Conception de l'EPR et genèse franco-allemande
Le corpus rassemble cinq intervenants qui portent un regard contrasté sur la conception de l'EPR et sur sa genèse franco-allemande. Un constat est partagé par plusieurs d'entre eux : l'EPR appartient à la troisième génération (III ou III+) et fait de la sûreté un critère structurant. Au-delà de ce socle, les analyses divergent fortement, en particulier sur la question de savoir si la conception du réacteur est un succès ou un échec, et sur le rôle joué par l'Allemagne dans sa définition.
Un premier groupe valorise la conception du réacteur. Selon M. Yannick d'Escatha (M. Yannick d’Escatha), l'EPR est « l'un des seuls réacteurs réellement de troisième génération car à sûreté déterministe », supérieur aux concurrents : « le réacteur AP 1000 américain dit de troisième génération n'appartient en fait pas à cette catégorie car il répond à une exigence probabiliste et non déterministe, contrairement à l'EPR ». Il distingue explicitement la conception (réussie) de la construction (ratée). M. Pascal Colombani (M. Pascal Colombani) prolonge cette logique en plaçant l'EPR au centre de la stratégie : « le nucléaire du futur est le nucléaire d'aujourd'hui, c'est-à-dire l'EPR et les réacteurs comparables de génération III ou III+ », réacteurs conçus pour quatre-vingts ans, qu'il faut prioriser sur la quatrième génération.
Sur les surcoûts, Mme Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) défend le modèle : l'EPR finlandais OL3 a été vendu à prix fixe parce qu'imposé par un appel d'offres international, et les surcoûts proviendraient du chantier (acier, béton, autorité de sûreté inexpérimentée), « pas du modèle ». Elle ajoute qu'OL3 a finalement coûté moins cher que Flamanville.
À l'opposé, M. Hervé Machenaud (M. Hervé Machenaud) qualifie l'EPR de « désastre stratégique » imposé politiquement par l'Allemagne (axe Kohl-Mitterrand). Il situe l'origine des surcoûts de sûreté dans une « discussion entre une autorité de sûreté allemande dont la tutelle est un ministre de l'environnement écologiste, qui a dit explicitement vouloir tuer le nucléaire, et l'Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) ». Il va plus loin en affirmant que le réacteur serait largement allemand : « Siemens fabrique les équipements et l'EPR est devenu un réacteur dont les solutions et équipements sont presque uniquement de facture allemande, y compris le contrôle commande, un élément clé. » Là où d'Escatha voit la surenchère de sûreté comme une supériorité, Machenaud y voit une complexification subie.
Un point distinct concerne le réacteur de 1 GW destiné à l'export. Mme Catherine Cesarsky (Mme Catherine Cesarsky) indique avoir préconisé Atmea plutôt que le N4 : « Je préconisais Atmea, à tort ou à raison, car j'accordais beaucoup d'importance à la sûreté. » La sûreté apparaît ainsi comme le critère commun, mais mobilisé pour des conclusions opposées selon les intervenants.
Qui en parle
- M. Yannick d'Escatha (M. Yannick d’Escatha) : la conception de l'EPR est un succès, réacteur à sûreté déterministe supérieur aux AP1000 et réacteur chinois.
- M. Pascal Colombani (M. Pascal Colombani) : prioriser l'EPR de génération III/III+ ; « le nucléaire du futur est le nucléaire d'aujourd'hui ».
- Mme Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) : les surcoûts d'OL3 viennent du chantier, pas du modèle ; OL3 moins cher que Flamanville.
- M. Hervé Machenaud (M. Hervé Machenaud) : désastre stratégique imposé par l'Allemagne ; EPR de facture largement allemande, complexifié par la surenchère de sûreté allemande.
- Mme Catherine Cesarsky (Mme Catherine Cesarsky) : pour l'export en 1 GW, Atmea préférable au N4 par priorité donnée à la sûreté.