La part du citoyenTikTok et les mineurs

Carte politique

Rassemblement National

53 questions analysées, réparties sur 26 comptes rendus — l'un des échantillons les plus fournis de la commission. Six députés interviennent, mais trois portent l'essentiel : Thierry Perez (17 questions), Claire Marais-Beuil (16), Kévin Mauvieux (12).

1. Ligne du groupe

Contrainte plutôt qu'éducation. C'est l'axe le plus net. Thierry Perez pousse à plusieurs reprises l'option maximaliste : blocage technique, éventuellement par IA, des moins de 13 ans (cr04a) ; « ne faudrait-il pas tout simplement interdire les smartphones aux moins de 15 ans ? » sur le modèle du tabac et de l'alcool (cr04c) ; « interdiction pure et simple des réseaux sociaux pour les mineurs » (cr07a) ; puis, face à l'objection du contournement, un déplacement de l'argument vers l'effet normatif — l'interdiction vaudrait par la « réprobation sociale » qu'elle installe (Mme Alixe Rivière e.a.). Kévin Mauvieux teste l'acceptabilité d'une interdiction totale aux moins de 15, 16 ou 18 ans auprès de victimes elles-mêmes (cr11a). Claire Marais-Beuil, elle, cherche un levier de vérification d'âge externe : le contrôle par le moyen de paiement (cr21c). Aucune question du dossier ne défend l'éducation aux usages comme alternative à l'interdit.

La plateforme d'abord, les parents ensuite. La mise en cause dominante vise TikTok : opacité de l'algorithme (cr03a), vitesse de bascule vers les contenus mortifères (cr11a), taux de retrait dérisoire après signalement (cr11a), retrait réactif et non préventif des challenges (M. Arnaud Cabanis), responsabilité au titre du relais des vidéos et non de l'origine du challenge (Mme Marlène Masure). Marais-Beuil formule explicitement le partage : la protection doit être active par défaut, « tous les parents ne sont pas forcément derrière eux pour cliquer toutes les trente secondes » (Mme Marlène Masure). Perez interroge bien une typologie des comportements parentaux (cr09a), mais pour conclure à l'insuffisance du contrôle parental. L'école apparaît surtout comme lieu où l'interdiction du téléphone ne serait pas respectée (M. Yannick Carriou, deux questions), et René Lioret pointe la carence des cadres traditionnels — école, famille, club de sport — face à l'attractivité d'un influenceur (cr24e).

Échelon européen : quasi absent. Une seule question porte sur l'articulation UE/national (Emmanuel Fouquart, cr18c : comment appliquera-t-on les futures recommandations européennes ?). Le DSA n'est pas mobilisé comme tel. La préférence exprimée est celle du droit pénal existant : Mauvieux conteste l'utilité d'amendes civiles au motif que l'antisémitisme est déjà réprimé et plaide l'égalité de traitement en ligne / hors ligne (cr30c) ; il demande un système permettant de condamner TikTok, ses représentants et les créateurs de contenus (cr11b) ; Fouquart, retraité de la gendarmerie, rappelle que la provocation au suicide est un délit (cr11b).

Géopolitique : une seule occurrence. Mauvieux demande si une puissance étrangère propriétaire de TikTok pourrait laisser passer des contenus pour « affaiblir les futures générations » occidentales (cr30c), en qualifiant lui-même sa question de provocatrice. C'est le seul passage du dossier sur ByteDance/Chine — un axe marginal dans le questionnement effectif du groupe, malgré sa saillance dans son discours public.

Modèle économique : front réel. Ciblage publicitaire payant des 13-17 ans (cr03a), TikTok Shop et contrefaçons de médicaments (cr03a), composition non contrôlée des compléments amaigrissants (M. Arnaud Cabanis), lives et dons de « pièces » lus en termes d'addiction (M. Arnaud Cabanis), liens financiers entre réseaux sociaux et plateformes type OnlyFans (cr21c), et chez Lioret la limite morale au profit tiré de la capture d'attention (cr28b).

2. Stratégie de questionnement

Le groupe s'informe peu et cherche surtout à faire valider sa thèse. Le pattern dominant est la question à prémisse chargée soumise à un expert pour endossement : privation de sommeil déduite d'une courbe agrégée (M. Yannick Carriou), « hausse considérable du narcissisme » (cr08b), dégradation de la santé mentale « en raison de cette dépendance » (cr14a), projection sur le cerveau adulte de millions de « 9-12 ans addicts » (cr04b). Ces prémisses sont fréquemment recadrées par les auditionnés — Médiamétrie corrige la lecture individuelle d'une moyenne (M. Yannick Carriou), le président renvoie la superposition de courbes aux chercheurs (M. Yannick Carriou), Respect Zone refuse de trancher faute de chiffres (cr14a), Andraos et Erhel indiquent qu'aucune étude n'établit un surcroît de narcissisme (cr08b), Boursier relativise la thèse chinoise (cr30c).

Deuxième pattern : la question fermante, qui invite à confirmer l'absence de contre-argument — « avez-vous rencontré des personnes défendant l'idée que ces plateformes pouvaient exercer une influence positive ? » (cr07a). Troisième : la confrontation frontale avec l'auditionné, assumée — Marais-Beuil oppose son autorité de médecin à la nuance corrélation/causalité d'un sociologue (cr03b) ; Mauvieux juge une chercheuse « trop optimiste » et défend la peur comme dissuasion (cr06b) ; Perez reproche à la présidente du HCEFH de passer sous silence les influenceuses prônant la chirurgie esthétique (cr18a). Quelques pièges rhétoriques explicites : l'analogie du verre d'alcool quotidien posée à TikTok pour lui faire reconnaître ou nier l'addiction (M. Arnaud Cabanis).

Il faut cependant noter, sans l'écraser, une veine factuelle réelle : proportion de retraits obtenus après signalement (cr11a), âge et modalités d'inscription des témoins (cr11a), influence de l'horaire de publication sur la performance d'une vidéo — question sans charge apparente (cr21d), et l'audition de Nasdas menée par Lioret sur un ton de curiosité déclarée (cr24e). Marais-Beuil adopte face à un créateur une posture explicitement non punitive pour en extraire des leviers concrets (cr24c), et reconnaît devant TikTok qu'« il y a du bien » sur la plateforme (Mme Marlène Masure).

Une tension interne apparaît enfin : Perez doute frontalement de l'efficacité de toute régulation, « dérisoire » face à des contenus aussitôt remplacés (cr12a), quand Lioret cherche une solution technique d'inversion de l'amplification algorithmique (cr28b) et que Mauvieux marque une distance avec la focalisation sur la majorité numérique au profit de la voie pénale (cr11b).

3. Députés clés