Absence de pilotage, d'anticipation et de cap
Sur ce sujet, le corpus fait émerger un constat largement partagé : les difficultés énergétiques françaises tiendraient moins à de mauvaises décisions initiales qu'à un défaut de pilotage, de suivi et de constance dans la durée. La formule la plus condensée vient de M. Jean-Louis Borloo (M. Jean-Louis Borloo) : « Notre drame, c'est le pilotage et le suivi. » Il illustre ce diagnostic par l'abandon de dispositifs pourtant prévus : l'Arenh, « véritable véhicule de sortie de crise », a selon lui été « laissé sans pilote », et le comité de suivi des 256 mesures du Grenelle, « inscrit dans la loi », a disparu (« or, où est-il ? »). M. Patrick Landais (M. Patrick Landais) rejoint cette lecture en désignant le « manque d'anticipation » et l'incompatibilité de la décision politique avec le temps long du nucléaire ; il plaide pour « une constance politique dans les orientations », faute de quoi « il est plus difficile pour la filière de s'organiser », et constate une machine industrielle aux « atouts uniques » privée de l'« efficacité attendue ».
Un deuxième axe partagé porte sur la déresponsabilisation des acteurs. Pour la table ronde (M. Philippe Page Le Mérour e.a.), la séparation des activités a « déresponsabilisé tous les acteurs » et détruit la vision de long terme du service public, justifiant un retour à une entreprise intégrée. Philippe Page Le Mérour (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) résume ce diagnostic de gouvernance : « nul n'est plus responsable du service public de l'électricité en France ». Dans une variante culturelle, M. Bernard Fontana (M. Bernard Fontana) dénonce une dérive où « les juristes ont pris le pouvoir », la protection juridique ayant supplanté la capacité industrielle de faire.
Plusieurs intervenants mettent directement en cause l'État. M. Philippe de Ladoucette (M. Philippe de Ladoucette) reproche à l'exécutif de ne pas avoir « joué franc jeu » sur l'ouverture du marché et d'avoir fixé des tarifs inférieurs aux coûts, en violation de la loi qu'il avait approuvée. Mme Delphine Batho (Mme Delphine Batho) radicalise le propos sur l'anticipation : la situation « était prévisible », et à la question « Qui aurait pu prédire ? », elle répond « Tout le monde ».
Les clivages portent surtout sur la nature des choix passés. M. Daniel Verwaerde (M. Daniel Verwaerde) soutient que l'arrêt d'Astrid relevait d'une « affaire budgétaire, pas d'une hostilité de fond », contrairement aux propos de Brechet : « le budget ne prévoyait pas 10 milliards pour construire le réacteur ». Le rapporteur M. Antoine Armand (M. Daniel Verwaerde) relève explicitement cette dissonance entre témoins. M. Francis Dubois (LR, M. Jean-Louis Borloo) oppose pour sa part logique « comptable » et logique « industrielle » dans les stratégies de temps long. Enfin, Borloo se distingue par une assomption de responsabilité : « Si les mesures n'ont pas fonctionné, c'est notre faute », et met en garde contre la recherche d'un coupable simple (« la bonne explication est rarement la plus simple »).
Qui en parle
- M. Jean-Louis Borloo (M. Jean-Louis Borloo) : le problème n'est pas la conception mais l'absence de pilotage et de suivi ; refus du bouc émissaire.
- M. Patrick Landais (M. Patrick Landais) : manque d'anticipation, besoin d'un cap robuste et d'une constance politique face au temps long du nucléaire.
- Table ronde / Philippe Page Le Mérour (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) : la séparation des activités a déresponsabilisé les acteurs ; plus personne n'est responsable du service public.
- M. Philippe de Ladoucette (M. Philippe de Ladoucette) : l'exécutif n'a pas joué franc jeu et a fixé des tarifs inférieurs aux coûts.
- Mme Delphine Batho (Mme Delphine Batho) : la situation était prévisible, responsabilités politiques anciennes.
- M. Daniel Verwaerde (M. Daniel Verwaerde) : l'arrêt d'Astrid était budgétaire (10 milliards), non idéologique.
- M. Bernard Fontana (M. Bernard Fontana) : dérive culturelle, les juristes ont pris le pouvoir au détriment du faire industriel.
- M. Antoine Armand (rapporteur, M. Daniel Verwaerde) et M. Francis Dubois (LR, M. Jean-Louis Borloo) : pointent les contradictions et l'opposition comptable/industriel.