La part du citoyen

Histoire et trajectoire politique du nucléaire

Perte du consensus national sur le nucléaire

Le corpus fait apparaître un constat largement partagé entre intervenants d'horizons politiques divers : le nucléaire est un sujet d'investissement long qui souffre d'une instabilité politique et de la perte d'un consensus national, et les débats publics y sont marqués par une forte dimension idéologique. Plusieurs anciens responsables convergent vers l'idée qu'un compromis collectif inscrit dans le temps long fait défaut.

Pour M. Pierre Gadonneix (M. Pierre Gadonneix), une dynamique a existé puis a été brisée : « La dynamique de relance du nucléaire lancée en 2004 a été cassée. » Il plaide pour une relance assumée politiquement, estimant qu'« elle ne peut pas se faire en cachette et par le seul vecteur du marché », et fait le pari qu'« d'un malheur quelque chose de bon peut sortir ». Sa position appelle à restaurer un consensus comparable au Royaume-Uni ou aux États-Unis.

M. Manuel Valls (M. Manuel Valls) place l'absence de consensus bipartisan au cœur de son analyse : « les grandes forces politiques qui gouvernaient traditionnellement le pays auraient dû davantage s'accorder. » Il réfute toute volonté d'affaiblir la filière (« Je réfute l'idée que nos choix auraient visé ou suscité un affaiblissement de la filière nucléaire »), appelle à la modestie du politique face à la technique et soutient la relance décidée par Emmanuel Macron en 2022 : « Je partage le choix annoncé par le Président de la République il y a un an. »

Mme Nathalie Kosciusko-Morizet (Mme Nathalie Kosciusko-Morizet) prolonge ce diagnostic en visant les « mouvements de balancier », qui « amènent nécessairement à se tromper » sur des sujets aux investissements aussi longs. Elle renvoie dos à dos les deux camps, appelant à « sortir de catégories de pensée quasiment religieuses des deux côtés de l'échiquier », et insiste sur des fondements techniques à maîtriser.

M. François de Rugy (M. François de Rugy), ancien écologiste, assume le nucléaire comme « contribution importante pour relever le défi climatique » et conteste l'idée d'un sabotage : « Je n'ai jamais vu un dirigeant d'EDF antinucléaire. » Il met en cause certaines ONG comme Greenpeace, accusées de poursuivre des totems idéologiques sans rien dire des centrales thermiques.

Le principal point de désaccord vient de M. Yves Marignac (M. Yves Marignac), seul à inverser le cadrage : la prolongation des réacteurs traduit selon lui « une forme d'« addiction » » et une dépendance accrue, source de vulnérabilité. Le clivage porte aussi sur l'imputation du « lobby » : M. Nicolas Sarkozy (M. Nicolas Sarkozy) revendique sa constance (« le nucléaire n'était ni de droite, ni de gauche, mais [...] l'intérêt supérieur de la France ») et retourne l'accusation, affirmant que « le seul lobby qui existe, c'est le lobby antinucléaire ». Le président Raphaël Schellenberger (M. Nicolas Sarkozy) a par ailleurs noté un boycott de l'audition de Sarkozy par les députés LFI.

Qui en parle

Interventions regroupées (19 citations · 6 auditions)

Domaine : Histoire et trajectoire politique du nucléaire · Sujet : consensus-perdu-nucleaire

Couverture : 19 citations · 5 positions · 6 auditions

_Slugs bruts fusionnés : consensus-national-nucleaire, consensus-perdu-nucleaire, mouvements-balancier-nucleaire, guerre-religion-nucleaire, constance-pronucleaire, addiction-prolongation-nucleaire_

Positions exprimées

  • M. Pierre Gadonneix (M. Pierre Gadonneix) : Une relance nucleaire forte est a nouveau souhaitable et possible, a condition d'un engagement politique determine et durable et de la restauration d'un consensus comme au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. _(tranchant 4)_
  • M. Yves Marignac (M. Yves Marignac) : La dependance au nucleaire releve d'une addiction : prolonger toujours plus les reacteurs renforce la vulnerabilite et constitue un risque pour la securite du systeme electrique. _(tranchant 2)_
  • M. Manuel Valls (M. Manuel Valls) : Le nucleaire exige un consensus national que les grandes forces politiques n'ont pas su construire ; le politique doit rester modeste face a la technique, et il soutient pleinement la relance decidee par Macron en 2022. _(tranchant 2)_
  • Mme Nathalie Kosciusko-Morizet (Mme Nathalie Kosciusko-Morizet) : La politique nucleaire doit s'inscrire dans le temps long et un compromis collectif, hors des mouvements de balancier et des categories de pensee quasi religieuses des deux camps. _(tranchant 2)_
  • M. François de Rugy (M. François de Rugy) : Il faut sortir de la guerre de religion sur le nucléaire ; certaines ONG comme Greenpeace poursuivent des totems idéologiques anti-nucléaires plutôt que l'objectif climatique réel. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« La dynamique de relance du nucléaire lancée en 2004 a été cassée. »

Pierre Gadonneix (audite, audition de M. Pierre Gadonneix, 2022-12-08)

_Resume sa these centrale : une relance amorcee sous son mandat puis abandonnee._

« La relance du nucléaire ne peut pas se faire en cachette et par le seul vecteur du marché. »

Pierre Gadonneix (audite, audition de M. Pierre Gadonneix, 2022-12-08)

_Conclusion de son propos liminaire : la necessite d'un engagement politique assume et durable._

« D’un malheur quelque chose de bon peut sortir ! »

Pierre Gadonneix (audite, audition de M. Pierre Gadonneix, 2022-12-08)

_Espoir que la crise actuelle declenche une relance soutenue politiquement._

« La situation actuelle est plutôt celle d’une dépendance accrue au nucléaire, comme en témoigne la volonté de prolonger toujours davantage les réacteurs nucléaires. On pourrait parler d’une forme d’« addiction », qui conduit aujourd’hui à des réactions paradoxales. »

M. Yves Marignac (audite, audition de M. Yves Marignac, 2023-02-01)

_Cadrage rhetorique fort qualifiant la dependance au nucleaire d'addiction._

« Merci beaucoup pour cette audition. Nous avons essayé avec le rapporteur de ne pas poser trop de questions sur le nucléaire, mais nous avons finalement reçu beaucoup de réponses sur le nucléaire. »

M. le président Raphaël Schellenberger (president, audition de M. Yves Marignac, 2023-02-01)

_Conclusion ironique du president soulignant le caractere centre sur le nucleaire du temoin._

« Ici, la matière en fusion, c’est la politique. Il y a les interprétations, et il y a les faits. »

Manuel Valls (audite, audition de M. Manuel Valls, 2023-02-02)

_Formule liminaire qui pose la ligne de defense : separer les faits des interpretations sur les 50 % et Fessenheim._

« Je réfute l’idée que nos choix auraient visé ou suscité un affaiblissement de la filière nucléaire. »

Manuel Valls (audite, audition de M. Manuel Valls, 2023-02-02)

_Refutation centrale face a l'accusation d'affaiblissement portee par le RN._

« les grandes forces politiques qui gouvernaient traditionnellement le pays auraient dû davantage s’accorder. »

Manuel Valls (audite, audition de M. Manuel Valls, 2023-02-02)

_Regret central de Valls : l'absence de consensus bipartisan sur le nucleaire est la faute structurelle._

« un consensus est souhaitable, et le politique doit rester modeste en matière de choix technologiques »

Manuel Valls (audite, audition de M. Manuel Valls, 2023-02-02)

_Conviction finale : appel a la modestie du politique face a la technique, leitmotiv de l'audition._

« Je partage le choix annoncé par le Président de la République il y a un an. »

Manuel Valls (audite, audition de M. Manuel Valls, 2023-02-02)

_Soutien explicite a la relance nucleaire de Macron, marquant le ralliement au consensus pro-nucleaire._

« Les mouvements de balancier, lorsqu’ils concernent des sujets qui font l’objet d’investissements aussi longs, amènent nécessairement à se tromper »

Nathalie Kosciusko-Morizet (audite, audition de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, 2023-02-02)

_Synthese de sa these sur l'instabilite politique comme cause d'erreurs dans le nucleaire._

« Il me semble que nous devrions parvenir à sortir de catégories de pensée quasiment religieuses des deux côtés de l’échiquier. »

Nathalie Kosciusko-Morizet (audite, audition de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, 2023-02-02)

_Appel a depolitiser le debat nucleaire, en renvoyant dos a dos pro et anti._

« Le nucléaire et la politique énergétique forment un sujet très politique, mais ils reposent sur des fondements techniques, qu’il faut maîtriser et qui nécessitent un certain investissement. »

Nathalie Kosciusko-Morizet (audite, audition de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, 2023-02-02)

_Defend l'idee que la decision politique doit s'appuyer sur une expertise technique solide, alors deficiente._

« Je n’ai jamais vu un dirigeant d’EDF antinucléaire. »

M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)

_Détruit la thèse d'un sabotage antinucléaire de la filière par le pouvoir ou ses opérateurs._

« le nucléaire est une contribution importante pour relever le défi climatique. Pour avoir une énergie décarbonée, le choix, auquel j’ai participé, qui a été effectué entre 2017 et 2022, réside à la fois dans un développement des renouvelables et un maintien et un renouvellement du nucléaire. »

M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)

_Position pivot d'un ancien écologiste assumant le nucléaire, résumé de sa doctrine._

« Je me suis opposé à plusieurs reprises à certaines ONG comme Greenpeace qui a fait un lobbying intense, avec des campagnes médiatiques, des coups d’éclat contre le nucléaire, mais qui n’a jamais rien dit contre les centrales thermiques et n’a jamais salué le fait que nous ayons annoncé la fermeture des centrales à charbon. »

M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)

_Charge contre l'écologie anti-nucléaire accusée de poursuivre des totems idéologiques plutôt que le climat._

« Toute ma vie politique, j’ai pensé que la filière nucléaire était une chance pour la France. Je n’ai jamais changé d’avis et j’ai d’ailleurs souvent été accusé de faire partie du « lobby nucléaire ». Plaisanterie ! Le seul lobby qui existe, c’est le lobby antinucléaire, qui a bénéficié pendant des années de la bienveillance médiatique. »

Nicolas Sarkozy (audite, audition de M. Nicolas Sarkozy, 2023-03-16)

_Posture revendiquée de constance et renversement de l'accusation de lobbying vers le camp antinucléaire._

« À cela j’ai répondu – et je n’ai pas changé d’avis – que le nucléaire n’était ni de droite, ni de gauche, mais qu’il était l’intérêt supérieur de la France. »

Nicolas Sarkozy (audite, audition de M. Nicolas Sarkozy, 2023-03-16)

_Cadre le nucléaire hors du clivage partisan, au nom de l'intérêt supérieur._

« J’ai la triste responsabilité de vous annoncer, monsieur le président, que vous faites l’objet d’un boycott des députés du groupe La France insoumise : je n’en vois aucun ce matin. »

Raphaël Schellenberger (president, audition de M. Nicolas Sarkozy, 2023-03-16)

_Note l'absence revendiquée du groupe LFI-NUPES à l'audition de Sarkozy._