Vente d'Alstom à General Electric et turbines Arabelle
La vente des activités énergie d'Alstom à General Electric (GE) apparaît dans le corpus comme l'un des dossiers les plus clivants de la politique industrielle énergétique. Six auditions l'abordent, avec des appréciations diamétralement opposées sur sa justification.
Un premier point fait l'objet d'un large consensus implicite : Alstom constituait un fleuron industriel national dont l'avenir touchait directement la souveraineté énergétique, notamment via les turbines (dont l'Arabelle pour le nucléaire). Au-delà, les positions divergent fortement.
Une ligne critique conteste l'opportunité même de la cession. M. Arnaud Montebourg (M. Arnaud Montebourg) estime que la vente « aurait pu et dû être évitée » au nom de la souveraineté et l'attribue à un chantage américain et à la déloyauté du dirigeant d'Alstom, Patrick Kron : « M. Kron a menti au Gouvernement : il venait le chercher quand il avait besoin de lui mais il a omis de l'informer qu'une puissance étrangère manœuvrait en coulisses pour racheter les deux tiers de son chiffre d'affaires. » Il qualifie l'opération de « trahison de la France » dont « le tarif [...] est compris entre 10 et 15 millions d'euros ». Dans le même registre, Mme Virginie Neumayer (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) parle d'une branche énergie « saccagée » et alerte sur la perte de souveraineté jusque dans les composants des futurs SMR, indiquant que, « dans le cadre du rachat de Steam, les turbines utiles pour se doter de SMR à l'avenir pourraient être produites en Inde ».
À l'opposé, plusieurs intervenants défendent le bien-fondé de la vente. M. François Hollande (M. François Hollande) juge que « le choix de General Electric était le bon » face à Siemens, qu'il a été pris sans influence étrangère, et que la seule alternative crédible était la nationalisation d'Alstom. M. Manuel Valls (M. Manuel Valls) considère la cession justifiée, GE étant selon lui le meilleur partenaire et le choix bon sur les plans financier, de l'emploi et technique : « il fallait le meilleur partenaire possible, celui qui était le plus compatible avec Alstom. » M. Luc Rémont (M. Luc Rémont) y voit « la seule solution industrielle réaliste » compte tenu de l'affaiblissement d'Alstom et de la chute du marché des turbines, GE étant un partenaire historique de la France.
Un clivage distinct, antérieur, porte sur Alstom T&D : Mme Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) qualifie la vente forcée de cette activité par l'État d'« erreur stratégique », évoquant la perte d'« un tiers d'activité stabilisateur », et défend la gestion d'Areva en estimant que la branche s'était « profondément améliorée » et qu'Areva n'a pas réalisé de gain indu.
Le corpus oppose ainsi deux lectures : une faute de souveraineté évitable (Montebourg, Neumayer) contre une décision industrielle justifiée faute de mieux (Hollande, Valls, Rémont), Lauvergeon ajoutant un grief sur le volet T&D.
Qui en parle
- M. Arnaud Montebourg (M. Arnaud Montebourg) : vente évitable, dénonce un chantage américain et la déloyauté de Kron.
- Mme Virginie Neumayer (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) : branche énergie « saccagée », perte de souveraineté jusqu'aux SMR.
- M. François Hollande (M. François Hollande) : choix de GE le bon, sans influence étrangère, seule alternative = nationalisation.
- M. Manuel Valls (M. Manuel Valls) : vente justifiée, GE meilleur partenaire (financier, emploi, technique).
- M. Luc Rémont (M. Luc Rémont) : seule solution industrielle réaliste, GE partenaire historique.
- Mme Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) : la vente forcée d'Alstom T&D fut une erreur stratégique.