Situation financière et dette d'EDF
Le corpus aborde la dette et la situation financière d'EDF sous deux angles qui structurent l'ensemble des interventions : l'origine de la dette (causes financières et stratégiques vs causes industrielles) et la responsabilité de la régulation, en particulier l'ARENH.
Un constat partagé traverse plusieurs auditions : EDF a connu une crise d'une ampleur exceptionnelle. Luc Rémont (M. Luc Rémont) résume que l'entreprise « a été confrontée en 2022 à la plus grande crise énergétique depuis 1973 et à la plus grande crise opérationnelle depuis sa création ». Le diagnostic sur la maintenance fait également l'objet d'un aveu côté direction : selon Benoît Ribadeau-Dumas (M. Benoît Ribadeau-Dumas), « le parc n'a jamais atteint les niveaux de disponibilité attendus » et les difficultés de maintenance n'ont pas été détectées « suffisamment tôt ».
Le principal clivage porte sur la cause de la dette. Henri Proglio (M. Henri Proglio) défend le bilan de son mandat, qu'il présente comme « le meilleur résultat net de l'histoire d'EDF », imputant les difficultés aux réglementations qu'il qualifie de destructrices. À l'inverse, Philippe Page Le Mérour (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) propose une grille qui relativise ce récit : la dette, « particulièrement inquiétante », serait « composée de trois tiers ». Selon lui, « l'Arenh est responsable d'un tiers de la dette, soit environ 15 milliards. Les autres tiers sont liés aux dividendes et aux aventures internationales ». Il établit en outre un lien temporel avec l'ouverture du capital : « Entre 2006 et 2009, la dette d'EDF a été multipliée par trois, sans que des investissements sur le réseau ou sur la production hydraulique et nucléaire aient été réalisés ».
Une troisième position, intermédiaire, est portée par Benoît Ribadeau-Dumas (M. Benoît Ribadeau-Dumas) : EDF a souffert d'un manque d'accompagnement de l'État, mais ses problèmes sont « avant tout industriels » (indisponibilité des réacteurs) et « ne peuvent être imputés au seul marché, à l'ARENH ou à l'Europe ». Il défend par ailleurs le principe d'un accès au nucléaire « à un prix garanti » pour les Français et l'industrie, et déplore qu'EDF, « comme Total », soit une entreprise dont le pays a besoin « mais qu'il se plaît à critiquer en permanence ».
Sur l'ARENH, le procès est instruit avec force par François Hollande (M. François Hollande), qui dénonce un dispositif spéculatif : « les concurrents d'EDF ont pu réaliser des superprofits en revendant dix fois plus cher l'électricité qu'ils lui ont achetée ». Il présente le soutien public à EDF comme la réparation d'« une mauvaise loi : celle de 2010 ». Sur le plan politique, Francis Dubois (LR, M. Benoît Ribadeau-Dumas) lie le prix trop élevé de l'électricité pour « 66 millions de Français » à une perte de souveraineté.
Chiffre clé retenu : environ 15 milliards d'euros de dette attribués à l'ARENH (un tiers du total selon Page Le Mérour).
Qui en parle
- Henri Proglio (M. Henri Proglio) : gestion saine sous son mandat, dette imputée aux réglementations.
- Philippe Page Le Mérour (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) : dette en « trois tiers » (ARENH ~15 Md€, dividendes, aventures internationales) ; relativise le rôle de l'ARENH et pointe l'ouverture du capital.
- Benoît Ribadeau-Dumas (M. Benoît Ribadeau-Dumas) : problèmes « avant tout industriels » (disponibilité du parc), manque d'accompagnement de l'État, défense d'EDF.
- Luc Rémont (M. Luc Rémont) : crise 2022 d'ampleur historique.
- François Hollande (M. François Hollande) : ARENH spéculatif, soutien de l'État comme réparation de la loi de 2010.
- Francis Dubois (LR, M. Benoît Ribadeau-Dumas) : prix de l'électricité et perte de souveraineté.