La part du citoyen

Doctrine & géopolitique de la souveraineté

Choisir ses dépendances et interdépendance technologique

Le corpus fait apparaître un constat largement partagé : l'autonomie numérique totale est hors d'atteinte. Selon M. Aiman Ezzat (Capgemini, M. Aiman Ezzat), « dans un monde numérique globalisé et hyperconnecté, l'autonomie totale est une illusion. Aucun pays n'est réellement souverain », et « l'interdépendance est la seule règle du jeu possible ». Il chiffre la dépendance européenne : « plus de 80 % des produits, des services, des infrastructures et des propriétés intellectuelles numériques sont importés ». De ce diagnostic, il tire sa formule-signature : « être souverain, c'est avoir la capacité de choisir ses dépendances » — déplaçant la souveraineté de l'autonomie vers la gestion assumée de l'interdépendance.

M. Henri Verdier (Fondation Inria, M. Henri Verdier) partage le refus de l'autarcie et vise une « autonomie stratégique par rééquilibrage des rapports de force », appuyée sur quatre leviers cumulables (start-up, intégration nationale, régulation, standards ouverts). Il déplace toutefois l'accent : la souveraineté ne se réduit pas à remplacer un monopole étranger par un monopole national — « il ne suffit pas de changer la nationalité du tyran » — et suppose de garder la « capacité d'exclure ou de déconnecter » les acteurs. Il cite le modèle indien, où le contrôle public de l'infrastructure prime sur l'éviction des acteurs privés, et relativise le risque de fuite des data centers, « infrastructures physiques lourdes » peu susceptibles de « quitter le territoire du jour au lendemain ».

Un clivage apparaît sur la faisabilité de l'indépendance de fait. M. Nicolas Vivant (Échirolles, Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre) apporte une preuve empirique inverse : « nous n'avons plus aucune dépendance envers les grands acteurs de la tech comme Microsoft, Google, Amazon ou Oracle », et invoque une étude du RIPE montrant que le réseau internet ukrainien « n'est jamais tombé » — la décentralisation comme garantie de résilience, y compris en guerre. M. Renaud Chaput (Mastodon, Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre) rappelle que le scénario de coupure n'est plus théorique : la Commission européenne aurait simulé « ce qui se produirait si l'État américain ordonnait aux sociétés américaines de fermer leurs services en Europe ».

Le corpus pointe un verrou juridique concret. Selon M. Edward Jossa (Ugap, des acheteurs publics), les centrales d'achat peuvent fournir vite des alternatives mais ne peuvent pas exclure une solution : « sur quelle base juridique je peux décider du jour au lendemain d'interdire à mes distributeurs d'utiliser telle ou telle solution ? ». La commande publique interdisant de discriminer par l'origine, il faudrait un règlement européen (type NZIA ou réciprocité) pour le permettre.

Deux nuances complètent le tableau. M. Henri d'Agrain (Cigref, M. Henri d’Agrain) requalifie la dépendance passée non en naïveté mais en « impensé » collectif. Et le débat européen reste non consensuel : M. Arnaud Le Gall (LFI-NFP, M. Henri Verdier) rapporte le mot de Guillaume Poupard selon lequel, pour certains partenaires européens, « la souveraineté est un gros mot ».

Qui en parle

Interventions regroupées (15 citations · 5 auditions)

Domaine : Doctrine & géopolitique de la souveraineté · Sujet : dependances-choisies

Couverture : 15 citations · 3 positions · 5 auditions

_Slugs bruts fusionnés : souverainete-choisir-dependances, interdependance-technologique, dependance-technologique, resilience-capacite-exclusion, resilience-decentralisation, autonomie-strategique_

Positions exprimées

  • M. Aiman Ezzat (M. Aiman Ezzat) : L'autonomie numérique totale est une illusion ; être souverain, c'est comprendre et choisir ses dépendances pour passer de la dépendance à l'interdépendance maîtrisée. _(tranchant 4)_
  • (table ronde) (des acheteurs publics) : Les centrales peuvent fournir vite des alternatives, mais elles ne peuvent pas exclure juridiquement une solution sans base legale : la commande publique interdit de discriminer par l'origine, il faut un reglement europeen (type NZIA ou reciprocite) pour le permettre. _(tranchant 4)_
  • M. Henri Verdier (M. Henri Verdier) : Il faut viser une autonomie stratégique par rééquilibrage des rapports de force, pas l'autarcie ni des filières strictement nationales ; quatre leviers cumulables : start-up, intégration nationale, régulation, standards ouverts. _(tranchant 3)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Il ne suffit pas de changer la nationalité du tyran. »

Henri Verdier — Fondation Inria (audite, audition de M. Henri Verdier, 2026-03-10)

_Ligne de crête de toute son intervention : la souveraineté ne se réduit pas à remplacer un monopole étranger par un monopole national ; la régulation des monopoles reste impérative._

« Google garde une part de marché majoritaire, mais ne possède ni les données ni l'infrastructure et n'a donc pas la capacité d'exclure ou de déconnecter les autres acteurs. »

Henri Verdier — Fondation Inria (audite, audition de M. Henri Verdier, 2026-03-10)

_Décrit précisément le modèle indien d'infrastructures publiques : la souveraineté vient du contrôle public de l'infrastructure et non de l'éviction des acteurs privés._

« le président Trump avait transformé les Britanniques en Européens et les Européens en gaullistes. »

Henri Verdier — Fondation Inria (audite, audition de M. Henri Verdier, 2026-03-10)

_Formule rapportée d'un homologue européen qui illustre le basculement des opinions européennes vers la souveraineté sous l'effet Trump._

« En ce qui concerne les data centers, le risque qu'ils quittent le territoire du jour au lendemain est assez peu élevé car ce sont des infrastructures physiques lourdes. »

Henri Verdier — Fondation Inria (audite, audition de M. Henri Verdier, 2026-03-10)

_Nuance sur les investissements étrangers dans les data centers : leur ancrage physique limite le risque de fuite immédiate._

« Guillaume Poupard avait répondu que, pour une partie de nos partenaires européens, « la souveraineté est un gros mot ». »

Arnaud Le Gall — LFI-NFP (depute, audition de M. Henri Verdier, 2026-03-10)

_Rapportée par le député pour souligner l'absence de consensus européen sur la souveraineté et l'affaiblissement du label de cloud souverain._

« Qu’on se le dise : être souverain, c’est avoir la capacité de choisir ses dépendances. »

M. Aiman Ezzat — Capgemini (audite, audition de M. Aiman Ezzat, 2026-03-26)

_Formule-signature de l'audition, qui déplace la souveraineté de l'autonomie vers la gestion assumée des dépendances — thèse centrale de Capgemini._

« Dans un monde numérique globalisé et hyperconnecté, l’autonomie totale est une illusion. Aucun pays n’est réellement souverain. »

M. Aiman Ezzat — Capgemini (audite, audition de M. Aiman Ezzat, 2026-03-26)

_Pose le cadre réaliste/pragmatique qui structure tout le propos : refus de l'autonomie totale au profit de l'interdépendance._

« L’interdépendance est la seule règle du jeu possible. »

M. Aiman Ezzat — Capgemini (audite, audition de M. Aiman Ezzat, 2026-03-26)

_Résume la doctrine Capgemini appliquée aux chaînes physiques (puces) : l'interdépendance érigée en fatalité structurelle._

« plus de 80 % des produits, des services, des infrastructures et des propriétés intellectuelles numériques sont importés. »

M. Aiman Ezzat — Capgemini (audite, audition de M. Aiman Ezzat, 2026-03-26)

_Chiffre-constat sur la dépendance numérique européenne, qui fonde le diagnostic de vulnérabilité partagé avec la commission._

« La question est de savoir sur quelle base juridique je peux décider du jour au lendemain d’interdire à mes distributeurs d’utiliser telle ou telle solution. »

Edward Jossa — Ugap (audite, audition de des acheteurs publics, 2026-04-09)

_Coeur du probleme : les centrales peuvent fournir des alternatives mais ne peuvent pas exclure une solution etrangere sans fondement juridique — la commande publique ne permet pas de discriminer par l'origine._

« Il ne s’agissait pas tant de naïveté que d’un impensé ; la question ne se posait pas réellement il y a dix ans. »

M. Henri d’Agrain — Cigref (audite, audition de M. Henri d’Agrain, 2026-04-30)

_Nuance intéressante sur la responsabilité des dirigeants européens : non pas naïveté mais angle mort collectif._

« nous n'avons plus aucune dépendance envers les grands acteurs de la tech comme Microsoft, Google, Amazon ou Oracle »

Nicolas Vivant — France numérique libre / Échirolles (audite, audition de Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre, 2026-05-06)

_Preuve empirique qu'une collectivité peut éliminer toute dépendance aux GAFAM sur la durée d'un mandat._

« explorant ce qui se produirait si l'État américain ordonnait aux sociétés américaines de fermer leurs services en Europe et comment les États pourraient alors reprendre le contrôle »

Renaud Chaput — Mastodon (audite, audition de Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre, 2026-05-06)

_Montre que la souveraineté n'est plus théorique : la Commission européenne simule un scénario de coupure des services américains._

« Une étude du Ripe (réseau IP européen) sur la résilience de l'internet en Ukraine en situation de guerre a montré que le réseau n'est jamais tombé. »

Nicolas Vivant — France numérique libre / Échirolles (audite, audition de Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre, 2026-05-06)

_Preuve par l'exemple extrême que la décentralisation garantit la résilience de l'infrastructure, y compris en guerre._

« Mastodon a commencé comme un projet technique, mais c'est aujourd'hui un projet politique. »

Renaud Chaput — Mastodon (audite, audition de Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre, 2026-05-06)

_Affirme que les choix d'architecture logicielle (interopérabilité, décentralisation) sont devenus des enjeux démocratiques._