Stockage de l'énergie
Le corpus traite le stockage de l'électricité comme une question décisive mais insuffisamment traitée dans une trajectoire d'électrification massive associée à des énergies renouvelables intermittentes. Plusieurs intervenants convergent sur ce diagnostic d'angle mort. Lors de la table ronde (M. Pierre-Franck Chevet e.a.), Pierre-Franck Chevet alerte : « La question du stockage est souvent occultée dans les débats, mais nous devons lui redonner une place centrale », et plaide pour mobiliser hydrogène, air comprimé et batteries thermiques. La spécificité physique de l'électricité fait également consensus : selon Nicolas de Maistre (M. Nicolas de Maistre), « l'absence de stockage possible constitue une difficulté spécifique sur l'électrique, sauf en combinant parfois de l'hydro-électrique avec des systèmes de stockage d'eau », l'électricité ne bénéficiant pas de la logique de stock applicable au gaz et aux hydrocarbures.
Un clivage apparaît sur l'ampleur des limites du stockage électrique et sur les réponses à privilégier. La position la plus tranchée est celle de Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet), pour qui « il ne sera jamais possible de stocker de l'électricité en grande quantité. Il faudra donc toujours passer par des molécules » — biogaz, hydrogène vert —, les batteries coûtant « très cher ». Laurent Michel (M. Laurent Michel) adopte une vision plus pondérée : le passage en pointe hivernale reposera sur le nucléaire et l'hydroélectricité stockable, complétés par le foisonnement européen et le développement du stockage, l'hydrogène étant « porteur » mais ne résolvant pas tout. La table ronde (M. Pierre-Franck Chevet e.a.) place quant à elle les batteries et l'air comprimé parmi les solutions à mobiliser, sans les écarter comme le fait Sauquet.
Le débat croise par ailleurs la lecture pro-nucléaire du président. Raphaël Schellenberger (M. Nicolas de Maistre) lie la perte de capacité de stockage aux fermetures de capacités pilotables : « Avec les quinze gigawatts de capacité de production d'électricité pilotable qui ont été fermés au cours des dix dernières années, nous disposions de stocks transformables en électricité [...]. Le soleil ou le vent ne sont pas des stocks. » À l'inverse, Nicolas de Maistre (M. Nicolas de Maistre) situe le SGDSN hors de ce débat : « Nous ne travaillons pas du tout sur le mix énergétique et la gestion de ce mix. »
Un constat de carence d'investissement de long terme ressort sur l'hydroélectricité et les stations de transfert d'énergie par pompage (STEP). André Merlin (M. André Merlin) souligne que des sites ont été identifiés mais que « depuis vingt ans, rien n'est fait », et appelle à construire ces STEP pour apporter la flexibilité manquante à l'intégration des renouvelables. Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) chiffre le gisement hydroélectrique restant à « environ 5 gigawatts, en grande majorité autour de nos concessions », un potentiel conditionné au déblocage du dossier des concessions.
Qui en parle
- Pierre-Franck Chevet (M. Pierre-Franck Chevet e.a.) : stockage occulté à remettre au centre ; mobiliser hydrogène, air comprimé, batteries thermiques.
- Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet) : stockage électrique de masse impossible, passage obligé par les molécules (biogaz, hydrogène).
- Laurent Michel (M. Laurent Michel) : pointe hivernale assurée par nucléaire et hydroélectricité stockable, foisonnement européen et stockage ; hydrogène utile mais partiel.
- André Merlin (M. André Merlin) : carence sur les STEP, identifiées depuis vingt ans mais jamais réalisées.
- Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) : gisement hydroélectrique restant d'environ 5 GW, lié aux concessions.
- Raphaël Schellenberger (M. Nicolas de Maistre) : les fermetures de capacités pilotables ont détruit des stocks transformables.
- Nicolas de Maistre (M. Nicolas de Maistre) : spécificité du non-stockage de l'électricité ; le SGDSN reste hors du débat sur le mix.