Pouvoir politique des plateformes
Le corpus documente un basculement : les grandes plateformes ne seraient plus de simples acteurs commerciaux mais des acteurs politiques à part entière. C'est la thèse centrale de Mme Maud Quessard (Irsem, Mme Maud Quessard), qui parle de « Big Tech Nations, dont les architectures techniques sont globalisées » et qualifie ces entreprises de « puissances sans principes », plus précisément « sans principes normatifs ». Pour elle, « le fait que les acteurs de la Big Tech soient devenus des acteurs politisés constitue [...] un point pivot. Ils ne poursuivent plus uniquement un objectif commercial. » Elle en tire une préconisation : les réseaux sociaux dotés d'un système de recommandation sont des éditeurs et doivent relever d'une responsabilité de type éditorial, notamment en matière de concentration et de participation aux campagnes politiques.
Plusieurs intervenants estiment que ce pouvoir survivra à une alternance politique aux États-Unis. M. David Chavalarias (CNRS-EHESS / ISC-PIF, Mme Maud Quessard) juge qu'« il ne faut pas avoir peur de dire que le système politique actuel des États-Unis est mafieux ». Il documente aussi une inversion de la présomption de confiance envers les médias, attribuée à un pré-prompt de Grok : on passait de « les médias sont neutres jusqu'à preuve du contraire » à « les médias sont biaisés jusqu'à preuve du contraire ». Mme Quessard relie ce mouvement à une « privatisation de l'État » sous Trump, écho au constat du président Latombe (Mme Maud Quessard) sur une stratégie cyber transférant la protection à des entreprises privées autorisées à agir « de manière offensive ».
Sur la modération, M. Robin Berjon (Supramundane / ex-New York Times, Mme Maud Quessard) cite un cas extrême — des contenus pédopornographiques générés par Grok/X autour de la tragédie de Crans-Montana — pour dénoncer l'inaction du régulateur européen : « Si une ligne rouge n'a pas été franchie ce jour-là, c'est qu'il n'en existe aucune. » M. Luca Belli (FGV Rio, M. Luca Belli) explique que la seule régulation aboutie (l'ECA Digital brésilien) porte sur les mineurs, seul terrain où le lobbying des plateformes ne peut bloquer un consensus, « car il serait politiquement suicidaire de s'opposer à la protection des enfants en ligne ». M. Bernard Benhamou (M. Bernard Benhamou), lui, plaide pour interdire TikTok en Europe sous sa forme actuelle et imposer une séparation capitalistique et technologique avec la Chine.
Un contrepoint émerge des représentants d'entreprises. En table ronde (des représentants en France des Gafam), M. Frédéric Geraud de Lescazes (Google Cloud) affirme n'avoir « absolument pas modifié [leurs] engagements » de diversité et ne pas appliquer l'injonction Trump, la diversité restant présentée comme « une force » — une position qui rassure sans lever le scepticisme.
Qui en parle
- Mme Maud Quessard (Irsem, Mme Maud Quessard) — thèse des « Big Tech Nations » politisées ; plaide pour une responsabilité éditoriale des plateformes.
- M. David Chavalarias (CNRS-EHESS / ISC-PIF, Mme Maud Quessard) — système politique américain « mafieux » ; inversion de la confiance envers les médias (pré-prompt Grok).
- M. Robin Berjon (Supramundane / ex-New York Times, Mme Maud Quessard) — défaillance de modération (cas Crans-Montana) et carence du régulateur européen.
- M. Bernard Benhamou (M. Bernard Benhamou) — interdiction de TikTok en Europe, séparation avec la Chine, fermeté envers les réseaux sociaux américains.
- M. Luca Belli (FGV Rio, M. Luca Belli) — régulation possible uniquement sur les mineurs face au lobbying des plateformes.
- M. Philippe Latombe (président, Mme Maud Quessard) — privatisation offensive de la cyberdéfense américaine.
- M. Frédéric Geraud de Lescazes (Google Cloud, des représentants en France des Gafam) — contrepoint : engagements de diversité maintenus, injonction Trump non appliquée.