La part du citoyenTikTok et les mineurs

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Enfants influenceurs et sharenting

Le sujet est le seul du corpus où la commission passe du constat général à la mise en cause nominative d'une personne auditionnée : la question de savoir si l'exposition d'un enfant par ses parents relève de la vie de famille ou de l'exploitation commerciale s'y joue en direct, lors de l'audition de la créatrice de contenu Manon Tanti (cr24d), après avoir été posée en amont par les associations.

Le versant associatif construit d'abord le problème comme un problème économique. Socheata Sim, de CAMELEON (cr14a), décrit une plateforme connue « par des danses d'enfants qui s'exposaient, parfois en famille » et ajoute que « les contenus sont souvent monétisés » — sans données chiffrées. Angélique Gozlan, pour l'OPEN (cr24a), durcit la formule : « nous assistons à une monétisation de l'enfance et des moments d'expérimentation ». Le collectif Meer (cr09a) et le collectif AVI (cr13b) apportent les cas nominatifs, ce dernier reprochant à un influenceur d'aller « jusqu'à utiliser ses enfants dans des publicités liées au trading ».

La confrontation de cr24d articule alors deux lectures irréconciliables du même geste. Arthur Delaporte pose la thèse : « Ce qui alimente votre notoriété et la viralité de vos contenus, c'est donc l'exposition de vos enfants », puis la qualification, « Vous avez gagné de l'argent en mettant en scène vos enfants. Cela ne respecte pas le cadre légal » — appréciation formulée en séance, non une décision de justice, et adossée à la loi qu'il rappelle lui-même, la loi du 9 juin 2023 imposant « contrat de mannequinat » et « compte séquestre ». Manon Tanti réfute point par point et le répète sous plusieurs formes : « Ce sont deux choses différentes » ; « Non, puisque si je n'avais pas eu d'enfants, j'aurais fait exactement la même chose » ; et la ligne qu'elle martèle, « Je ne me sers pas de mes enfants pour faire de l'argent […] Je fais de l'argent sur les réseaux sociaux grâce à mon quotidien, dont mes enfants font partie ». Elle juge les accusations d'humiliation « violentes, injustes et totalement déplacées ».

Le déplacement le plus significatif est celui de la rapporteure. Laure Miller recentre d'abord sur « la question de leur consentement », que Delaporte pousse à sa limite — « Pensez-vous qu'à 4 ans on peut consentir à la diffusion de son image ? ». Puis, face à la défense fondée sur le ressenti des enfants (« avez-vous eu l'impression qu'ils souffraient ou qu'ils étaient morts de rire ? »), elle change de terrain : « Des millions de gens regardent vos vidéos et pourraient vous imiter, sans le faire correctement. » Le présupposé est net : le sourire de l'enfant filmé cesse d'être un argument recevable dès lors que le dommage visé n'est plus le sien mais celui du public. C'est sur ce point que l'auditionnée concède — « Je n'ai pas pensé que certains parents pouvaient le reproduire d'une mauvaise manière » — et qu'elle ouvre une porte, conditionnelle : « Je ne suis pas contre une nouvelle régulation si tout le monde est dans le même panier, les personnes connues et pas connues. »

Qui en parle

  • Arthur Delaporte, président (cr13b, cr24d) : rappelle le droit applicable (loi 2023-451, interdiction du mineur dans une publicité trading) et qualifie en séance les faits reprochés aux Tanti d'illégaux.
  • Laure Miller, rapporteure (cr24d) : porte l'angle du consentement du mineur filmé, puis celui de l'imitation de masse.
  • Mme Manon Tanti, créatrice de contenu (cr24d) : conteste toute exploitation et toute humiliation, sépare revenus et enfants, concède l'angle mort de l'imitation, ouvre à une régulation égalitaire.
  • Angélique Gozlan, OPEN (cr24a) : « monétisation de l'enfance », enjeu de construction identitaire.
  • Socheata Sim, CAMELEON (cr14a) : lie exposition des enfants et monétisation des contenus.
  • Marie-Christine Cazaux, Meer (cr09a) et Jean-Baptiste Boisseau, AVI (cr13b) : apportent les cas nominatifs (ArrêteLouloute, publicités trading).
  • Léonard Brudieu, DGCCRF (cr29c) : stratégie d'élargissement des habilitations par amendements sectoriels.
  • Valentin Petit, agence CAPA, et Tristan Boursier, Cevipof (cr30c) : contenus « créés par des mineurs pour des mineurs » ; requalification des « conseils de drague » en « conseils de harcèlement ».
Interventions regroupées (24 citations · 7 auditions)

Domaine : Influenceurs, créateurs & encadrement du métier · Sujet : enfants-influenceurs

Couverture : 24 citations · 4 positions · 7 auditions

_Slugs bruts fusionnés : exposition-enfants-influenceurs, exposition-enfants-reseaux, exposition-enfants-sharenting, exposition-enfants-fast-fashion, enfants-influenceurs-monetisation, monetisation-contenus-enfants, mise-en-scene-enfants, consentement-enfants-image, placement-produit-enfants, humiliation-degradation-enfants_

Positions exprimées

  • Mme Manon Tanti (cr24d) : Le couple défend l'apparition de ses enfants comme la continuité naturelle de sa vie publique de téléréalité, sans surexposition ni exploitation ; Manon Tanti affirme ne pas « se servir » de ses enfants pour gagner sa vie et qu'ils sont demandeurs. _(tranchant 3)_
  • Mme Manon Tanti (cr24d) : Manon Tanti conteste tout caractère humiliant ou dégradant de ses vidéos, invoquant le rire des enfants et l'appartenance à une « trend » suivie par des millions de familles ; elle s'estime, comme mère, juge de ce qui est bon pour ses enfants. _(tranchant 3)_
  • M. Thomas Rohmer (cr24a) : La monétisation de l'enfance via les enfants influenceurs (exposition publique sans consentement, mise en péril de la construction identitaire) est un sujet prioritaire ; l'OPEN a contribué au cadre législatif de 2020. _(tranchant 2)_
  • Mme Manon Tanti (cr24d) : Manon Tanti reconnaît des manquements (Ora Bora, Shein) mais plaide l'ignorance de la loi et l'absence d'intention commerciale visant les enfants, en promettant de s'adapter. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Un exemple notable est celui du compte ArrêteLouloute, une créatrice de contenu qui a gagné en popularité en mettant en scène sa fille mineure dans des situations potentiellement embarrassantes ou problématiques. »

Marie-Christine Cazaux — Collectif Mineurs, éthique et réseaux (Meer) (audite, audition cr09a, 2025-05-13)

_Exemple nominatif d'exposition d'enfant (sharenting) et de ses effets rapportés sur la fille (moqueries au collège). Cas cité par le collectif, relié à l'incitation économique._

« M. Laurent Correia constitue un exemple parfait de cette pratique. Il va jusqu’à utiliser ses enfants dans des publicités liées au trading . »

M. Jean-Baptiste Boisseau — Collectif d’aide aux victimes d’influenceurs (AVI) (audite, audition cr13b, 2025-05-20)

_Exemple d’exposition de mineurs : l’enfant sert de caution à une publicité pour du trading. Cas cité par le collectif ; Delaporte réagira en rappelant l’illégalité de cette pratique._

« il est formellement proscrit de faire figurer un enfant dans une publicité pour du trading , activité qui requiert par ailleurs un enregistrement auprès de l’AMF. »

M. Arthur Delaporte (president, audition cr13b, 2025-05-20)

_Le président rappelle le droit applicable : impliquer un mineur dans un contenu commercial est strictement encadré et généralement illégal, notamment pour le trading, et nécessite un contrat de mannequinat. Cadrage juridique, non une accusation._

« Cette plateforme s’est fait connaître par des danses d’enfants qui s’exposaient, parfois en famille. Il faut souligner que les contenus sont souvent monétisés. »

Socheata Sim — CAMELEON Association France (audite, audition cr14a, 2025-05-22)

_Lie l'exposition des enfants sur TikTok à sa monétisation et à un moyen d'entrer en contact avec des enfants ; met en cause le modèle économique, sans données chiffrées._

« nous assistons à une monétisation de l’enfance et des moments d’expérimentation, périodes durant lesquelles les enfants devraient bénéficier de stabilité, de sécurité et d’intimité. »

Angélique Gozlan — OPEN (audite, audition cr24a, 2025-06-10)

_Alerte sur les enfants influenceurs : exposition publique sans consentement et enjeu de construction identitaire — sujet sur lequel l'OPEN a légiféré (lois 2020)._

« ce sont ces propos affirmant que j’humilierais et que je dégraderais l’image de mes propres enfants. Ces accusations sont violentes, injustes et totalement déplacées. »

Mme Manon Tanti (audite, audition cr24d, 2025-06-10)

_Rejet des accusations d'humiliation de ses enfants ; pose le cadre défensif de toute l'audition. Position de l'auditionnée._

« ils n’apparaissent que dans un cinquième à un dixième de mes vidéos – en tout cas, mon compte n’est pas lié uniquement à mes enfants. D’ailleurs, ils n’auront pas TikTok avant au moins 16 ans. »

Mme Manon Tanti (audite, audition cr24d, 2025-06-10)

_Défense chiffrée de la place des enfants dans ses contenus et de sa politique d'accès à TikTok ; déclaration invérifiable._

« Ce sont deux choses différentes. »

Mme Manon Tanti (audite, audition cr24d, 2025-06-10)

_Réponse à la rapporteure qui liait le faible revenu TikTok à l'intérêt indirect des placements et aux comptes Instagram des enfants ; l'auditionnée sépare les deux enjeux._

« Mais la présence de vos enfants dans vos vidéos pose la question de leur consentement. »

Laure Miller (rapporteur, audition cr24d, 2025-06-10)

_La rapporteure recentre sur le consentement des mineurs filmés, angle clé de la commission._

« j’ai en tête une vidéo de vos enfants avec la tête dans une bassine d’eau. C’est plus problématique. »

Laure Miller (rapporteur, audition cr24d, 2025-06-10)

_La rapporteure pointe une vidéo précise comme problématique, distincte des contenus anodins ; cœur du reproche d'humiliation._

« avez-vous eu l’impression qu’ils souffraient ou qu’ils étaient morts de rire ? »

Mme Manon Tanti (audite, audition cr24d, 2025-06-10)

_Ligne de défense sur le ressenti des enfants opposée à l'analyse de la réception publique ; appréciation personnelle, non un fait établi._

« Des millions de gens regardent vos vidéos et pourraient vous imiter, sans le faire correctement. Il y a aussi la question de l’humiliation. »

Laure Miller (rapporteur, audition cr24d, 2025-06-10)

_La rapporteure déplace l'enjeu du ressenti de l'enfant vers l'effet d'imitation à grande échelle ; logique de responsabilité de l'influenceur._

« Je n’ai pas pensé que certains parents pouvaient le reproduire d’une mauvaise manière. »

Mme Manon Tanti (audite, audition cr24d, 2025-06-10)

_Reconnaissance implicite de l'angle mort de l'effet d'imitation, tout en revendiquant avoir suivi une « trend » banale._

« La loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 visant à encadrer l’influence commerciale et à lutter contre les dérives des influenceurs sur les réseaux sociaux, dite loi influenceurs, adoptée à mon initiative et à celle de M. Stéphane Vojetta, prévoit que la présence d’un enfant dans une vidéo de collaboration commerciale est soumise à la signature d’un contrat de mannequinat et que les revenus du placement de produit doivent être versés sur un compte séquestre. »

Arthur Delaporte (president, audition cr24d, 2025-06-10)

_Rappel du cadre légal existant sur l'exposition commerciale des enfants ; base juridique des reproches faits aux Tanti._

« même si vous n’en aviez pas conscience, exposer votre fille dans cette vidéo était illégal. »

Arthur Delaporte (president, audition cr24d, 2025-06-10)

_Qualification juridique posée par le président sur le placement Ora Bora ; appréciation du président en séance, distincte d'une décision de justice._

« Ce qui alimente votre notoriété et la viralité de vos contenus, c’est donc l’exposition de vos enfants. »

Arthur Delaporte (president, audition cr24d, 2025-06-10)

_Thèse du président liant notoriété et exposition des enfants, immédiatement contestée par l'auditionnée ; affirmation du président, non établie._

« Non, puisque si je n’avais pas eu d’enfants, j’aurais fait exactement la même chose et j’aurais aussi très bien gagné ma vie. »

Mme Manon Tanti (audite, audition cr24d, 2025-06-10)

_Réfutation directe de la thèse du président sur la dépendance de sa notoriété à ses enfants ; position de l'auditionnée._

« Vous avez gagné de l’argent en mettant en scène vos enfants. Cela ne respecte pas le cadre légal. »

Arthur Delaporte (president, audition cr24d, 2025-06-10)

_Constat du président sur la publicité Shein postée trois jours avant l'audition ; qualification en séance, débouchant sur un signalement DGCCRF._

« Pensez-vous qu’à 4 ans on peut consentir à la diffusion de son image ? »

Arthur Delaporte (president, audition cr24d, 2025-06-10)

_Question du président visant à établir l'impossibilité du consentement d'un très jeune enfant ; angle central sur les droits de l'enfant._

« Je ne me sers pas de mes enfants pour faire de l’argent sur mes réseaux sociaux. Je fais de l’argent sur les réseaux sociaux grâce à mon quotidien, dont mes enfants font partie. »

Mme Manon Tanti (audite, audition cr24d, 2025-06-10)

_Distinction défendue par l'auditionnée entre exposer sa vie (dont les enfants) et exploiter commercialement les enfants ; ligne de défense récurrente._

« Je ne suis pas contre une nouvelle régulation si tout le monde est dans le même panier, les personnes connues et pas connues. »

Mme Manon Tanti (audite, audition cr24d, 2025-06-10)

_Ouverture conditionnelle à la régulation de la publication de photos d'enfants, sous réserve d'égalité de traitement ; contribution au débat législatif._

« nous avons préparé un amendement permettant d’ajouter une interdiction de publicité pour la fast-fashion sur les réseaux sociaux, avec l’ajout d’une habilitation de la DGCCRF pour en renforcer l’efficacité. »

M. Léonard Brudieu — DGCCRF (audite, audition cr29c, 2025-06-19)

_Montre la stratégie de la DGCCRF : élargir son habilitation par amendements sectoriels (fast-fashion adopté ; santé recalé comme cavalier)._

« Ces comptes et ces contenus diffusés en masse sont, dans de nombreux cas, créés par des mineurs pour des mineurs. »

Valentin Petit — agence CAPA (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Point saillant pour une commission sur les mineurs : les producteurs comme les cibles de ces contenus seraient souvent mineurs. Constat d'enquête, non une statistique._

« ce sont en fait des conseils de harcèlement, notamment envers les jeunes filles. »

Tristan Boursier — Cevipof (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Requalifie les « conseils de drague » masculinistes adressés à un public de collégiens comme incitation au harcèlement. Interprétation du chercheur._