Métaux et matériaux critiques
Le corpus converge sur un constat central : la transition énergétique et numérique fait peser un « mur » de besoins en métaux et matériaux critiques que ni le recyclage ni les seules ressources européennes ne couvriront. Selon Christophe Poinssot (M. Pierre-Franck Chevet e.a.), « l'AIE estime [...] que d'ici 2040, nous aurons besoin de quarante fois plus de lithium, vingt fois plus de nickel ou de cobalt et sept fois plus de terres rares, à fonctions constantes ». Stéphanie Dupuy-Lyon (Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) amplifie l'ordre de grandeur : pour conduire la transition, « nous allons extraire autant de matériaux dans les trente prochaines années que depuis le début de l'humanité ».
Plusieurs intervenants alertent sur un déplacement de la dépendance plutôt que sa disparition. M. Jean-Luc Tavernier (M. Jean-Luc Tavernier) avertit que « notre dépendance aux énergies fossiles risque donc d'être remplacée par une dépendance aux matières premières métalliques ». La table ronde Mme Ketty Attal-Toubert e.a. prolonge l'idée en soulignant un risque de dépendance « équivalente, voire plus concentrée » : Tanguy de Bienassis (Mme Ketty Attal-Toubert e.a.) chiffre que, pour trois métaux, « la part des trois premiers pays producteurs se situe entre 60 et 90 % du commerce global, contre 40 à 50 % pour le pétrole et le gaz ». L'illustration française la plus marquante vient de Christophe Poinssot (M. Pierre-Franck Chevet e.a.) : la transformation des terres rares, dont une usine de La Rochelle assurait 60 % du marché mondial dans les années 1980, est désormais localisée à 99 % en Chine. Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) chiffre de même la dépendance pour les panneaux solaires : la Chine en produit 95 %, les États-Unis 5 %, la production européenne restant faible.
Un clivage porte sur la gravité et l'urgence de cette dépendance. Pour M. David Marchal (M. David Marchal) et Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson), la dépendance aux matériaux n'a pas le caractère immédiat d'une coupure d'énergie fossile : si la Chine restreignait ses exportations de panneaux — « ce qu'elle n'a jamais fait », rappelle Bensasson, les prix baissant de 10 % par an depuis dix ans — « l'impact ne serait pas immédiat ». M. Yves Marignac (M. Yves Marignac) relativise encore : les besoins « restent maîtrisables grâce à la sobriété, l'efficacité et le recyclage », les enjeux venant « davantage de la mobilité et du numérique que des renouvelables » (tranchant 1). À l'inverse, Pierre-Franck Chevet (M. Pierre-Franck Chevet e.a.) nuance la distinction stock/flux soulevée par le rapporteur : si les flux sont moindres que pour les hydrocarbures, « ils représenteront toutefois un défi », le renouvellement des parcs recréant un flux.
L'audition de M. Yves Marignac illustre une tension annexe : Marignac met en cause un « biais culturel » des experts français formés au système nucléaire centralisé, tandis que le président Raphaël Schellenberger (M. Yves Marignac) relève une contradiction interne entre l'impératif d'économie de matière et le refus de réutiliser l'acier nucléaire (150 000 tonnes à Georges Besse 1, soit « 15 tours Eiffel »).
Qui en parle
- Jean-Luc Tavernier (M. Jean-Luc Tavernier) : alerte sur le déplacement de la dépendance fossiles → métaux.
- Tanguy de Bienassis / table ronde (Mme Ketty Attal-Toubert e.a.) : risque d'une dépendance plus concentrée aux minéraux critiques (chiffres de concentration).
- David Marchal (M. David Marchal) : dépendance matériaux stratégique mais non immédiate.
- Christophe Poinssot / Pierre-Franck Chevet / table ronde (M. Pierre-Franck Chevet e.a.) : « mur » des besoins minéraux, perte de souveraineté française, nuance stock/flux.
- Stéphanie Dupuy-Lyon (Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) : ampleur historique de l'extraction à venir.
- Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) : dépendance quasi totale à la Chine pour les panneaux, mais effet non immédiat.
- Yves Marignac vs Raphaël Schellenberger (M. Yves Marignac) : besoins maîtrisables (sobriété/recyclage) vs contradiction sur l'économie de matière.