Domaine : Gouvernance, rôle de l'État et stratégie énergétique · Sujet : expertise-decision-politique
Couverture : 22 citations · 10 positions · 7 auditions
_Slugs bruts fusionnés : expertise-decision-politique, instruction-scientifique-dossiers, deni-science-decision-politique, methode-faits-avant-decision, niveau-scientifique-decideurs, endogamie-experts-independants, politisation-expertise, competences-conseillers-techniques, manque-information-ministre, transparence-information-ministre, separation-expert-decideur_
Positions exprimées
- M. Yves Bréchet (M. Yves Bréchet) : L'analyse scientifique et technique a déserté la décision publique ; il faut repenser de fond en comble l'instruction des dossiers politiques sur le modèle des QER/QTR américains. _(tranchant 3)_
- M. Yves Bréchet (M. Yves Bréchet) : Les responsables du désastre sont à chercher dans les cabinets et la haute administration incompétents et courtisans, pas chez les anciens ministres médiatiques. _(tranchant 3)_
- Mme Delphine Batho (Mme Delphine Batho) : La decision politique francaise ne se fonde pas sur la science ni sur les limites planetaires ; le declarer relatif au climat (TotalEnergies) est du climato-obscurantisme criminel. _(tranchant 3)_
- M. Nicolas Hulot (M. Nicolas Hulot) : Le ministre manquait d'informations fiables et concordantes (couts, demantelement, prolongations), ce qui rendait toute decision difficile ; ce deficit est une cause structurelle des reports. _(tranchant 3)_
- M. Benoît Ribadeau-Dumas (M. Benoît Ribadeau-Dumas) : Il faut établir les faits scientifiques et techniques avant de prendre les décisions politiques, plutôt que poser des totems puis tordre la réalité ; le report de la décision nucléaire à 2021 relève de cette exigence et non de l'inaction. _(tranchant 2)_
- M. Benoît Ribadeau-Dumas (M. Benoît Ribadeau-Dumas) : L'expertise administrative est de plus en plus politisée ; chaque administration doit présenter des faits objectifs sans se cantonner aux conclusions qui arrangent ses présupposés, et il manque un lieu neutre fournissant les faits aux décideurs. _(tranchant 2)_
- M. François de Rugy (M. François de Rugy) : Le procès en incompétence fait aux politiques par certains experts est un faux débat ; le pouvoir politique, seul responsable devant les citoyens, doit avoir le dernier mot face à des acteurs qui ne rendent de comptes à personne. _(tranchant 2)_
- Mme Catherine Cesarsky (Mme Catherine Cesarsky) : Le niveau de connaissance scientifique des parlementaires et l'acces des decideurs a la science se sont franchement degrades. _(tranchant 1)_
- M. Jean-Christophe Niel (M. Jean-Christophe Niel) : La séparation entre l'expert et le décideur est un acquis non négociable, fruit d'une longue histoire de crises (Tchernobyl, vache folle, sang contaminé), à maintenir nette même si les deux relèvent demain de la même organisation. _(tranchant 1)_
- M. Jean-Christophe Niel (M. Jean-Christophe Niel) : Le système français est très centralisé avec peu d'acteurs, ce qui est à la fois une force et une faiblesse ; l'IRSN reconnaît l'importance des points de vue décalés et des experts non institutionnels et est disposé à accroître ces relations. _(tranchant 0)_
Citations (verbatim, sourcées)
« Ces constatations sont autant de signes que l’analyse scientifique et technique a déserté les rouages décisionnels de l’État sur ces sujets. »
— M. Yves Bréchet (audite, audition de M. Yves Bréchet, 2022-11-29)
_Thèse de fond de l'audition : le vrai problème dépasse le nucléaire, c'est la désertion de l'expertise dans la décision publique._
« Au-delà des anciens ministres que vous pouvez auditionner pour le fun en étant à peu près certain de n’avoir que des effets de manche, c’est dans la structure des cabinets et de la haute administration, qui sont censés analyser les dossiers pour instruire les décisions politiques, qu’il faut chercher les rouages de la machine infernale qui détruit mécaniquement notre souveraineté énergétique et industrielle. »
— M. Yves Bréchet (audite, audition de M. Yves Bréchet, 2022-11-29)
_Réoriente l'enquête : les responsables ne sont pas les ministres médiatiques mais les cabinets et la haute administration._
« Trop souvent, leur préoccupation première est de ne dire à leur ministre que ce qu’il a envie d’entendre, pour ne pas nuire à leur carrière à venir. »
— M. Yves Bréchet (audite, audition de M. Yves Bréchet, 2022-11-29)
_Mécanisme précis de la défaillance : la courtisanerie des conseillers prime sur la vérité technique._
« L’arrêt du programme Astrid a été pris au plus haut niveau de l’exécutif, par le Président de la République et le Premier ministre. Toutes les informations étaient disponibles et ont été sciemment ignorées. »
— M. Yves Bréchet (audite, audition de M. Yves Bréchet, 2022-11-29)
_Établit la responsabilité au sommet de l'exécutif et le caractère délibéré de l'ignorance des données techniques._
« la politique énergétique du pays a été décidée par un canard sans tête. La chaîne de décision publique est désastreuse. »
— M. Yves Bréchet (audite, audition de M. Yves Bréchet, 2022-11-29)
_Formule lapidaire sur l'absence de pilotage cohérent de la politique énergétique._
« Quand j’ai essayé d’expliquer cela, dans un ministère, à un zozo dont j’ai oublié le nom – heureusement pour lui –, il m’a répondu : « Mais si on a besoin de cette technologie, monsieur, on l’achètera aux Chinois ! » C’est ça, la souveraineté nationale dont j’entendais parler dans les ministères ! »
— M. Yves Bréchet (audite, audition de M. Yves Bréchet, 2022-11-29)
_Anecdote saisissante sur l'absence de réflexe de souveraineté dans l'administration._
« On répond aux exigences du jour avec les technologies disponibles, on prépare l’avenir par la recherche, on réalise aujourd’hui par les investissements qui ont été décidés hier. »
— M. Yves Bréchet (audite, audition de M. Yves Bréchet, 2022-11-29)
_Synthèse de sa doctrine de la temporalité des actions énergétiques, opposée à la politique d'annonces._
« Il faut arrêter de fabriquer des « ingénieurs plantes vertes » là où cela fait joli, et dire à ceux qui ont reçu un enseignement gratuit qu’ils doivent quelque chose à leur pays. »
— M. Yves Bréchet (audite, audition de M. Yves Bréchet, 2022-11-29)
_Plaidoyer pour la formation technique réelle et le sens du devoir public des élites._
« le niveau de connaissance des parlementaires sur ce sujet – excusez-moi si vous en faisiez partie – s’était franchement dégradé par rapport à ce que j’avais pu connaître par le passé. »
— Catherine Cesarsky (audite, audition de Mme Catherine Cesarsky, 2023-01-12)
_Critique frontale, adressee aux parlementaires eux-memes, de la baisse du niveau de connaissance scientifique._
« Christine Lagarde comprenait tout. Valérie Pécresse était au top. Idem pour Nathalie Kosciuszko-Morizet. Les femmes étaient très informées et s’efforçaient vraiment de comprendre. Je n’en dirais pas tant de tous les hommes. »
— Catherine Cesarsky (audite, audition de Mme Catherine Cesarsky, 2023-01-12)
_Jugement nominatif et genre sur la competence des ministres face aux dossiers techniques._
« En synthèse, nous avons choisi d’établir des faits qui serviraient de support aux choix politiques plutôt que de poser ceux-ci d’abord, et devoir tordre la réalité ensuite. »
— M. Benoît Ribadeau-Dumas (audite, audition de M. Benoît Ribadeau-Dumas, 2023-01-19)
_Résume la doctrine de méthode revendiquée par le cabinet : primauté des faits sur les totems politiques._
« Nous ne pouvons pas admettre qu'il soit demandé aux sachants de se taire ou de modifier leurs résultats, car leurs conclusions déplaisent. »
— M. Benoît Ribadeau-Dumas (audite, audition de M. Benoît Ribadeau-Dumas, 2023-01-19)
_Alerte forte sur la politisation de l'expertise administrative, thème transversal de l'audition._
« il est nécessaire de reconfigurer la politique énergétique en fonction des circonstances plutôt que de s’enfermer dans de grands totems. »
— M. Benoît Ribadeau-Dumas (audite, audition de M. Benoît Ribadeau-Dumas, 2023-01-19)
_Conclusion du propos liminaire condensant la philosophie pragmatique défendue._
« M. Yves Bréchet nous a indiqué qu’il avait remis un dossier en 2018 qui n’a visiblement pas été lu. Celui-ci précisait qu’il n’était pas judicieux de fermer les centrales à charbon ou nucléaires avant d’avoir ouvert les six réacteurs en construction. »
— M. Francis Dubois — LR (depute, audition de M. Benoît Ribadeau-Dumas, 2023-01-19)
_Confronte l'auditionné à un avis expert ignoré, attaquant la méthode revendiquée d'écoute des faits._
« Aussi, quand TotalEnergies affirme devant votre commission d'enquête qu'il n'y a pas de problème de souveraineté pour la France, ou encore qu'il compte continuer d'exploiter les énergies fossiles à leur niveau actuel, permettez-moi de dire, en tant que membre de la représentation nationale, que c'est du climato-obscurantisme et que c'est criminel. »
— Mme Delphine Batho (audite, audition de Mme Delphine Batho, 2023-02-09)
_Attaque directe et tranchee contre TotalEnergies, accusee de climato-obscurantisme criminel._
« Notre système est très centralisé. Il y a peu d’acteurs. »
— M. Jean-Christophe Niel (audite, audition de M. Jean-Christophe Niel, 2023-02-16)
_Caractérisation du modèle français comme à la fois force et faiblesse, au coeur des questions de souveraineté._
« Les universités françaises travaillent très peu sur ces sujets. »
— M. Jean-Christophe Niel (audite, audition de M. Jean-Christophe Niel, 2023-02-16)
_Souligne une faiblesse structurelle de la base de compétences nucléaires françaises comparée aux États-Unis._
« Séparer l’expert du décideur est le résultat d’une longue histoire qui commence avec Tchernobyl et se poursuit avec les grandes crises sanitaires des années 1990 – vache folle, sang contaminé. »
— M. Jean-Christophe Niel (audite, audition de M. Jean-Christophe Niel, 2023-02-16)
_Ancre le principe de séparation dans une généalogie des crises, argument contre sa remise en cause._
« Je n’ai jamais vu un dirigeant d’EDF antinucléaire. »
— M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)
_Détruit la thèse d'un sabotage antinucléaire de la filière par le pouvoir ou ses opérateurs._
« Mieux vaut donc sortir tout de suite de ce faux débat sur le fait qu’il y aurait les bons et les méchants, les incompétents qui seraient les politiques, et les compétents qui seraient les experts, les scientifiques, les hauts commissaires. »
— M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)
_Réponse frontale aux experts (Bréchet) qui accusent les politiques d'incompétence._
« il y avait une forme d’État dans l’État, où les ministres n’étaient pas forcément informés de façon fiable, honnête, de bonne foi par un certain nombre d’acteurs qui se considéraient comme pouvant agir en propre sans avoir de compte à rendre aux décideurs politiques. Une partie des problèmes actuels vient de là »
— M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)
_Accusation grave : une partie des problèmes actuels vient d'un défaut de contrôle politique sur la filière._
« Vous êtes parlementaires, une fois que vous avez débattu et que vous procédez à des votes, vous êtes détenteurs de la définition de l’intérêt général. Ce n’est le cas, ni de la direction, ni des syndicats d’EDF. »
— M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)
_Affirmation de la primauté démocratique du Parlement sur les acteurs sectoriels et syndicaux._