La part du citoyen

EPR, nouveau nucléaire et programme de relance

Décision et financement du nouveau nucléaire

Le corpus aborde le nouveau nucléaire sous deux angles : le calendrier de décision (faut-il lancer l'EPR2 sans attendre Flamanville ?) et le mode de financement (le marché peut-il porter ces projets ?). Les intervenants convergent sur un point : il s'agit d'investissements « aussi lourds, longs et risqués » que leur lancement et leur financement ne relèvent pas d'une logique ordinaire.

Sur le calendrier, un clivage oppose la prudence affichée par l'exécutif à l'interpellation des parlementaires sur la lenteur. M. Antoine Pellion (M. Antoine Pellion) défend l'attente de la maturité industrielle : « Il me paraît assez raisonnable d'attendre la maturité industrielle du design et du projet avant de s'engager sur des investissements pesant des milliards d'euros. » Il relativise aussi l'objectif présidentiel de 6+8 réacteurs, qu'il présente comme « un scénario au plus tôt : nous devons être prêts, au cas où il faille accélérer », et non comme un engagement ferme de calendrier. Cette ligne de prudence est relayée par M. François de Rugy (M. François de Rugy), qui cite Bruno Le Maire selon lequel « il relève de la sagesse d'attendre que Flamanville ait fait la preuve de son fonctionnement avant d'engager des décisions sur le nouveau nucléaire ». Le rapporteur Antoine Armand (Mme Élisabeth Borne) interroge cette cohérence dans l'autre sens, en pointant les questions « sur la faisabilité de lancer un nouveau chantier alors que l'EPR précédemment lancé n'est pas encore entré en fonction » — autrement dit, l'absence de retour d'expérience de Flamanville.

Sur le financement, le corpus fait apparaître un constat partagé entre des intervenants pourtant d'orientations différentes : le nouveau nucléaire échappe au marché. M. Philippe de Ladoucette (M. Philippe de Ladoucette), présenté comme un régulateur pro-marché, l'affirme nettement : « je pense profondément que le nouveau nucléaire n'est pas compatible avec le marché. Concrètement, aucun privé n'investira dans des projets aussi lourds, longs et risqués. » Il en déduit la nécessité d'un dispositif dérogatoire de type Hinkley Point. M. Laurent Michel (M. Laurent Michel) renvoie au même modèle britannique — « C'est la manière dont sont financés les nouveaux réacteurs nucléaires au Royaume-Uni » — pour justifier une réforme reflétant les coûts de production. M. Jean-Marc Jancovici (M. Jean-Marc Jancovici) pousse l'argument plus loin sur le plan des principes : « Le nucléaire n'a rien à faire dans un cadre privé car il s'agit, par essence, d'une activité régalienne qui relève de l'État », le coût dépendant selon lui essentiellement du taux de financement public. La question du cadre public est aussi soulevée côté parlementaire : M. Stéphane Mazars (M. Jean-Marc Jancovici) sollicite un avis sur l'orientation prise « notamment avec la nationalisation de l'opérateur EDF ».

Le clivage principal n'oppose donc pas tant les défenseurs du marché aux étatistes — tous reconnaissant ici l'inadaptation du marché — que la prudence calendaire (attendre Flamanville et la maturité de l'EPR2) à la pression en faveur d'une décision rapide.

Qui en parle

Interventions regroupées (8 citations · 6 auditions)

Domaine : EPR, nouveau nucléaire et programme de relance · Sujet : nouveau-nucleaire-decision

Couverture : 8 citations · 3 positions · 6 auditions

_Slugs bruts fusionnés : nouveau-nucleaire-epr2, nouveau-nucleaire-attente-flamanville, nouveau-nucleaire-marche, financement-nouveau-nucleaire, cout-nucleaire-financement_

Positions exprimées

  • M. Antoine Pellion (M. Antoine Pellion) : Attendre la maturité du design EPR2 avant d'engager des milliards est raisonnable ; le 6+8 est un scénario au plus tôt visant à se tenir prêt, non un engagement de calendrier. _(tranchant 3)_
  • M. Philippe de Ladoucette (M. Philippe de Ladoucette) : Le nouveau nucléaire n'est pas compatible avec le marché et nécessite un dispositif dérogatoire type Hinkley Point. _(tranchant 2)_
  • M. Jean-Marc Jancovici (M. Jean-Marc Jancovici) : Le nucleaire est une activite regalienne qui n'a rien a faire dans un cadre prive ; son cout depend essentiellement du taux de financement public. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Le nucléaire n’a rien à faire dans un cadre privé car il s’agit, par essence, d’une activité régalienne qui relève de l’État »

M. Jean-Marc Jancovici (audite, audition de M. Jean-Marc Jancovici, 2022-11-02)

_Position de fond sur la nature regalienne et le financement public du nucleaire._

« L’orientation qui semble être prise, notamment avec la nationalisation de l’opérateur EDF, vous semble-t-elle aller dans la bonne direction ? »

M. Stéphane Mazars — RE (depute, audition de M. Jean-Marc Jancovici, 2022-11-02)

_Sollicite l'avis sur la souverainete des grands ouvrages et la nationalisation d'EDF._

« C’est la manière dont sont financés les nouveaux réacteurs nucléaires au Royaume-Uni. »

M. Laurent Michel (audite, audition de M. Laurent Michel, 2022-12-13)

_Reference au modele britannique pour justifier une reforme refletant les couts de production._

« Il me paraît assez raisonnable d’attendre la maturité industrielle du design et du projet avant de s’engager sur des investissements pesant des milliards d’euros. »

Antoine Pellion (audite, audition de M. Antoine Pellion, 2023-01-18)

_Défense de la prudence sur l'EPR2 face aux reproches de lenteur dans le lancement du nouveau nucléaire._

« Quand le président de la République parle de 6+8, il dresse un scénario au plus tôt : nous devons être prêts, au cas où il faille accélérer, d’où cet objectif ambitieux. »

Antoine Pellion (audite, audition de M. Antoine Pellion, 2023-01-18)

_Cadre le programme de nouveau nucléaire comme un scénario de préparation, non comme un engagement ferme de calendrier._

« je pense profondément que le nouveau nucléaire n’est pas compatible avec le marché. Concrètement, aucun privé n’investira dans des projets aussi lourds, longs et risqués. »

M. Philippe de Ladoucette (audite, audition de M. Philippe de Ladoucette, 2023-01-19)

_Position forte d'un régulateur pro-marché reconnaissant que le nucléaire neuf échappe à la logique de marché._

« Un certain nombre de questions se posent alors, j’imagine, sur la faisabilité de lancer un nouveau chantier alors que l’EPR précédemment lancé n’est pas encore entré en fonction. »

Antoine Armand (rapporteur, audition de Mme Élisabeth Borne, 2023-03-02)

_Le rapporteur sonde la cohérence d'un lancement de nouveau nucléaire sans retour d'expérience de Flamanville._

« Il relève de la sagesse d’attendre que Flamanville ait fait la preuve de son fonctionnement avant d’engager des décisions sur le nouveau nucléaire »

M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)

_Citation de Bruno Le Maire justifiant le report de la décision sur le nouveau nucléaire._