La part du citoyen

Souveraineté, indépendance et dépendances géopolitiques

Souveraineté technologique et licences américaines

Le corpus aborde la souveraineté technologique de la France principalement sous l'angle du nucléaire et du contrôle des investissements étrangers, avec un point de départ historique partagé : la filière nucléaire française s'est construite sur des licences américaines (Westinghouse, General Electric) avant sa francisation à partir de 1974-1975. L'historien Yves Bouvier (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar) documente cette dépendance initiale et nuance le récit d'une filière purement nationale : « il s'agit d'accords de licence : les industriels français doivent payer des royalties aux sociétés américaines. Des ingénieurs sont massivement formés aux États-Unis et l'élaboration des capacités industrielles françaises est suivie par les industriels américains. »

Face à ce constat, plusieurs intervenants affirment que cette dépendance est désormais dépassée. Bernard Fontana (M. Bernard Fontana), industriel, soutient que Framatome est aujourd'hui propriétaire des technologies : « Il n'y a plus de licence. Nous avons franchi cette étape : en ce qui concerne les réacteurs, Framatome est propriétaire des technologies. » Il défend une stratégie active de souveraineté sur les codes, méthodes et composants, y compris pour reproduire les technologies allemandes de l'EPR, et définit la souveraineté énergétique non comme une autarcie mais comme « des solutions nationales ou [...] des coopérations choisies et maîtrisées ».

Sur la stratégie technologique du parc futur, un clivage apparaît. Xavier Piechaczyk (M. Xavier Piechaczyk), pour RTE, estime que le nucléaire 2050 doit s'appuyer sur les technologies françaises maîtrisées (EPR, Nuward) et qu'il est « trop tard » pour développer des réacteurs étrangers de 1000 MW dont la France ne maîtrise pas le design ; il défend l'objectivité des hypothèses de RTE, fruit « d'une discussion avec la filière industrielle » et non d'un « choix idéologique ». À l'inverse, le député Olivier Marleix — LR (M. Xavier Piechaczyk) plaide pour des réacteurs éprouvés plutôt que le tout-EPR : « Le général de Gaulle s'était contenté de Westinghouse : il n'est peut-être pas nécessaire de placer la barre trop haut. »

Sur le volet investissements étrangers, Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) considère qu'ils ne constituent pas une menace en soi : la France est « le premier pays européen en termes d'investissements étrangers, ce qui démontre qu'il est possible de concilier une politique d'attractivité et un contrôle particulier ». Il livre une rare quantification de l'activité de sécurité économique : « Nous enregistrons environ 50 menaces par mois sur des actifs stratégiques. » Arnaud Montebourg (M. Arnaud Montebourg) intervient sur l'outil de contrôle : le décret de 2014 doit selon lui être appliqué plutôt que renforcé, le problème étant « la volonté politique de s'en servir, pas le texte ».

Points saillants et chiffres clés : licences Westinghouse et General Electric à l'origine de la filière, francisation à partir de 1974-1975 ; pleine propriété technologique de Framatome revendiquée ; environ 50 menaces par mois sur les actifs stratégiques (Courbe) ; France classée premier pays européen pour les IDE ; débat EPR/Nuward contre réacteurs étrangers éprouvés ; décret de contrôle de 2014.

Qui en parle

Interventions regroupées (7 citations · 5 auditions)

Domaine : Souveraineté, indépendance et dépendances géopolitiques · Sujet : souverainete-technologique

Couverture : 7 citations · 5 positions · 5 auditions

_Slugs bruts fusionnés : souverainete-technologique, souverainete-technologique-nucleaire, licences-américaines-westinghouse, controle-investissements-etrangers, decret-investissements-strategiques_

Positions exprimées

  • (table ronde) (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar) : La filière nucléaire française s'est construite sur des licences américaines (Westinghouse, General Electric) avant d'être francisée à partir de 1974-1975. _(tranchant 3)_
  • M. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) : Les investissements étrangers ne sont pas une menace en soi : la France concilie son rang de premier pays européen pour les IDE avec un contrôle ciblé des actifs stratégiques. _(tranchant 3)_
  • M. Arnaud Montebourg (M. Arnaud Montebourg) : Le decret de 2014 doit etre applique plutot que renforce ; le probleme est la volonte politique de s'en servir, pas le texte. _(tranchant 3)_
  • M. Bernard Fontana (M. Bernard Fontana) : Framatome est désormais propriétaire des technologies réacteurs (plus de licence Westinghouse) et mène une stratégie active de souveraineté sur ses codes, méthodes et composants, y compris pour reproduire les technologies allemandes de l'EPR. _(tranchant 2)_
  • M. Xavier Piechaczyk (M. Xavier Piechaczyk) : Le nucleaire 2050 doit s'appuyer sur les technologies francaises maitrisees (EPR, Nuward) ; il est trop tard pour developper des reacteurs etrangers de 1000 MW dont la France ne maitrise pas le design. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Dans les deux cas, il s’agit d’accords de licence : les industriels français doivent payer des royalties aux sociétés américaines. Des ingénieurs sont massivement formés aux États-Unis et l’élaboration des capacités industrielles françaises est suivie par les industriels américains. »

Yves Bouvier (audite, audition de M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar, 2022-11-02)

_Documente la dépendance technologique américaine initiale, nuance fortement le récit d'une filière nucléaire purement française._

« Nous enregistrons environ 50 menaces par mois sur des actifs stratégiques. »

M. Thomas Courbe (audite, audition de M. Thomas Courbe, 2022-11-24)

_Ordre de grandeur de la menace sur les actifs stratégiques, rare quantification de l'activité de sécurité économique._

« La France est le premier pays européen en termes d’investissements étrangers, ce qui démontre qu’il est possible de concilier une politique d’attractivité et un contrôle particulier. »

M. Thomas Courbe (audite, audition de M. Thomas Courbe, 2022-11-24)

_Thèse de Courbe : attractivité et contrôle des IDE ne sont pas contradictoires, réponse directe à la question du président sur la menace des IDE._

« Pour moi, c’est la capacité à répondre aux besoins énergétiques de la France par des solutions nationales ou par des coopérations choisies et maîtrisées, combinée à une capacité de mouvement à l’international. »

M. Bernard Fontana (audite, audition de M. Bernard Fontana, 2022-12-08)

_Définition de la souveraineté énergétique par un industriel : ni autarcie ni dépendance, mais coopérations choisies._

« Il n’y a plus de licence. Nous avons franchi cette étape : en ce qui concerne les réacteurs, Framatome est propriétaire des technologies. »

M. Bernard Fontana (audite, audition de M. Bernard Fontana, 2022-12-08)

_Affirmation de la pleine propriété technologique française des réacteurs, étape clé de la souveraineté revendiquée._

« Il ne s’agit donc pas d’un choix idéologique, mais du résultat d’une discussion avec la filière industrielle, dont les contributions écrites sont publiées sur le site de RTE. »

M. Xavier Piechaczyk (audite, audition de M. Xavier Piechaczyk, 2022-12-15)

_Defend l'objectivite des hypotheses nucleaires de RTE contre l'accusation de biais._

« Le général de Gaulle s’était contenté de Westinghouse : il n’est peut-être pas nécessaire de placer la barre trop haut. »

M. Olivier Marleix — LR (depute, audition de M. Xavier Piechaczyk, 2022-12-15)

_Pointe pro-nucleaire du president LR plaidant pour des reacteurs eprouves type Westinghouse plutot que le tout-EPR._