La part du citoyen

Politique industrielle et champions énergétiques

Transition comme addition et accélération post-Ukraine

Le corpus aborde la transition énergétique sous l'angle d'une mise en cause de l'idée même de « transition » et des outils qui la pilotent (scénarios, marché, signaux d'investissement), dans un contexte de crise des prix.

Un constat partagé : on additionne plus qu'on ne substitue. Plusieurs intervenants relativisent la notion de transition au sens d'un remplacement d'une source par une autre. Selon M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega (M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega), « la transition énergétique n'existe pas dans le monde. Nous ne faisons qu'additionner des sources d'énergie (hydrocarbures, énergies renouvelables), sans que l'une ne se substitue à l'autre », la part des hydrocarbures restant à 80 % au niveau mondial. Ce diagnostic d'addition rejoint, sur le plan national, la doctrine de Mme Dominique Voynet (Mme Dominique Voynet), pour qui la sortie du nucléaire « n'a jamais été de remplacer, kilowattheure par kilowattheure, du nucléaire centralisé par une autre énergie centralisée », mais doit être progressive, au rythme de fin de vie des centrales, via un modèle décentralisé combinant sobriété, efficacité et diversification.

Critique des méthodes et des indicateurs. M. Jean-Marc Jancovici (M. Jean-Marc Jancovici) formule une critique méthodologique fondamentale, visant notamment les scénarios RTE et ADEME : « Presque tous les scénarios énergétiques partagent une faiblesse, à savoir de placer l'économie comme une donnée d'entrée. Or, de mon point de vue, l'économie est une donnée de sortie », contrainte par les ressources physiques. De son côté, M. Pascal Colombani (M. Pascal Colombani) relativise l'indicateur du coût par kWh, fréquent dans les débats nucléaire/renouvelables : « ce chiffre ne veut pas dire grand-chose car les différentes sources d'énergie ont en réalité des structures de retour sur investissement complètement différentes ».

Marché et signaux d'investissement. M. Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) critique le design du marché européen : « ce marché de gros de court terme ne donnait pas les bons signaux pour amener les investissements » ; il faut le compléter par des contrats de long terme (PPA, contrats à contrepartie publique ou privée) sans pour autant le supprimer. Cette absence de visibilité est aussi soulignée par Tanguy de Bienassis (Mme Ketty Attal-Toubert e.a.) : le secteur privé « avait besoin de signaux clairs et de long terme sur le futur du mix énergétique ».

Chiffres clés et renversements. Bensasson distingue la compétitivité du solaire (« les coûts sont passés de 500 à 50 euros par mégawatt-heure en une dizaine d'années ») de l'échec industriel de la fabrication des panneaux, et note que les renouvelables « rapportent environ 30 milliards d'euros par an à l'État » dans le contexte de crise des prix.

Clivages. Le principal clivage porte sur le nucléaire : Voynet défend une sortie progressive et justifiée (« compte tenu de son coût et des risques économiques, sanitaires, environnementaux, de prolifération, de terrorisme »), point sur lequel le président Raphaël Schellenberger (Mme Dominique Voynet) la recentre sur sa vision ministérielle du mix. Elle impute par ailleurs l'impasse actuelle à l'inaction : « le fait de n'avoir rien fait pendant un quart de siècle pour desserrer la contrainte rend les choses bien plus compliquées ».

Qui en parle

Interventions regroupées (11 citations · 6 auditions)

Domaine : Politique industrielle et champions énergétiques · Sujet : transition-addition

Couverture : 11 citations · 4 positions · 6 auditions

_Slugs bruts fusionnés : transition-energetique-addition, transition-acceleree-ukraine, sortie-progressive-nucleaire, economie-donnee-sortie, cout-kwh-investissement, investissement-prive-signaux-mix, marche-electricite-long-terme, finance-verte_

Positions exprimées

  • Mme Dominique Voynet (Mme Dominique Voynet) : La sortie du nucléaire doit être progressive, au rythme de fin de vie des centrales, par un modèle décentralisé combinant sobriété, efficacité et diversification, sans substitution kilowattheure par kilowattheure. _(tranchant 4)_
  • M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega (M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega) : Au niveau mondial la transition n'existe pas : on additionne les sources sans substitution, et la part des hydrocarbures reste a 80 %. _(tranchant 2)_
  • M. Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) : Le marché de gros de court terme ne donne pas les bons signaux d'investissement ; il faut le compléter par des marchés et contrats de long terme (PPA, contrats à contrepartie publique ou privée) sans pour autant le supprimer. _(tranchant 2)_
  • M. Jean-Marc Jancovici (M. Jean-Marc Jancovici) : L'economie doit etre une donnee de sortie des scenarios, contrainte par les ressources physiques, et non une donnee d'entree. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Presque tous les scénarios énergétiques partagent une faiblesse, à savoir de placer l’économie comme une donnée d’entrée. Or, de mon point de vue, l’économie est une donnée de sortie. »

M. Jean-Marc Jancovici (audite, audition de M. Jean-Marc Jancovici, 2022-11-02)

_Critique methodologique fondamentale visant notamment les scenarios RTE et ADEME._

« Il y a deux ans, nous avions montré qu’en France, le secteur privé avait besoin de signaux clairs et de long terme sur le futur du mix énergétique. »

Tanguy de Bienassis (audite, audition de Mme Ketty Attal-Toubert e.a., 2022-11-15)

_Pointe l'absence de visibilite donnee au prive sur le mix energetique francais comme frein a l'investissement._

« La transition énergétique n’existe pas dans le monde. Nous ne faisons qu’additionner des sources d’énergie (hydrocarbures, énergies renouvelables), sans que l’une ne se substitue à l’autre. »

M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega (audite, audition de M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega, 2022-11-24)

_Constat contre-intuitif qui relativise l'idee meme de transition au niveau mondial._

« On parle du coût par kilowattheure, mais ce chiffre ne veut pas dire grand-chose car les différentes sources d’énergie ont en réalité des structures de retour sur investissement complètement différentes. »

M. Pascal Colombani (audite, audition de M. Pascal Colombani, 2022-11-30)

_Relativise la comparaison par coût du kWh, argument fréquent dans les débats nucléaire/renouvelables._

« Les coûts sont passés de 500 à 50 euros par mégawatt-heure en une dizaine d’années mais produire des panneaux est difficile. »

Bruno Bensasson (audite, audition de M. Bruno Bensasson, 2023-01-12)

_Distingue la compétitivité de l'électricité solaire (production divisée par dix) de l'échec industriel de la fabrication des panneaux._

« Plus tard, nous nous sommes rendu compte que ce marché de gros de court terme ne donnait pas les bons signaux pour amener les investissements. »

Bruno Bensasson (audite, audition de M. Bruno Bensasson, 2023-01-12)

_Critique du design du marché européen de l'électricité par un dirigeant d'EDF : le court terme n'oriente pas l'investissement._

« Aujourd'hui, elles rapportent, environ 30 milliards d'euros par an à l’État. »

Bruno Bensasson (audite, audition de M. Bruno Bensasson, 2023-01-12)

_Renversement de discours : les renouvelables, autrefois coûteuses pour le budget, rapporteraient désormais 30 Md€/an à l'État dans le contexte de crise des prix._

« Elle n’a jamais été de remplacer, kilowattheure par kilowattheure, du nucléaire centralisé par une autre énergie centralisée. »

Dominique Voynet (audite, audition de Mme Dominique Voynet, 2023-02-07)

_Coeur de sa doctrine : un changement de paradigme décentralisé plutôt qu'une substitution énergétique._

« J’espère qu’à terme on pourra se passer du nucléaire – on le doit – compte tenu de son coût et des risques économiques, sanitaires, environnementaux, de prolifération, de terrorisme. »

Dominique Voynet (audite, audition de Mme Dominique Voynet, 2023-02-07)

_Position personnelle de citoyenne sur la sortie du nucléaire et ses justifications._

« Le fait de n’avoir rien fait pendant un quart de siècle pour desserrer la contrainte rend les choses bien plus compliquées. »

Dominique Voynet (audite, audition de Mme Dominique Voynet, 2023-02-07)

_Renvoie la responsabilité de l'impasse actuelle à l'inaction des successeurs._

« On parle beaucoup de votre position politique antinucléaire mais dans le cadre de vos fonctions de ministre, chargée en partie de l’énergie, quelle est votre vision de l’évolution du mix énergétique et des chemins pour y parvenir ? »

Raphaël Schellenberger (president, audition de Mme Dominique Voynet, 2023-02-07)

_Question d'ouverture du président recentrant l'audition sur l'action ministérielle et la vision du mix._