Inflation Reduction Act et réindustrialisation
L'Inflation Reduction Act (IRA) américain et la réindustrialisation traversent les auditions comme un même fil : face à la crise énergétique, l'Europe craint un décrochage industriel et hésite sur la réponse à apporter.
Un constat largement partagé : un risque de désindustrialisation. Plusieurs intervenants alertent sur la fragilité des industries européennes. Selon M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega (M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega), « nous sommes aujourd'hui confrontés à un risque de désindustrialisation accélérée, parce que les industries énergo-intensives ne pourront bientôt plus continuer à produire en Europe ». Il précise que la baisse de la demande de gaz observée « est liée à une destruction de la demande (fermeture de certaines usines, réduction de production dans d'autres) et non pas à des économies d'énergie », autrement dit le signe d'une crise et non d'une vertu. M. Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet) partage le diagnostic de compétitivité : « à l'avenir, l'Europe va donc payer structurellement son énergie plus cher, et il y aura des délocalisations d'entreprises », les États-Unis ayant « un avantage structurel » en développant les renouvelables sans démanteler d'abord le fossile.
L'IRA, modèle ou menace ? Mme Nathalie Kosciusko-Morizet (Mme Nathalie Kosciusko-Morizet) présente l'IRA comme un modèle de couplage entre soutien public massif, critères de localisation et visibilité de long terme : le dispositif octroie « 3 dollars par kilo d'hydrogène vert produit, avec un engagement pour dix ans envers les producteurs ». M. Eyl-Mazzega (M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega) appelle l'Europe à répondre par un « plan Schuman, pour sauver et développer nos industries », afin d'éviter une guerre de subventions fragmentant l'UE.
Les clivages. Les intervenants divergent sur l'inéluctabilité de la désindustrialisation et sur le protectionnisme. M. Eyl-Mazzega (M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega) juge qu'« une certaine désindustrialisation et délocalisation est inévitable et pas forcément un drame », à condition de l'anticiper. M. Bensasson (M. Bruno Bensasson) estime une filière solaire souveraine possible mais coûteuse, « à l'image de l'IRA » et de l'Inde, tout en mettant en garde contre un protectionnisme « dont le coût serait exorbitant ». Il chiffre la difficulté : « EDF, à travers Photowatt, perd régulièrement de l'ordre de 30 millions d'euros par an depuis dix ans », et rappelle la dépendance — « la Chine, pour 95 % des panneaux, et les États-Unis pour 5 % ».
Chiffres et points saillants. M. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) chiffre l'effort français : « nous consacrons notamment dans le plan France 2030 4 milliards d'euros à l'émergence de filières de production en France » (renouvelables, hydrogène, nucléaire). Mme Stéphanie Dupuy-Lyon (Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) plaide pour intégrer la mine et la forêt à France 2030, moins « waouh » que « l'avion vert et l'hydrogène » mais essentielles. M. Sauquet (M. Philippe Sauquet) révise à la hausse le coût du nouveau nucléaire (prix garanti « de plus de 100 euros par mégawattheure » à Hinkley Point).
Qui en parle
- M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega (IFRI, M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega) : alerte sur la désindustrialisation accélérée ; appelle à un « plan Schuman » européen face à l'IRA ; désindustrialisation à anticiper plutôt qu'à subir.
- M. Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet) : désavantage structurel de compétitivité européenne ; énergie plus chère et délocalisations ; coût élevé du nouveau nucléaire.
- M. Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) : filière solaire souveraine possible mais coûteuse, à l'image de l'IRA ; prudence sur le protectionnisme ; dépendance à la Chine (95 %).
- Mme Nathalie Kosciusko-Morizet (Mme Nathalie Kosciusko-Morizet) : IRA comme modèle de soutien public, localisation et visibilité longue (3 $/kg d'hydrogène, dix ans).
- M. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) : effort public France 2030 (4 milliards d'euros) sur les filières bas carbone.
- Mme Stéphanie Dupuy-Lyon (Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) : place de la mine et de la forêt dans la réindustrialisation, face aux technologies vitrines.