Pratiques abusives et arnaques financières
Sur ce sujet, le corpus est massivement à charge, mais il vise moins TikTok que l'écosystème économique qui prospère dessus : les arnaques décrites — vente pyramidale, trading, paris sportifs, contenus d'opinion rémunérés — sont imputées à des influenceurs, à des agences et à un défaut de sanction, la plateforme apparaissant surtout comme le lieu où ces pratiques trouvent leur audience. C'est le déplacement le plus net du matériau, et il est rarement formulé comme tel.
Le socle le plus solide vient d'un service de l'État. Donatien Le Vaillant, pour la Miviludes (cr08a), confirme en séance que « Les systèmes de vente pyramidale, que vous avez mentionnés, se retrouvent effectivement dans ce contexte, de manière très explicite ». L'ampleur, elle, repose sur une source associative : le collectif AVI avance par la voix de M. Mehdi Mazi (cr13b) avoir « recensé plus de 2 400 victimes, pour un préjudice total estimé à plus de 2 millions d'euros » — un chiffrage porté par l'association, non vérifié par la commission, et qui sert précisément de point d'appui à la question de la rapporteure sur la part de mineurs parmi ces victimes. La difficulté probatoire est donc dans le matériau lui-même : le chiffre est là, le lien avec les mineurs reste une question posée, pas une donnée établie.
Le grief central des victimes ne porte pas sur la fraude mais sur son rendement. M. Jean-Baptiste Boisseau (AVI, cr13b) le résume d'une formule : « On peut malheureusement constater que, dans ce cas, le délit a été profitable » — la transgression filmée aurait valu à son auteur une condamnation légère et des abonnés supplémentaires. Le même intervenant a pris soin, sous serment, de déclarer qu'il est « le gérant d'une plateforme communautaire de signalement d'escroqueries en ligne », précision qui situe sa position dans le débat. Audrey Chippaux (cr16a) élargit le périmètre au-delà du financier en rapportant qu'« une enquête du Monde a aussi mis en cause des influenceurs TikTok qui utilisent la forme du micro-trottoir pour donner une opinion favorable de la Russie » : source citée, non produite en séance.
La pièce la plus lourde est un aveu, non sollicité. M. Nasser Sari, créateur de contenus (cr24e), déclare que « quand j'avais 110 000 followers , j'ai partagé du pari sportif, j'ai partagé du trading . Je le dis ouvertement et je plaide coupable », et rapporte les familles venues lui dire « on t'a fait confiance et on a tout perdu ». Mais il retourne aussitôt l'accusation vers un maillon en amont : « j'aimerais tellement protéger les créateurs de contenus de ces agences, qui viennent nous voir en costard, qui nous expliquent, avec un beau discours, qu'ils connaissent très bien la loi ». Le créateur se présente ainsi à la fois comme auteur et comme proie.
À décharge, le corpus ne contient qu'un élément, et il est incident : Franck Lecas (Addictions France, M. Franck Lecas), comparant les mécanismes publicitaires, observe « il y a moins de publicité sur TikTok » que sur Meta. Aucun contradicteur n'est venu discuter les chiffres d'AVI ni la mise en cause des agences.
Qui en parle
- Donatien Le Vaillant — Miviludes (cr08a, 2025-05-06) : confirme au nom d'un service de l'État la présence explicite de ventes pyramidales dans ces contenus.
- M. Mehdi Mazi — Collectif d'aide aux victimes d'influenceurs, AVI (cr13b, 2025-05-20) : chiffre l'ampleur (2 400 victimes, plus de 2 M€ de préjudice) ; données associatives non vérifiées par la commission.
- M. Jean-Baptiste Boisseau — AVI (cr13b, 2025-05-20) : dénonce l'impunité économique (« le délit a été profitable ») ; déclare sous serment gérer une plateforme de signalement d'escroqueries.
- Audrey Chippaux — auteure de « Derrière le filtre » (cr16a, 2025-05-26) : étend l'abus aux contenus d'opinion rémunérés et déguisés, en s'appuyant sur une enquête de presse.
- M. Nasser Sari — créateur de contenus (cr24e, 2025-06-10) : plaide coupable d'avoir promu trading et paris sportifs, et met en cause les « pseudo-agences » qui exploitent les jeunes créateurs.
- Franck Lecas — Association Addictions France (M. Franck Lecas, 2025-05-26) : seul élément à décharge, sur le volet publicitaire, TikTok comparé à Meta.