Coût et compétitivité réels du nucléaire
Le corpus oppose deux lectures de la compétitivité du nucléaire, autour d'un point partagé : le coût de production de l'électricité française a longtemps constitué un avantage par rapport aux voisins européens. Selon M. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe), cet écart, mesuré avant la crise, était substantiel : « Au second semestre 2021, nous avions ainsi un prix moyen de l'électricité facturé à 77 euros par mégawatt/heure en France, contre 131 euros en Allemagne, 161 euros en Italie et 123 euros en Espagne. » Il en fait « un atout majeur de réindustrialisation qu'il faut préserver », notamment pour les industriels énergo-intensifs.
Le premier clivage porte sur les conditions de cette compétitivité. Selon M. Yannick d'Escatha (M. Yannick d’Escatha), le nucléaire est « potentiellement très compétitif » à condition de construire en série : « à partir de six réacteurs nucléaires, le coût de construction baissait significativement ; or ce coût est la composante essentielle du coût de revient et du coût du kilowattheure nucléaire, le coût du combustible étant faible. » La compétitivité dépend donc d'un effet de volume sur la construction.
Le second clivage, plus profond, oppose les défenseurs du nucléaire à ses contradicteurs sur le coût réel et complet de la filière. M. Nicolas Hulot (M. Nicolas Hulot) défend la thèse des « coûts masqués » : « aux coûts de production s'ajoutent les coûts induits par l'entretien, éventuellement la construction de nouveaux EPR, le démantèlement et le traitement des déchets. Il s'agit de coûts masqués, parce qu'ils sont encore inconnus. » Il oppose une trajectoire de coûts divergente : « le coût du kilowattheure éolien a diminué de 72 % en douze ans et celui du solaire de 90 % », tandis que « ce n'est pas le cas pour le nucléaire, au contraire ».
Fait notable, ce point d'angle mort est en partie reconnu côté EDF. Selon M. Cédric Lewandowski (M. Cédric Lewandowski), « le coût courant économique s'élèverait plutôt à 60 euros par mégawattheure selon la Sfen. Cependant, celui-ci n'inclut pas le renouvellement du parc. » Il concède que « pendant trop longtemps, nous n'avons pas raisonné en prenant en compte la question du renouvellement du parc ».
Mme Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage) prolonge la critique économique. Elle chiffre un écart de coûts relatifs (« l'un s'établit à 4 centimes et l'autre à 12 centimes et que l'on s'engage pour soixante ans »), juge le nouveau nucléaire « financièrement redoutable » et critique son calendrier : « Le projet qui s'esquisse prévoit des EPR2 en 2040. Qu'allons-nous faire d'ici là ? » Elle nuance toutefois en reconnaissant qu'« en réalité, l'état du parc renouvelable français atteste de notre incapacité à les faire coexister », notamment faute de financer simultanément le programme nucléaire, le Grand Carénage et la transition renouvelable.
Qui en parle
- M. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) : la compétitivité historique du prix français est un atout de réindustrialisation à préserver.
- M. Yannick d'Escatha (M. Yannick d’Escatha) : nucléaire très compétitif sous condition d'un effet de série (au-delà de six réacteurs).
- M. Cédric Lewandowski (M. Cédric Lewandowski) : ordres de grandeur (60 €/MWh selon la Sfen), mais coût complet indéfini, renouvellement du parc longtemps négligé.
- M. Nicolas Hulot (M. Nicolas Hulot) : thèse des coûts masqués du nucléaire face à des renouvelables de moins en moins chers.
- Mme Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage) : nouveau nucléaire financièrement redoutable et tardif, incapacité financière à mener nucléaire et renouvelable de front.