Intermittence des renouvelables et besoin de flexibilité
Sur ce sujet, le corpus dégage un constat largement partagé : l'éolien et le solaire, par nature intermittents, ne peuvent fonctionner seuls et doivent être adossés à des moyens capables de gérer la variabilité de la production et les pointes de consommation. Les intervenants convergent aussi sur une mise en garde méthodologique : il est trompeur de comparer les filières sans tenir compte de leur productivité réelle. Selon M. François Brottes (M. François Brottes), comparer les puissances installées « sans considérer leur réelle productivité, leur disponibilité ou leur puissance délivrée est une fable ». M. Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) prolonge cet argument côté coûts : « il faut se garder par-dessus tout de comparer directement les coûts complets des énergies renouvelables à ceux de l'hydraulique ou du nucléaire car ils n'offrent pas le même service. »
Un deuxième point fait consensus technique : la physique du réseau (fréquence, tension, courant) exige des moyens pilotables. Selon M. André Merlin (M. André Merlin), « il est irréaliste d'envisager un mix électrique entièrement renouvelable sans stockage. » Ce besoin de pilotabilité et de flexibilité (stockage, batteries, hydraulique, gaz, hydrogène, flexibilités de consommation) est repris par plusieurs intervenants.
Le clivage porte sur la place respective du nucléaire et des renouvelables, et sur le rôle de la flexibilité gazière. D'un côté, une lecture centrée sur un socle pilotable : M. Eric Besson (M. Eric Besson) chiffre la doctrine à « un socle pilotable, stable et sûr, que l'on peut estimer à 70 % », essentiellement nucléaire et hydroélectrique, en cantonnant explicitement les renouvelables à « un rôle d'appoint ». M. Brottes (M. François Brottes) juge le nucléaire pilotable « irremplaçable » tout en estimant la diversification nécessaire ; M. Bensasson (M. Bruno Bensasson) considère l'intermittence « gérable » dès lors que les renouvelables sont intégrés à un mix avec moyens pilotables, stockage et flexibilités.
De l'autre, une critique de la foi française dans le tout-nucléaire et un plaidoyer pour des dispositifs flexibles, notamment gaziers. M. Patrick Pouyanné (M. Patrick Pouyanné) rappelle une limite technique : « Le nucléaire, en France, est une base d'électricité peu flexible. Il est difficile d'ajuster la production d'une centrale nucléaire, contrairement à celle d'une centrale à gaz. » M. Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet) va plus loin en s'appuyant sur la crise de disponibilité de l'hiver 2022 : si la France limite les dégâts, « ce sera grâce aux centrales à charbon, à gaz et à énergies renouvelables qui permettront de pallier les défaillances de presque la moitié de notre parc nucléaire. » Il avance un argument économique contre le surdimensionnement du nucléaire pour les pointes : produire de l'électricité qui « ne servira que durant les épisodes hivernaux les plus rigoureux, soit deux ou trois jours par an », n'est « pas raisonnable », d'où le « besoin de dispositifs flexibles ».
Points saillants : un socle pilotable estimé à 70 % (Besson), une production de pointe utile seulement « deux ou trois jours par an » (Sauquet), et un parc nucléaire dont « presque la moitié » est indisponible à l'hiver 2022 (Sauquet).
Qui en parle
- M. Eric Besson (M. Eric Besson) : socle pilotable et sûr à 70 %, nucléaire et hydraulique au cœur, renouvelables en appoint.
- M. André Merlin (M. André Merlin) : un mix 100 % renouvelable sans stockage est irréaliste, la physique du réseau impose des moyens pilotables.
- M. François Brottes (M. François Brottes) : nucléaire pilotable irremplaçable, mais diversification nécessaire ; comparer les puissances installées sans facteurs de charge est une « fable ».
- M. Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) : intermittence gérable dans un mix avec pilotables, stockage et flexibilités ; prudence sur les comparaisons de coûts.
- M. Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet) : critique du tout-nucléaire, plaidoyer pour des dispositifs flexibles (gaz verdi, batteries, biogaz, hydrogène) plutôt que de surdimensionner le nucléaire.
- M. Patrick Pouyanné (M. Patrick Pouyanné) : le nucléaire est une base peu flexible, d'où le recours au gaz comme complément.