La part du citoyen

Marché de l'électricité, ARENH et prix

Loi NOME et commission Champsaur

La loi NOME du 7 décembre 2010 (nouvelle organisation du marché de l'électricité) et son mécanisme d'accès régulé à l'électricité nucléaire historique (ARENH) figurent parmi les sujets les plus clivants du corpus. Le dispositif oblige EDF à céder une part de sa production nucléaire à ses concurrents à un prix régulé. Sur la genèse chiffrée du prix, le corpus est concordant : selon M. Jean-Louis Borloo (M. Jean-Louis Borloo), « la commission Champsaur avait suggéré un prix à 32 ou 34 euros le mégawattheure », la CRE « un tarif à 36 ou 38 euros », avant qu'« à la suite du débat parlementaire, ce prix [soit] fixé à 40 euros, augmenté à 42 euros après l'incident de Fukushima ». Plusieurs intervenants relèvent aussi que le volume cédé représentait 25 % de la production nucléaire d'EDF.

Le principal clivage porte sur la responsabilité de la loi dans l'affaiblissement d'EDF et de la filière nucléaire. Un premier camp en fait une cause majeure. Pour M. Henri Proglio (M. Henri Proglio), la loi visait à « imposer à EDF la vente à prix cassé de 25 % de sa production électronucléaire à ses propres concurrents », avec ce constat ironique : « nos concurrents sont devenus riches ». M. Jean-Bernard Lévy (M. Jean-Bernard Lévy) résume sa thèse : « l'Arenh est un poison pour EDF », et y voit la cause du recours inédit au contribuable, « la première fois […] peut-être même depuis la création d'EDF en 1946, que le contribuable vient sortir l'entreprise nationale d'une situation créée par une mauvaise loi ». M. François Hollande (M. François Hollande) rejoint cette ligne en dénonçant la « mauvaise loi : celle de 2010 », qui aurait permis aux concurrents de « réaliser des superprofits en revendant dix fois plus cher l'électricité qu'ils lui ont achetée ».

À l'opposé, deux anciens responsables défendent le dispositif. M. Eric Besson (M. Eric Besson) estime que « l'ARENH n'est qu'un prétexte » et un bouc émissaire : la loi prévoyait une révision annuelle du prix, et il renvoie la responsabilité aux gouvernements suivants — « pourquoi le prix de l'ARENH est-il en 2023 au même niveau que celui de 2011 alors qu'il devait être revu chaque année ? » Il refuse aussi d'incriminer Bruxelles, jugeant « trop facile et vain de mettre sur le dos de Bruxelles nos propres carences ». M. Nicolas Sarkozy (M. Nicolas Sarkozy) découple la loi du recul nucléaire — « la loi Nome n'a rien à voir avec le démantèlement de la filière nucléaire » — et rattache l'origine de la libéralisation à la gauche, rappelant que les textes d'ouverture à la concurrence furent adoptés « en 2000 et en 2001 » sous M. Jospin.

Un point de débat connexe relie ces choix à la souveraineté : le député Francis Dubois (LR, M. Nicolas Sarkozy) souligne qu'« aujourd'hui, nous ne produisons plus que 240 térawattheures d'électricité nucléaire » et impute la perte de souveraineté aux choix politiques postérieurs au mandat concerné.

Qui en parle

Interventions regroupées (13 citations · 6 auditions)

Domaine : Marché de l'électricité, ARENH et prix · Sujet : loi-nome

Couverture : 13 citations · 5 positions · 6 auditions

_Slugs bruts fusionnés : loi-nome, loi-nome-arenh, cout-arenh-loi-nome, commission-champsaur, couverture-couts-nome_

Positions exprimées

  • M. Henri Proglio (M. Henri Proglio) : La loi NOME a été conçue pour casser EDF en organisant le transfert de 25 % de sa production nucléaire vers ses concurrents. _(tranchant 5)_
  • M. François Hollande (M. François Hollande) : La loi Nome de 2010 et le mécanisme Arenh sont la vraie cause des difficultés d'EDF, une mauvaise loi de la droite favorisant la spéculation des concurrents. _(tranchant 5)_
  • M. Jean-Bernard Lévy (M. Jean-Bernard Lévy) : La loi Nome est une mauvaise loi, cause profonde et durable de l'affaiblissement d'EDF, ayant contraint pour la première fois le contribuable à renflouer l'entreprise. _(tranchant 4)_
  • M. Eric Besson (M. Eric Besson) : L'ARENH n'est qu'un pretexte et un bouc emissaire ; la loi NOME etait un compromis equilibre assume, fixe a 42 euros, qui permettait au gouvernement de reviser le prix chaque annee et de suspendre le dispositif en cas de circonstances exceptionnelles ; les torts incombent aux gouvernements suivants qui ne l'ont pas fait, pas a Bruxelles. _(tranchant 3)_
  • M. Nicolas Sarkozy (M. Nicolas Sarkozy) : La loi Nome et l'Arenh sont des conséquences assumées de l'ouverture européenne à la concurrence engagée dès 1996-2002 ; elles ne sont pas responsables du recul de la filière. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« La deuxième loi géniale est la loi du 7 décembre 2010 sur la nouvelle organisation du marché de l'électricité dite loi NOME, qui consiste à imposer à EDF la vente à prix cassé de 25 % de sa production électronucléaire à ses propres concurrents pour que ces derniers puissent vendre leur énergie aux clients d’EDF. Ce fut une réussite, nos concurrents sont devenus riches. »

M. Henri Proglio (audite, audition de M. Henri Proglio, 2022-12-13)

_Description ironique et frontale du mécanisme Arenh/NOME comme transfert de valeur d'EDF vers ses concurrents._

« Je l’ai dit et répété pendant huit ans, l’Arenh est un poison pour EDF et ce, pour trois raisons. »

M. Jean-Bernard Lévy (audite, audition de M. Jean-Bernard Lévy, 2022-12-14)

_Thèse centrale de l'audition : l'Arenh est désigné comme la cause profonde de l'affaiblissement d'EDF._

« C’est la première fois depuis longtemps, peut-être même depuis la création d’EDF en 1946, que le contribuable vient sortir l’entreprise nationale d’une situation créée par une mauvaise loi. »

M. Jean-Bernard Lévy (audite, audition de M. Jean-Bernard Lévy, 2022-12-14)

_Met sur le compte d'une mauvaise loi (Nome/Arenh) le recours inédit au contribuable pour renflouer EDF._

« La commission Champsaur avait suggéré un prix à 32 ou 34 euros le mégawattheure. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) proposait un tarif à 36 ou 38 euros. À la suite du débat parlementaire, ce prix a été fixé à 40 euros, augmenté à 42 euros après l’incident de Fukushima. »

M. Jean-Louis Borloo (audite, audition de M. Jean-Louis Borloo, 2023-01-26)

_Donne la genese chiffree precise du prix de l'Arenh, point central des debats sur les finances d'EDF._

« Ma conviction personnelle est que l’ARENH n’est qu’un prétexte. »

M. Eric Besson (audite, audition de M. Eric Besson, 2023-02-09)

_Position centrale et contre-courant : disqualifie l'ARENH comme bouc emissaire dans le debat de la commission._

« il est trop facile et vain de mettre sur le dos de Bruxelles nos propres carences et nos propres erreurs de politique énergétique. »

M. Eric Besson (audite, audition de M. Eric Besson, 2023-02-09)

_Renverse la responsabilite : les torts seraient nationaux et non europeens, conclusion de sa longue defense de la loi NOME._

« Pourquoi le prix de l’ARENH est-il en 2023 au même niveau que celui de 2011 alors qu’il devait être revu chaque année ? »

M. Eric Besson (audite, audition de M. Eric Besson, 2023-02-09)

_Renvoie l'accusation aux gouvernements successifs : la loi permettait l'ajustement, il n'a pas ete utilise._

« La loi Nome n’a rien à voir avec le démantèlement de la filière nucléaire. On peut être pour ou contre cette loi, mais qu’on ne me dise pas que l’accord PS-Écolos a été conclu à cause d’elle ! »

Nicolas Sarkozy (audite, audition de M. Nicolas Sarkozy, 2023-03-16)

_Découple sa propre réforme de marché de la responsabilité du recul nucléaire._

« Ces trente textes qui ont ouvert le marché à la concurrence ont été adoptés en 2000 et en 2001. Qui était Premier ministre ? M. Jospin, dans le cadre d’une cohabitation. Dans la vie, il y a des dates et des faits ; c’est embêtant, mais c’est ainsi. »

Nicolas Sarkozy (audite, audition de M. Nicolas Sarkozy, 2023-03-16)

_Renvoie l'origine de la libéralisation à la gauche, antériorité à sa propre loi Nome._

« Aujourd’hui, nous ne produisons plus que 240 térawattheures d’électricité nucléaire : on sent bien que les choix politiques sur le nucléaire ont changé après la fin de votre mandat. C’est ce qui nous a fait perdre notre souveraineté électrique et nous amène à importer désormais de l’électricité. »

Francis Dubois — LR (depute, audition de M. Nicolas Sarkozy, 2023-03-16)

_Le député LR fait le lien explicite entre baisse de production nucléaire post-mandat et perte de souveraineté électrique._

« S’il est en effet une décision qui a été contraire à la filière nucléaire, c’est bien cette loi. »

M. François Hollande (audite, audition de M. François Hollande, 2023-03-16)

_Désigne la loi Nome de 2010 comme la vraie cause des difficultés d'EDF, renvoyant la responsabilité à la droite._

« Ainsi, en l’absence de la moindre capacité de production supplémentaire, les concurrents d’EDF ont pu réaliser des superprofits en revendant dix fois plus cher l’électricité qu’ils lui ont achetée. »

M. François Hollande (audite, audition de M. François Hollande, 2023-03-16)

_Dénonciation du caractère spéculatif et pervers de l'Arenh aux dépens d'EDF._

« Pour la première fois depuis la création d’EDF, c’est-à-dire depuis la Libération, l’État soutenait l’entreprise nationale, et cela à cause d’une mauvaise loi : celle de 2010. »

M. François Hollande (audite, audition de M. François Hollande, 2023-03-16)

_Met en scène son soutien à EDF comme une réparation d'une faute de la droite._