Capitalisme de surveillance et publicité ciblée
Le corpus converge sur un diagnostic commun : les grandes plateformes reposent sur un modèle économique unique de surveillance. Katia Roux (Amnesty International, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) le résume en s'appuyant sur un travail de recherche pluriannuel : « un modèle économique commun, fondé sur un profilage intrusif, une collecte massive de données personnelles et le recours à la publicité ciblée, qui constitue le moteur du fonctionnement de ces plateformes ». Julien Rossi (université Paris 8, Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi) rattache ce constat à la structure du capitalisme contemporain : « les principales capitalisations boursières reposent sur la valorisation des données et sur les technologies d'intelligence artificielle ». Bastien Le Querrec (La Quadrature du Net, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) inscrit ce modèle dans l'économie de l'attention, « une version contemporaine du "temps de cerveau disponible" de TF1 ».
Plusieurs chiffres cadrent l'ampleur du phénomène. Robin Berjon (Supramundane / ex-New York Times, Mme Maud Quessard) évalue le marché publicitaire « entre 600 et 700 milliards par an », dont « 450 à 500 milliards » captés par Google et Meta, une concentration qui asphyxie les médias. Selon Maud Quessard (Mme Maud Quessard), ce marché biaisé finance les monopoles et alimente un espionnage de masse (Adint) ; appliquer les outils anti-concentration libérerait plusieurs milliards au profit de l'écosystème européen. Berjon (Mme Maud Quessard) relie l'omnibus numérique et l'Adint à un risque d'« espionnage bien plus efficace » que celui existant.
Le risque n'est pas présenté comme hypothétique : Meredith Whittaker (Signal Foundation, Mme Meredith Whittaker) cite le cas d'« une femme incarcérée après que Meta a pris connaissance d'un échange de messages sur Facebook » dans le Nebraska, après la restriction de l'accès aux soins reproductifs consécutive à la décision Dobbs. Elle interroge aussi le biais structurel qui empêche un modèle vertueux comme Signal de devenir la norme par défaut.
Les intervenants divergent surtout sur les leviers d'action. La table ronde des associations sur le thème de la protection des données personnelle plaide pour interdire la publicité ciblée, passer à l'opt-in et promouvoir la publicité contextuelle. Bernard Benhamou (Institut de la souveraineté numérique, M. Bernard Benhamou) mise sur la responsabilité juridique : la jurisprudence du Nouveau-Mexique établit que « la fonction algorithmique, en amplifiant ou atténuant des contenus, créait une responsabilité éditoriale », « le même combat que contre Big Tobacco », et il invoque les class actions. Luca Belli (FGV Rio, M. Luca Belli) déplace la priorité vers les barrières infrastructurelles et économiques : « investir dans des capacités de calcul nationales est inutile si la population reste captive de Meta AI ». Il documente la dépendance (78 % des Brésiliens n'interagissent qu'avec Meta AI) et un contre-exemple chiffré : l'Inde ayant déclaré le zero rating illégal, les tarifs ont chuté de 92 % en huit ans et la connectivité a augmenté de 350 %. La rapporteure Cyrielle Chatelain (M. Bernard Benhamou) formule le doute central : un champion européen reproduirait-il ce « modèle monopolistique » de captation des données ?
Qui en parle
- Katia Roux (Amnesty International, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) — diagnostic d'un modèle économique commun de surveillance, adossé à un travail de recherche.
- Robin Berjon (Supramundane / ex-NYT, Mme Maud Quessard) — chiffrage de la captation publicitaire (600-700 Mds, dont 450-500 captés par Google/Meta) et risque d'espionnage via l'Adint.
- Maud Quessard (Mme Maud Quessard) — marché publicitaire biaisé finançant monopoles et espionnage de masse ; leviers anti-concentration.
- Luca Belli (FGV Rio, M. Luca Belli) — priorité aux barrières infrastructurelles/économiques (zero rating, captivité Meta AI) ; exemples Brésil / Inde.
- Bernard Benhamou (Institut de la souveraineté numérique, M. Bernard Benhamou) — responsabilité éditoriale de l'algorithme (jurisprudence Nouveau-Mexique, analogie Big Tobacco), class actions.
- Meredith Whittaker (Signal Foundation, Mme Meredith Whittaker) — biais structurel contre les modèles vertueux ; cas concret Nebraska / Dobbs.
- Bastien Le Querrec (La Quadrature du Net, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) — économie de l'attention, « temps de cerveau disponible ».
- Julien Rossi (université Paris 8, Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi) — données et IA comme actif dominant des capitalisations boursières.
- Cyrielle Chatelain (rapporteure, M. Bernard Benhamou) — interrogation sur la reproduction du modèle prédateur par un champion européen.