Économie d'EDF, statut et État actionnaire
Ce domaine examine la santé financière d'EDF et la nature du lien qui unit l'entreprise à l'État qui la détient. Une ligne de force traverse l'ensemble des auditions : la crise vécue par EDF (la « plus grande crise opérationnelle depuis sa création », selon Luc Rémont) n'est pas seulement industrielle, elle est aussi le produit d'une histoire de gouvernance — ouverture du capital de 2004-2009, prélèvement de dividendes, régulation ARENH, projets de réorganisation et aventures à l'étranger. Le débat oppose constamment deux grilles de lecture : une cause « financière et stratégique » (l'État et le marché ont fragilisé l'outil) contre une cause « industrielle » (l'indisponibilité du parc nucléaire). En arrière-plan se joue une question de souveraineté : qui décide réellement de la politique nucléaire, et quel statut juridique permet de la mener sur le long terme.
Les six sujets se répartissent et s'articulent ainsi :
- Situation financière et dette d'EDF pose le diagnostic chiffré. Page Le Mérour décompose la dette en « trois tiers » (ARENH ~15 Md€, dividendes, aventures internationales) et la relie à l'ouverture du capital ; Proglio impute les difficultés aux réglementations ; Ribadeau-Dumas y voit des problèmes « avant tout industriels » ; Hollande dénonce l'ARENH spéculatif issu de la « mauvaise loi » de 2010.
- État actionnaire, dividendes et financement d'EDF instruit le procès de l'État « actionnaire prédateur ». Grillat chiffre à 20 Md€ sur dix ans les dividendes ayant asséché l'investissement ; Besson concède rétrospectivement un sur-prélèvement ; Lauvergeon décrit (sur Areva) un État majoritaire mais financeur défaillant. Les dirigeants du privé (MacGregor, Pouyanné) minimisent au contraire le débat.
- Projet Hercule et intégrité du groupe EDF porte sur le montage de réorganisation. Un consensus se dégage sur la finalité — préserver un EDF intégré (Borne : « conserver l'intégrité du groupe ») — mais le clivage porte sur la méthode : les syndicats dénoncent une « étatisation par OPA » et un « montage de désintégration » opaque, tandis que Sarkozy rappelle l'option inverse d'ouverture du capital.
- Nationalisation et statut d'EDF traite du statut juridique. Plusieurs voix (Montebourg, Batho, Machenaud, table ronde M. Philippe Page Le Mérour e.a.) réclament une nouvelle loi de nationalisation « dans l'esprit de 1946 » et une sortie du statut de société anonyme adopté en 2004, opposant nationalisation de service public et simple « étatisation financière ». Rémont nuance : une nationalisation à 100 % « ne change pas la nature » d'un projet déjà détenu intégralement par l'État.
- Relations État-EDF et centre de décision déplace la question vers le pouvoir réel. Gadonneix et Lévy défendent une lecture loyaliste (subordination et discrétion d'EDF) ; Lepage et de Rugy y opposent l'idée qu'EDF était le « véritable décideur », voire un « État dans l'État », l'État souffrant d'une asymétrie d'information.
- Investissements internationaux d'EDF documente un sous-débat précis : Lepage chiffre les acquisitions étrangères (Constellation 5 Md€, British Energy 14 Md€ pour une valeur de 7-8 Md€) comme destructrices de valeur, là où Lewandowski affirme que le développement international n'a « pas obéré les capacités domestiques » et que les filiales sont bénéficiaires.
Les clivages majeurs sont récurrents et structurants. Le premier oppose la thèse financière/stratégique (syndicats, Hollande, Batho, Montebourg, Grillat, Lepage : la dette vient des dividendes, de l'ARENH, de l'ouverture du capital et des aventures internationales) à la thèse industrielle (Ribadeau-Dumas, de Rugy : les difficultés tiennent d'abord à l'indisponibilité du parc, et l'ARENH n'en est pas la cause — EDF « s'étant prise à son propre piège »). Un second clivage, sur le statut, oppose les partisans d'un retour à l'EPIC et d'une nationalisation choisie par le Parlement aux tenants du statu quo ou d'une ouverture accrue (Sarkozy : « l'État n'est pas un bon actionnaire »). Un troisième porte sur le centre de décision : loyalistes du modèle historique contre dénonciateurs d'un EDF échappant au contrôle démocratique. Un quatrième, transversal, sépare les acteurs publics et syndicaux, très critiques de la gestion actionnariale, des dirigeants d'entreprises privées ou ouvertes (MacGregor, Pouyanné), qui jugent l'État « à sa place ». Fait notable, plusieurs aveux rétrospectifs venus du camp étatique (Besson, Pompili) valident partiellement la critique du sur-prélèvement et de la minimisation des alertes.
Sujets couverts
- Situation financière et dette d'EDF : origine de la dette, clivage cause financière/stratégique vs industrielle, rôle de l'ARENH.
- État actionnaire, dividendes et financement d'EDF : thèse de l'État « actionnaire prédateur » et aveu d'un sur-prélèvement de dividendes.
- Projet Hercule et intégrité du groupe EDF : consensus sur l'intégrité, clivage sur la méthode (OPA vs loi de nationalisation).
- Nationalisation et statut d'EDF : retour à l'EPIC et sortie du statut de société anonyme contre nuances sur l'urgence et les modalités.
- Relations État-EDF et centre de décision : lecture loyaliste contre dénonciation d'un EDF « État dans l'État ».
- Investissements internationaux d'EDF : deux lectures opposées (destruction de valeur vs filiales bénéficiaires et préservation des capacités domestiques).