La part du citoyen

Économie d'EDF, statut et État actionnaire

Nationalisation et statut d'EDF

Le sujet du statut d'EDF traverse plusieurs auditions de la commission et oppose une majorité de voix appelant à un retour de la puissance publique à des nuances sur les modalités et l'urgence d'une telle démarche.

Un constat partagé : un tournant historique daté. Plusieurs intervenants identifient des dates pivots dans la transformation d'EDF. Selon Catherine Nicolas-Michon (M. Philippe Page Le Mérour e.a.), « le passage d'EDF du statut d'établissement public industriel et commercial (Epic) à celui de société anonyme en 2004 a radicalement changé la gestion des effectifs de l'entreprise ». Elle chiffre cette évolution : sous la direction de M. Lévy, l'entreprise « comptait 70 000 salariés » en 2014 « contre seulement 60 000 à la fin de ses deux mandats en 2021 », soit « près de 10 000 salariés en 8 ans » de moins. Philippe Page Le Mérour (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) lie l'ouverture du capital à l'endettement : « entre 2006 et 2009, la dette d'EDF a été multipliée par trois, sans que des investissements sur le réseau ou sur la production hydraulique et nucléaire aient été réalisés ». Plusieurs soulignent aussi le contraste industriel : « en vingt ans, cinquante-six réacteurs nucléaires ont été construits ; aujourd'hui, en quinze ans, on n'arrive pas à en faire un seul » (Page Le Mérour, M. Philippe Page Le Mérour e.a.).

Le clivage central : nationalisation de service public contre étatisation financière. La table ronde du M. Philippe Page Le Mérour e.a. estime que « seule une nouvelle loi de nationalisation, dans l'esprit de 1946 [...] peut restaurer le service public de l'électricité », l'actuelle reprise du capital n'étant qu'une « étatisation par OPA » insuffisante. Page Le Mérour (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) formule la distinction : « nous sommes les héritiers de la loi de nationalisation de 1946 [...] Désormais, nous vivons une étatisation par offre publique d'achat (OPA) édictée par des banques d'affaires. » Delphine Batho (Mme Delphine Batho) défend une renationalisation et une sortie du statut de société anonyme, position qu'elle dit avoir portée dès 2013, jugeant l'argument historique central : « la France n'aurait jamais construit son parc nucléaire si EDF n'avait pas été une entreprise publique, dont l'endettement était adossé à la garantie implicite et illimitée de l'État. » Arnaud Montebourg (M. Arnaud Montebourg) prône le retour au monopole public et la réintégration de RTE : « à chaque fois qu'on affaiblit cette entreprise, on affaiblit la France. » Hervé Machenaud (M. Hervé Machenaud) plaide pour une réintégration en entreprise de service public unique gérant nucléaire, gaz et hydraulique.

La nuance dissonante. Luc Rémont (M. Luc Rémont) considère qu'« une nationalisation à 100 % ne change pas la nature du projet d'EDF déjà détenue à 100 % par l'État », mais qu'un texte trop rigide « obèrerait sa flexibilité d'action ».

Points connexes. La table ronde (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) défend le statut des IEG et le régime spécial de retraite comme « corollaire indispensable » des missions de service public, à étendre aux nouveaux embauchés. La filialisation est contestée, notamment la création « d'une filiale en convention collective Syntec [...] pour les SMR » (Julien Laplace, M. Philippe Page Le Mérour e.a.). Le président Schellenberger (M. Arnaud Montebourg) oriente vers le rôle de Bruxelles, EDF n'étant « pas "l'amant préféré" » de la Commission.

Qui en parle

Interventions regroupées (14 citations · 5 auditions)

Domaine : Économie d'EDF, statut et État actionnaire · Sujet : nationalisation-edf

Couverture : 14 citations · 6 positions · 5 auditions

_Slugs bruts fusionnés : nationalisation-edf, monopole-public-edf, reintegration-edf-service-public, loi-nationalisation-1946, passage-societe-anonyme-2004, statut-ieg-retraites_

Positions exprimées

  • M. Arnaud Montebourg (M. Arnaud Montebourg) : Il faut revenir au monopole public d'EDF, reintegrer RTE et stopper le saucissonnage des fleurons industriels. _(tranchant 4)_
  • (table ronde) (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) : Seule une nouvelle loi de nationalisation, dans l'esprit de 1946, avec une gouvernance associant nation, usagers et salaries, peut restaurer le service public de l'electricite ; l'actuelle reprise du capital par l'Etat n'est qu'une 'etatisation par OPA' insuffisante. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) : Le statut des IEG et le regime special de retraite sont un corollaire indispensable des missions de service public et de la souverainete ; ils doivent etre preserves et etendus aux nouveaux embauches, y compris dans les filiales. _(tranchant 3)_
  • Mme Delphine Batho (Mme Delphine Batho) : EDF doit sortir du statut de societe anonyme et etre renationalisee ; Batho le proposait des 2013, c'est incontournable et urgent quels que soient les choix energetiques. _(tranchant 3)_
  • M. Hervé Machenaud (M. Hervé Machenaud) : Il faut réintégrer EDF en entreprise de service public unique gérant l'ensemble nucléaire-gaz-hydraulique ; la dérégulation a fait perdre la responsabilité du service public. _(tranchant 2)_
  • M. Luc Rémont (M. Luc Rémont) : La nationalisation a 100 % ne change pas la nature du projet d'EDF deja detenue a 100 % par l'Etat, mais un texte trop rigide obererait sa flexibilite d'action. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Or, au moment où la dette commençait à s’amortir, le capital a été ouvert. Entre 2006 et 2009, la dette d’EDF a été multipliée par trois, sans que des investissements sur le réseau ou sur la production hydraulique et nucléaire aient été réalisés »

Philippe Page Le Mérour (audite, audition de M. Philippe Page Le Mérour e.a., 2023-01-17)

_Etablit un lien temporel entre ouverture du capital et explosion de la dette sans contrepartie d'investissement._

« Le passage d’EDF du statut d’établissement public industriel et commercial (Epic) à celui de société anonyme en 2004 a radicalement changé la gestion des effectifs de l’entreprise. »

Catherine Nicolas-Michon (audite, audition de M. Philippe Page Le Mérour e.a., 2023-01-17)

_Date pivot identifiee comme origine de l'optimisation de la masse salariale._

« Lors de l’arrivée à la tête d’EDF de M. Lévy en 2014, l’entreprise comptait 70 000 salariés, contre seulement 60 000 à la fin de ses deux mandats en 2021. Cette diminution de près de 10 000 salariés en 8 ans n’a pas fait les gros titres des journaux. »

Catherine Nicolas-Michon (audite, audition de M. Philippe Page Le Mérour e.a., 2023-01-17)

_Chiffre concret de la reduction d'effectifs 'a bas bruit' sous la direction Levy._

« Les compétences nucléaires s’acquièrent dans la durée : il faut plus de dix ans pour construire une centrale nucléaire. »

Arnaud Barlet (audite, audition de M. Philippe Page Le Mérour e.a., 2023-01-17)

_Justifie l'importance du statut fidelisant face au temps long des competences nucleaires._

« Nous sommes les héritiers de la loi de nationalisation de 1946 édictée par Marcel Paul en application du Conseil national de la résistance. Désormais, nous vivons une étatisation par offre publique d’achat (OPA) édictée par des banques d’affaires. »

Philippe Page Le Mérour (audite, audition de M. Philippe Page Le Mérour e.a., 2023-01-17)

_Distinction politique forte entre nationalisation de service public et etatisation financiere._

« En vingt ans, cinquante-six réacteurs nucléaires ont été construits ; aujourd’hui, en quinze ans, on n’arrive pas à en faire un seul. »

Philippe Page Le Mérour (audite, audition de M. Philippe Page Le Mérour e.a., 2023-01-17)

_Contraste saisissant entre l'efficacite du plan Messmer et l'enlisement actuel._

« Une filiale en convention collective Syntec a été créée pour les SMR – comme si les ingénieurs d’EDF n’étaient pas jugés suffisamment compétents pour s’occuper de cette activité. »

Julien Laplace (audite, audition de M. Philippe Page Le Mérour e.a., 2023-01-17)

_Exemple concret et recent de filialisation contestee sur une activite d'avenir._

« Bien sûr, l’entreprise porte peut-être la responsabilité de ne pas être entrée en résistance. »

Hervé Machenaud (audite, audition de M. Hervé Machenaud, 2023-02-08)

_Concession nuancée sur la part de responsabilité d'EDF face aux décisions politiques._

« Ayons à l'esprit que la France n'aurait jamais construit son parc nucléaire si EDF n'avait pas été une entreprise publique, dont l'endettement était adossé à la garantie implicite et illimitée de l'État. »

Mme Delphine Batho (audite, audition de Mme Delphine Batho, 2023-02-09)

_Argument historique au coeur de son plaidoyer pour le retour de la puissance publique._

« ils m'avaient conduite, en 2012, à refuser la mise en concurrence de la première source d'électricité renouvelable de France, à savoir les barrages hydrauliques, qui sont un actif stratégique, et, en 2013, à proposer au Gouvernement la mise à l'étude de la renationalisation d'EDF. »

Mme Delphine Batho (audite, audition de Mme Delphine Batho, 2023-02-09)

_Etablit l'anteriorite de sa position de 2013 sur la nationalisation d'EDF, devenue d'actualite._

« S'il était question de privatiser 20 % du parc nucléaire français, je pense qu'on en parlerait tous les jours. »

Mme Delphine Batho (audite, audition de Mme Delphine Batho, 2023-02-09)

_Compare l'hydroelectricite (68 % de la capacite de pointe) au parc nucleaire pour souligner son caractere strategique._

« À chaque fois qu’on affaiblit cette entreprise, on affaiblit la France. »

M. Arnaud Montebourg (audite, audition de M. Arnaud Montebourg, 2023-03-01)

_Equation identitaire entre EDF et la souverainete nationale, fondement de son plaidoyer pour le monopole public._

« Je pense qu’il faut aller vers le nucléaire, l’hydraulique et l’éolien : voilà ma proposition personnelle de bouquet idéal. »

M. Arnaud Montebourg (audite, audition de M. Arnaud Montebourg, 2023-03-01)

_Position de synthese sur le mix energetique qu'il defend._

« Diverses auditions nous ont donné le sentiment qu’EDF n’est pas « l’amant préféré » de Bruxelles… »

Raphaël Schellenberger (president, audition de M. Arnaud Montebourg, 2023-03-01)

_Le president oriente le temoin vers le role de la Commission europeenne dans la deconstruction d'EDF._