La part du citoyenTikTok et les mineurs

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Attention et concentration

Sur l'attention, la commission recueille une convergence massive — vingt et une prises de position affirmatives contre une seule réserve — mais cette convergence repose presque entièrement sur de l'observation clinique, du témoignage vécu et des études invoquées sans être nommées ; le seul énoncé formulé en termes statistiques rigoureux est aussi celui qui relativise le plus.

Le motif qui revient le plus est celui de l'intolérance au format long. Michael Stora le décrit depuis son cabinet : « J'ai pu observer, chez certains patients, une difficulté croissante à maintenir leur attention sur des formats longs tels que les films, qu'ils perçoivent désormais comme excessivement lents » (cr07b). Angélique Gozlan rapporte exactement la même chose depuis la parole des adolescents, l'une d'elles décrivant « un boîtier hypnotisant » et « constatant son incapacité à maintenir sa concentration sur des formats plus longs » (cr24a). Alix Rivière l'éprouve elle-même en quarante-huit heures de shorts et dit avoir « été surprise par leur pouvoir hypnotique » (Mme Alixe Rivière e.a.). Trois positions d'observation différentes — le clinicien, la chercheuse, la parente — décrivent le même symptôme. C'est la force du dossier ; c'en est aussi la limite, puisque aucune de ces trois sources ne produit de mesure.

La tension du sujet n'oppose donc pas deux camps sur le fond, mais deux régimes de preuve. D'un côté, l'affirmation directe : Jean-Marcel Mourgues pose au nom du CNOM que « La surexposition aux écrans affecte le neurodéveloppement et la plasticité cérébrale » (Mme Marion Joud) ; Bruno Gameliel avance que « Des études démontrent également un impact significatif sur la mémoire de travail » sans les nommer, et n'en date qu'une, « Une étude italienne de 2021 » (cr12b). De l'autre, la prudence : Murielle Popa-Fabre est la seule à formuler le lien comme une corrélation assortie d'un modérateur — le temps d'écran des 3-5 ans « est corrélé à des déficits cognitifs. Mais certains facteurs, comme le niveau de social de la famille, peuvent amoindrir ces déficits » (cr05b). Et Océane Herrero, qui apporte pourtant la pièce la plus lourde contre la plateforme — l'étude interne où « TikTok reconnaît » une altération des « capacités d’analyse, de mémorisation et de compréhension contextuelle » —, refuse de conclure elle-même : « N'étant pas psychologue, je laisserai les professionnels se livrer à un diagnostic prospectif » (cr04b).

Ce refus tombe en réponse à une question de la rapporteure qui en dit long sur le cadrage : Laure Miller demande s'il ne faudrait pas « poser un diagnostic objectif et incontestable sur la nocivité de TikTok » (cr04b). Le présupposé est que la nocivité est acquise et qu'il ne manque que sa démonstration. Elle assume ailleurs la conviction : « j'ai le sentiment que l'usage excessif des applications […] est en train d'abîmer des générations entières » (cr04c), en la présentant comme un sentiment.

Un dernier déplacement mérite d'être noté. Selon Gozlan, « Les jeunes identifient particulièrement les formats de vidéo ( shorts, reels ) comme problématiques et intrinsèquement addictifs » (cr24a) : les intéressés accusent le format, pas la plateforme — ce qui déborde largement TikTok. À l'autre extrémité du registre, Arnaud Ducoin y voit « une force politique chinoise, et peut-être russe, qui est en train d'abrutir nos gamins » (cr11b), conviction géopolitique qu'aucun élément du sujet n'étaye.

Qui en parle

  • Océane Herrero (auditionnée, cr04b) — apporte l'étude interne TikTok de 2019 (corrélation reconnue par la plateforme, seuil de « 260 vidéos » pour former une habitude) mais refuse explicitement d'établir le lien causal.
  • Laure Miller (rapporteure, EPR, cr04b, cr04c, cr12b) — cherche un « diagnostic objectif et incontestable » de nocivité ; exprime à titre personnel la conviction d'une génération abîmée.
  • Murielle Popa-Fabre (auditionnée, cr05b) — seule restitution en termes de corrélation explicite, avec facteur modérateur social.
  • Michael Stora (Observatoire des mondes numériques en sciences humaines, cr07b) — observation clinique : perte d'attention sur les formats longs, réel devenu « fade, terne ».
  • Baptiste Carreira Mellier (psychologue et neuropsychologue, Mme Marion Joud) — attention « considérablement altérée » après cinq minutes d'écran en salle d'attente.
  • Jean-Marcel Mourgues (CNOM, Mme Marion Joud) — pose l'atteinte au neurodéveloppement et à la plasticité cérébrale comme un fait.
  • Bruno Gameliel (auditionné, cr12b) — concept de « délégation cognitive » ; invoque des études sur la mémoire de travail, dont une étude italienne de 2021, non référencées.
  • Angélique Gozlan (OPEN, cr24a) — restitue le diagnostic des adolescents eux-mêmes, qui visent le format court plus que TikTok.
  • Alix Rivière (FCPE, Mme Alixe Rivière e.a.) — témoignage vécu du « pouvoir hypnotique » ; relaie un mémo Bayard Jeunesse sur l'entrave au raisonnement.
  • Sihem Amer-Yahia (CNRS / Laboratoire d'informatique de Grenoble, cr06b) — l'addictivité comme objectif de conception de l'algorithme.
  • Bernard Basset (Association Addictions France, M. Franck Lecas) — effet d'entonnoir : l'attention focalisée, la curiosité intellectuelle limitée.
  • Morgan Lechat (Monsieurlechat, cr21d) — enseignant ; baisse d'empathie observée, lien posé avec prudence (« potentiellement liée »).
  • Arnaud Ducoin et Gaëlle Berbonde (Algos Victima, cr11b) — registre civique et géopolitique : abrutissement, sens critique, démocratie en jeu.
  • Laurent Marcangeli (auditionné, cr29a) — alerte rhétorique sur l'abrutissement en cours, en reconnaissant l'absence de « chiffres réels ».
Interventions regroupées (25 citations · 13 auditions)

Domaine : Effets cognitifs, développement & sommeil · Sujet : attention

Couverture : 25 citations · 2 positions · 13 auditions

_Slugs bruts fusionnés : effets-cognitifs-attention_

Positions exprimées

  • M. Morgan Lechat (cr21d) : Il observe empiriquement en classe une baisse d'empathie et une difficulté à hiérarchiser l'information, qu'il relie prudemment à l'exposition à des contenus non hiérarchisés. _(tranchant 3)_
  • Mme Océane Herrero (cr04b) : Elle refuse d’établir elle-même un lien causal avec la santé mentale (« je ne suis pas psychologue ») mais s’appuie sur l’étude interne de TikTok de 2019, qui reconnaît une corrélation entre usage compulsif et effets négatifs. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Chez les utilisateurs, l’inquiétude la plus fréquente concerne l’impact de TikTok sur le temps d’attention. Dès qu’ils ont cinq minutes libres dans une journée, ils ont du mal à ne pas ouvrir l’application. »

Océane Herrero (audite, audition cr04b, 2025-04-23)

_Rapporte une inquiétude fréquente recueillie auprès d’utilisateurs (source : entretiens de l’auteure), non un effet mesuré cliniquement._

« Dans cette étude, TikTok évalue que le visionnage de 260 vidéos est nécessaire pour que l’utilisateur développe une habitude de consommation. »

Océane Herrero (audite, audition cr04b, 2025-04-23)

_Chiffre issu d’une étude INTERNE de TikTok de 2019 révélée par la justice américaine — donc un aveu de la plateforme elle-même sur le seuil de formation d’une habitude, pas une donnée de la commission._

« TikTok reconnaît par ailleurs qu’une utilisation compulsive de l’application est corrélée à une série d’effets négatifs sur la santé mentale, en altérant les capacités d’analyse, de mémorisation et de compréhension contextuelle, la qualité des échanges, l’empathie et en provoquant une augmentation de l’anxiété. »

Océane Herrero (audite, audition cr04b, 2025-04-23)

_Corrélation (et non causalité) affichée par TikTok dans sa propre étude de 2019 ; à présenter comme un constat interne daté, que l’auteure elle-même qualifie d’ancien._

« N’étant pas psychologue, je laisserai les professionnels se livrer à un diagnostic prospectif. »

Océane Herrero (audite, audition cr04b, 2025-04-23)

_Prudence méthodologique : l’auteure refuse d’établir elle-même un lien causal santé mentale et renvoie aux professionnels ; élément de neutralité important._

« Pour mieux sensibiliser les parents et accélérer la prise de conscience, ne faudrait-il pas poser un diagnostic objectif et incontestable sur la nocivité de TikTok pour la santé mentale des jeunes ? »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr04b, 2025-04-23)

_La rapporteure file le parallèle tabac/alcool et cherche à obtenir un « diagnostic incontestable » de nocivité ; oriente vers l’établissement d’un lien causal, que l’auditionnée ne valide pas._

« j’ai le sentiment que l’usage excessif des applications, et particulièrement de TikTok, est en train d’abîmer des générations entières. »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr04c, 2025-04-23)

_La rapporteure exprime, à titre personnel, une conviction forte sur l'impact générationnel ; révèle l'orientation de la commission, présenté par elle-même comme un ressenti._

« on sait que lorsqu’il excède trente minutes, le temps d’écran d’un enfant entre 3 et 5 ans est corrélé à des déficits cognitifs. Mais certains facteurs, comme le niveau de social de la famille, peuvent amoindrir ces déficits. »

Murielle Popa-Fabre (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Exemple soigneusement formulé en termes de corrélation (et non causalité), avec facteur modérateur social. Modèle de restitution prudente d'un lien statistique._

« Des inquiétudes se font jour quant aux effets de ces algorithmes sur les mineurs, d’autant que celui de TikTok a été conçu pour rendre la plateforme addictive. »

Sihem Amer-Yahia — CNRS / Laboratoire d'informatique de Grenoble (audite, audition cr06b, 2025-04-29)

_Affirmation d'une spécialiste des algorithmes de recommandation selon laquelle l'addictivité serait un objectif de conception, avec risque sur l'attention et le développement cognitif des mineurs. Formulée comme inquiétude/analyse, appelant des études._

« lorsqu'un utilisateur quitte l'application, le monde réel, avec ses frustrations, ses lenteurs et son absence de gratification immédiate, lui apparaît soudain fade, terne et peu valorisant. »

Michael Stora — Observatoire des mondes numériques en sciences humaines (audite, audition cr07b, 2025-05-02)

_Illustre l'effet de contraste entre univers virtuel survalorisé et réel, avec conséquences sur la tolérance à la frustration et la motivation._

« J'ai pu observer, chez certains patients, une difficulté croissante à maintenir leur attention sur des formats longs tels que les films, qu'ils perçoivent désormais comme excessivement lents. »

Michael Stora — Observatoire des mondes numériques en sciences humaines (audite, audition cr07b, 2025-05-02)

_Observation clinique sur l'effet des formats courts sur la concentration ; constat qualitatif issu de sa patientèle, non une donnée quantifiée._

« J’ai moi-même expérimenté durant 48 heures ce phénomène en visionnant les vidéos « shorts » de YouTube, similaires à celles trouvables sur TikTok, et j’ai été surprise par leur pouvoir hypnotique. »

Alix Rivière — FCPE (audite, audition de Mme Alixe Rivière e.a., 2025-05-15)

_Témoignage d'expérience personnelle sur le « pouvoir hypnotique » des vidéos courtes ; illustration vécue, non une mesure._

« un mémo édité par Bayard Jeunesse sur les écrans souligne que les vidéos courtes entravent la construction du raisonnement. C’est là que réside, à mon sens, le danger le plus important pour nos enfants. »

Alix Rivière — FCPE (audite, audition de Mme Alixe Rivière e.a., 2025-05-15)

_Attribue à un mémo de Bayard Jeunesse l'affirmation que les vidéos courtes entravent le raisonnement, désignée comme le danger majeur ; affirmation rapportée d'un document, non une donnée établie ici._

« Nous avons en face de nous une force politique chinoise, et peut-être russe, qui est en train d’abrutir nos gamins. »

M. Arnaud Ducoin — Algos Victima (père de Pénélope) (audite, audition cr11b, 2025-05-15)

_Lecture géopolitique (TikTok comme « arme politique » chinoise) : conviction du témoin, explicitement présentée comme « une question parallèle », non établie._

« c’est leur sens critique – la démocratie est ici en jeu –, c’est leur sens des réalités et des nécessités vitales »

Mme Gaëlle Berbonde — Algos Victima (mère de Juliette) (audite, audition cr11b, 2025-05-15)

_Élargissement de l'enjeu au-delà de la santé mentale : capacité critique et démocratie. Registre d'appel civique._

« Lors d’une récente conférence, j’ai énoncé le concept de « délégation cognitive », qui illustre le fait que la technologie constitue aujourd’hui un problème sociétal, voire civilisationnel. »

Bruno Gameliel (audite, audition cr12b, 2025-05-16)

_Introduit le concept-clé de l'auditionné (« délégation cognitive ») : cadre conceptuel personnel, non un résultat d'étude, présenté comme grille de lecture civilisationnelle._

« Des études démontrent également un impact significatif sur la mémoire de travail, dont l’utilisation de TikTok, avec son défilement rapide de contenus, compromet le fonctionnement optimal. »

Bruno Gameliel (audite, audition cr12b, 2025-05-16)

_Affirmation d'un lien entre défilement rapide et atteinte de la mémoire de travail. Gameliel invoque « des études » sans les nommer ici ; à traiter comme affirmation attribuée, non chiffrée._

« Une étude italienne de 2021 met en évidence l’impact de ces pratiques sur différents aspects de la mémoire, notamment en ce qui concerne la gestion des éléments de distraction. »

Bruno Gameliel (audite, audition cr12b, 2025-05-16)

_Seule source datée citée par l'auditionné (étude italienne de 2021, non référencée précisément). À attribuer à Gameliel ; l'étude n'est pas nommée et ne peut être vérifiée depuis le transcript._

« J’aimerais que vous approfondissiez l’impact de l’usage de TikTok sur la santé mentale des jeunes, que vous observez. »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr12b, 2025-05-16)

_Question d'ouverture de la rapporteure : elle oriente l'audition vers la santé mentale et les effets sur l'attention/concentration liés aux vidéos très courtes._

« Après cinq minutes d’utilisation d’écrans en salle d’attente, leur capacité d’attention est considérablement altérée, nécessitant des adaptations pendant la consultation. »

Baptiste Carreira Mellier — psychologue et neuropsychologue (audite, audition de Mme Marion Joud, 2025-05-22)

_Observation clinique sur l'effet à court terme des écrans sur l'attention de jeunes patients. Constat individuel de cabinet, non protocolé._

« La surexposition aux écrans affecte le neurodéveloppement et la plasticité cérébrale, favorisant ainsi la vulnérabilité. »

Jean-Marcel Mourgues — Conseil national de l'ordre des médecins (CNOM) (audite, audition de Mme Marion Joud, 2025-05-22)

_Affirmation du CNOM sur un effet neurodéveloppemental de la surexposition aux écrans. Présentée comme un fait par l'intervenant ; sert de fondement à sa demande d'agir dès la petite enfance._

« Ils ont également pour effet d’enfermer l’utilisateur dans une bulle informationnelle en resserrant les contenus proposés sur les centres d’intérêt identifiés. De ce fait, les réseaux focalisent l’attention et limitent la curiosité intellectuelle par effet d’entonnoir. »

Bernard Basset — Association Addictions France (audite, audition de M. Franck Lecas, 2025-05-26)

_Décrit l'enfermement algorithmique (bulle, entonnoir) comme effet cognitif ; analyse de l'association, non une mesure établie._

« j’ai observé empiriquement une certaine baisse d’empathie chez les élèves, potentiellement liée à l’exposition à des contenus non hiérarchisés sur la plateforme. »

Morgan Lechat — Monsieurlechat (audite, audition cr21d, 2025-06-03)

_Observation empirique personnelle d'un enseignant, présentée avec prudence (« potentiellement liée ») ; corrélation supposée, non un lien de causalité établi._

« Les jeunes identifient particulièrement les formats de vidéo ( shorts, reels ) comme problématiques et intrinsèquement addictifs. »

Angélique Gozlan — OPEN (audite, audition cr24a, 2025-06-10)

_Restitue le diagnostic des adolescents eux-mêmes : c'est le format court, pas TikTok en particulier, qui est vécu comme addictif._

« Une autre décrit ces plateformes comme « un boîtier hypnotisant », constatant son incapacité à maintenir sa concentration sur des formats plus longs après avoir consommé une série de contenus courts. »

Angélique Gozlan — OPEN (audite, audition cr24a, 2025-06-10)

_Témoignage d'adolescente rapporté par Gozlan sur l'effet du format court sur l'attention ; ressenti subjectif, non mesure clinique._

« Pendant que nous parlons, combien d’enfants en France et dans le monde sont, à bas bruit, en train de regarder un contenu pornographique ou choquant sur un réseau social qui crée leur algorithme ? Combien sont en train de s’abrutir ? Si nous avions les chiffres réels, nous rentrerions tous chez nous la boule au ventre. »

Laurent Marcangeli (audite, audition cr29a, 2025-06-19)

_Formule d’alerte rhétorique sur l’exposition en temps réel des mineurs à des contenus nocifs ; dramatise l’urgence, sans chiffre précis (« si nous avions les chiffres réels »)._