Retard français sur les renouvelables
Le corpus dresse un constat largement partagé : la France accuse un retard dans le déploiement des énergies renouvelables. Selon Mme Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage), le pays connaît « un retard colossal » et serait « le seul pays à ne pas avoir atteint son objectif 2020 ». Mme Catherine MacGregor (Mme Catherine MacGregor) illustre ce décalage sur l'éolien en mer : « Nos ressources en matière d'éolien en mer sont les deuxièmes d'Europe, et nous ne produisons quasiment rien. »
Un large accord existe aussi sur les causes administratives et foncières du retard, distinctes d'un problème de financement. M. Patrick Pouyanné (M. Patrick Pouyanné) chiffre la lourdeur des procédures : « il faut quatorze autorisations pour implanter une usine solaire en France », et précise que « la problématique n'est pas financière », l'entreprise n'ayant installé « que la moitié des infrastructures » prévues en quatre ans. M. Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) impute le retard non à un manque d'envie ou de moyens des entreprises mais aux « spécificités du pays » : accès au foncier, contentieux, millefeuille administratif, manque d'effectifs et résistances locales. Mme MacGregor (Mme Catherine MacGregor) dédouane de même son groupe — « Ce n'est pas Engie France qui est en retard, c'est la France » — et pointe « un fort mouvement anti-éolien ».
Un deuxième axe d'explication est historique et idéologique. M. Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet) estime que la France et l'Europe ont freiné les renouvelables dès 2010 en réduisant les appels d'offres, sur la « croyance erronée d'un nucléaire bon marché », ce qui a entraîné la perte de la filière solaire industrielle : « Toute l'industrie allemande, la plus développée, a disparu. » Il révise à la hausse le coût du nouveau nucléaire, EDF ayant demandé au Royaume-Uni « un prix de vente garanti de plus de 100 euros par mégawattheure ». M. Bensasson (M. Bruno Bensasson) analyse un blocage français : « certains pronucléaires ont senti la nécessité d'être antirenouvelables. Or il est tout à fait possible d'être à la fois pronucléaire et prorenouvelable. »
Le principal clivage oppose ces intervenants au Rassemblement national. M. Alexandre Loubet (Mme Catherine MacGregor) juge les renouvelables « clairement pas à la hauteur en termes de capacité de production », et M. Frédéric Falcon (Mme Corinne Lepage) dénonce un « plaidoyer quasi religieux pour les énergies renouvelables ». Le rapporteur M. Antoine Armand (M. Philippe Sauquet) exprime un autre désaccord, reprochant à Total de ne pas avoir « fait le choix économique de développer fortement les énergies renouvelables au début des années 2010 ». M. Benoît Ribadeau-Dumas (M. Benoît Ribadeau-Dumas) caractérise enfin l'héritage incohérent : un objectif de 50 % de nucléaire en 2025 « ni assumé » dans la PPE, ni cohérent « avec le business plan des entreprises ».
Chiffres saillants : 14 autorisations pour une usine solaire, moitié des installations réalisées, ~30 Md€/an que les renouvelables rapporteraient à l'État selon M. Bensasson (M. Bruno Bensasson), prix nucléaire britannique > 100 €/MWh.
Qui en parle
- Mme Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage) : retard « colossal », le renouvelable comme véritable indépendance énergétique.
- Mme Catherine MacGregor (Mme Catherine MacGregor) : retard imputé à la France et au rejet anti-éolien, pas à Engie.
- M. Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) : causes structurelles (foncier, contentieux, administration) et blocage idéologique ; compatibilité nucléaire/renouvelable.
- M. Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet) : freinage dès 2010 et perte de la filière solaire au profit de la Chine.
- M. Patrick Pouyanné (M. Patrick Pouyanné) : lourdeur administrative, retard non financier.
- M. Antoine Armand (rapporteur, M. Philippe Sauquet) : conteste que Total ait saisi l'opportunité des renouvelables.
- M. Benoît Ribadeau-Dumas (M. Benoît Ribadeau-Dumas) : incohérence de l'héritage PPE.
- MM. Alexandre Loubet et Frédéric Falcon — RN (Mme Catherine MacGregor, Mme Corinne Lepage) : renouvelables jugés insuffisants, ligne pronucléaire.