entreprises et les autorités de concurrence est colossal ».

Le corpus documente aussi un usage offensif du DSA par la société civile : Katia Roux (Amnesty International, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) rapporte une plainte « pour manquement aux articles 34 et 35 du DSA », relatifs aux risques systémiques, en convergence avec les conclusions préliminaires de la Commission contre TikTok. Enfin, Benjamin Delozier (DGT, M. Thomas Courbe) porte une autocritique de la doctrine européenne : « il est impératif que l'Europe s'affirme comme un espace d'innovation compétitif et non plus seulement comme une zone de régulation. »

Qui en parle

Interventions regroupées (8 citations · 4 auditions)

Domaine : Régulation UE & concurrence (DMA/DSA/AI Act/antitrust) · Sujet : dma-dsa-gatekeepers

Couverture : 8 citations · 3 positions · 4 auditions

_Slugs bruts fusionnés : dsa-dma, dma-gatekeepers-cloud, dma-regulation-ex-ante, dma-application-france, dma-regulation-concurrence, autopreference, regulation-concurrence-inertie_

Positions exprimées

  • M. Henri d’Agrain (M. Henri d’Agrain) : Une véritable politique de souveraineté doit commencer par l’application effective du droit de la concurrence ; les autorités (française et européenne) ont fait preuve d’une apathie coupable (saisine Broadcom de 2021 jamais instruite) et leurs outils sont inadaptés au tempo du numérique B2B. _(tranchant 4)_
  • MM. Umberto Berkani (M. Umberto Berkani) : Le DMA est un complément indispensable et puissant du droit commun : régulation ex ante, rapide, ciblée, qui codifie des pratiques déjà identifiées sans avoir à établir une dominance classique, pertinent face à l'oligopole du cloud. _(tranchant 3)_
  • MM. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) : Le DMA est un levier fondamental de contestabilité mais pas une réponse unique ; il faut approfondir son application, notamment sur l'IA et la publicité, malgré les résistances des contrôleurs d'accès. _(tranchant 3)_

Citations (verbatim, sourcées)

« nous avons déposé plainte pour manquement aux articles 34 et 35 du DSA, relatifs à la prise en compte des risques systémiques et à l'adoption de mesures destinées à y répondre. »

Katia Roux — Amnesty International (audite, audition de des associations sur le thème de la protection des données personnelle, 2026-03-25)

_Montre l'usage offensif du DSA par la société civile et la convergence avec les conclusions préliminaires de la Commission contre TikTok._

« Le PDG de Broadcom, M. Hock Tan, n’achète pas des technologies pour les faire prospérer au bénéfice de leurs clients, mais des situations de dépendance afin de les exploiter de manière intensive au service de la performance financière du groupe. »

M. Henri d’Agrain — Cigref (audite, audition de M. Henri d’Agrain, 2026-04-30)

_Accusation nominative et frontale décrivant un modèle d’affaires prédateur fondé sur l’exploitation de la dépendance._

« Dès lors que trois acteurs se partagent 80 % d’un marché, établir la dominance de l’un d’entre eux devient complexe, ce qui interroge l’applicabilité même du droit commun. »

Umberto Berkani — Autorité de la concurrence (audite, audition de M. Umberto Berkani, 2026-05-05)

_Explique la faille structurelle du droit commun de la concurrence face à un oligopole du cloud : sans dominance individuelle établie, l'abus de position dominante ne s'applique pas, d'où le recours au DMA._

« Les nouvelles compétences qui nous ont été attribuées dans le cadre du DMA n’ayant été accompagnées d’aucun renfort, nous rappelons qu’une compétence dépourvue de moyens ne peut être exercée de manière effective. »

Umberto Berkani — Autorité de la concurrence (audite, audition de M. Umberto Berkani, 2026-05-05)

_Message central de l'audition : le problème n'est pas le cadre juridique mais l'absence de moyens ; une compétence sans ressource est une coquille vide._

« Nous nous contentons aujourd’hui de transférer les informations pertinentes à la Commission européenne, car mener nos propres enquêtes sur ces sujets serait un luxe que nous ne pouvons pas nous offrir. »

Umberto Berkani — Autorité de la concurrence (audite, audition de M. Umberto Berkani, 2026-05-05)

_Aveu majeur : l'Autorité française n'enquête pas elle-même sur les géants du numérique au titre du DMA, faute de moyens, et se cantonne à un rôle de transmission vers Bruxelles._

« L’autopréférence, concept central du DMA, désigne la stratégie d’un acteur dominant privilégiant ses propres services ou ceux de sa filiale sur un marché secondaire concurrentiel. »

Umberto Berkani — Autorité de la concurrence (audite, audition de M. Umberto Berkani, 2026-05-05)

_Définition pédagogique du concept clé du DMA, reliant les pratiques dénoncées (verrouillage, ventes liées) à un cadre juridique existant._

« l’écart de ressources entre les grandes entreprises et les autorités de concurrence est colossal. »

Umberto Berkani — Autorité de la concurrence (audite, audition de M. Umberto Berkani, 2026-05-05)

_Confirme le déséquilibre structurel entre la puissance de feu contentieuse des géants et les moyens du régulateur, en réponse à la question de la rapporteure sur les stratégies d'épuisement._

« Il est donc impératif que l’Europe s’affirme comme un espace d’innovation compétitif et non plus seulement comme une zone de régulation. »

Benjamin Delozier — DGT (direction générale du Trésor) (audite, audition de M. Thomas Courbe, 2026-05-07)

_Auto-critique de la doctrine européenne : le Trésor concède que la régulation ne suffit pas et que l'Europe a un déficit d'innovation._