Petits réacteurs modulaires (SMR/AMR)
Le corpus aborde les petits réacteurs modulaires (SMR/AMR) à travers quatre citations et trois positions issues de cinq auditions. Les intervenants partagent un constat de fond : les SMR représentent une voie stratégique potentielle pour le nucléaire français, mais leur degré de maturité et leur intérêt économique demeurent incertains. Au-delà de ce socle commun, le sujet est surtout traversé par un regret récurrent — celui d'un rendez-vous manqué par la France — qui structure plusieurs prises de parole.
Sur le potentiel stratégique, Mme Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) défend l'idée que les SMR sont « l'avenir stratégique du nucléaire » à côté des grands réacteurs. Elle rappelle qu'Areva avait diversifié son offre (Atmea, SMR), et le présente comme un choix opéré « contre l'avis d'EDF qui ne jurait que par l'EPR », estimant que la France a eu tort de mettre ces projets en sommeil. Cette lecture introduit un clivage : d'un côté une stratégie de diversification portée par Areva, de l'autre une focalisation sur l'EPR attribuée à EDF.
Le thème de l'occasion manquée est porté avec force par Mme Catherine Cesarsky (Mme Catherine Cesarsky), qui juge que le refus du CEA et des industriels de s'engager sur les SMR fut une occasion manquée profondément regrettée. Elle témoigne qu'à l'époque, « cette thématique n'intéressait alors personne sauf moi », et conclut : « C'est une occasion manquée que je regrette profondément. » Son propos souligne que le sujet, négligé en interne, est depuis redevenu stratégique.
Une position plus mesurée est exprimée par M. François Jacq (M. François Jacq), pour qui les SMR « ne sont pas la panacée mais une voie à explorer ». Il déplace l'enjeu : selon lui, l'incertitude majeure n'est pas technique mais économique, le défi central étant d'atteindre un coût de l'ordre de 80 euros/MWh.
Cette prudence rejoint le tempérament d'enthousiasme de M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega (M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega), qui insiste sur l'immaturité de la filière : « Le SMR est prometteur, sur le papier, mais il n'existe qu'à l'état de projet (70 projets dans le monde). » Le chiffre des 70 projets mondiaux illustre à la fois le foisonnement international et l'absence de réalisation aboutie.
Enfin, M. Manuel Valls (M. Manuel Valls) ne se prononce pas spécifiquement sur les SMR mais marque un soutien au cadre général de relance : « Je partage le choix annoncé par le Président de la République il y a un an », ralliement au consensus pro-nucléaire dans lequel s'inscrit le regain d'intérêt pour ces réacteurs.
Au total, le clivage principal n'oppose pas partisans et adversaires des SMR, mais sépare ceux qui y voient une occasion stratégique manquée (Lauvergeon, Cesarsky) de ceux qui appellent à la prudence sur la maturité technologique et la viabilité économique (Jacq, Eyl-Mazzega).
Qui en parle
- Mme Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) : les SMR sont l'avenir stratégique ; Areva a diversifié son offre contre l'avis d'EDF, mise en sommeil regrettée.
- Mme Catherine Cesarsky (Mme Catherine Cesarsky) : occasion manquée profondément regrettée, refus du CEA et des industriels de s'engager.
- M. François Jacq (M. François Jacq) : voie à explorer, pas une panacée ; incertitude économique (objectif 80 euros/MWh) plus que technique.
- M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega (M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega) : prudence, immaturité de la filière (70 projets mondiaux, aucun abouti).
- M. Manuel Valls (M. Manuel Valls) : soutien au cadre de relance nucléaire annoncé par le Président, sans position propre sur les SMR.